04/02/2018 18:15:10
Cameroun- Représailles : 5 anglophones présumés tueurs de 2 gendarmes froidement exécutés

Les forces de sécurité camerounaises n'ont pas tardé à réagir au meurtre annoncé jeudi de deux gendarmes à Bingo, une localité du département de Boyo dans la région du Nord-ouest, qui fait partie des deux régions ayant en commun le projet séparatiste de créer l'Etat du southern cameroon encore dénommé "Ambazonie".  Ce sont ainsi   cinq anglophones qui ont été abattus vendredi, et présentés après coup comme les auteurs des meurtres des deux gendarmes.

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Les forces de sécurité camerounaises n'ont pas tardé à réagir au meurtre annoncé jeudi de deux gendarmes à Bingo, une localité du département de Boyo dans la région du Nord-ouest, qui fait partie des deux régions ayant en commun le projet séparatiste de créer l'Etat du southern cameroon encore dénommé "Ambazonie".  Ce sont ainsi   cinq anglophones qui ont été abattus vendredi, et présentés après coup comme les auteurs des meurtres des deux gendarmes.

Les présumés "assassins" (assassinés à leur tour) avaient pour noms ou sobriquets : Godlove, Awudu, Samuel Chiambah, Muso Promise et Jack Style, selon une source sécuritaire.

 A en croire  cette source qui s'est confiée sous anonymat à nos confrères de todaynewsafrica.com, deux personnes ont été arrêtées dans un premier temps, et ont par la suite dénoncé les autres, dont Jack Style, qui a avait été blessé par l'armée lors de la répression des événements de proclamation de l'indépendance symbolique de l'Etat séparatiste du Southern Cameroon, le 1er octobre 2017.

Jeudi matin, autour de 9 heures, des individus armés, présentés comme des séparatistes, auraient pris  d'assaut  le poste de gendarmerie de Bingo tuant deux gendarmes et emportant  un véhicule de la gendarmerie qu'ils ont cependant abandonné un kilomètre plus loin.

Interrogé par le site Anadolu, le gouverneur de la région du nord-ouest, Adolphe Lélé Lafrique a décrit les conditions de cette expédition punitive : « Nos forces ont interpellé vendredi deux de ces assaillants dans le village Kikfuni situé près de la frontière avec le Nigeria. Après exploitation, ces sécessionnistes ont dénoncé les autres et ont dévoilé leur cachette. Samedi, nous avons mené une opération de ratissage qui nous a permis de neutraliser cinq personnes de ce gang. Nous avons récupéré quelques armes, des munitions et du cannabis ». Le gouverneur n'a cependant pas voulu dire que ces cinq personnes qui n'ont pas eu la chance de comparaitre devant une cour de justice pour être convaincus des meurtres des gendarmes avaient été exécutés sommairement, alors qu'au moment où il s'expliquait les corps de ces personnes se trouvaient à la morgue de l'hôpital régional de Bamenda, et les images de leurs dépouilles diffusées par les forces gouvernementales comme des trophées de guerre.

De là à croire les réactions enregistrées ce dimanche qui soulignent toutes que les cinq personnes tuées par les forces régulières camerounaises ne sont pas les tueurs des gendarmes, mais des combattants sécessionnistes arrêtés puis exécutés sans autre forme de procès, il n'y a qu'un pas.
En effet, le gouverneur parle d'une opération de ratissage menée samedi qui aurait permis de  neutraliser cinq personnes de ce gang, alors que de sources concordante, ces cinq personnes ont été effectivement mises aux arrêts vendredi.

Question : comment explique-t-on que des criminels effectivement arrêtés vivants vendredi se retrouvent n'avoir été neutralisés que samedi, comme si leur arrestation ne suffisait pas à les neutraliser ? Comment se fait-il que ce soit les pieds devant que tous ont été conduits samedi et à la morgue, les corps criblés de balles ? Voilà deux questionnements qui permettent de penser que les forces de sécurité camerounaises ont souverainement escamoté la case justice qui se trouvent entre l'arrestation de ces criminels et leur « mort subite », et qui finissent de convaincre jusqu'aux plus sceptiques ou plus optimistes, que le gouvernement camerounais a décidément opté pour la guerre sans nuance.


Une guerre qui, indépendamment des moyens militaires dont disposent les antagonistes,  ne va pas faire des dégâts que dans le camp sécessionniste, des responsables du mouvement séparatistes à l'instar de son porte-parole Chris Anu, ayant fait savoir jeudi que  "Si lundi 5 février, Yaoundé n'a pas donné de preuve que les leaders enlevés sont vivants, le (génocide au) Rwanda sera dérisoire par rapport à ce qu'il se passera au Cameroun".

Pour l'instant on estime officiellement à 24, le nombre  militaires, gendarmes et policiers camerounais tués dans le cadre de la confrontation entre le gouvernement et les anglophones  qui dure depuis novembre 2016. Des sources proches des sécessionnistes où un activiste se réclamant de l'Ambazonian Defence Forces a affirmé ce dimanche que les "Freedom Fighters" « ont seulement commencé à réagir aux centaines de meurtres commis par les forces camerounaises, ainsi qu'aux arrestations arbitraires suivies de longues et interminables détentions, et aux incendies des habitations », ce sont « près de 300 éléments des forces camerounaises et autres anglophones ayant servis d'agents de renseignements au gouvernement de "La Republique" » qui ont perdu la vie « au cours des accrochages qui ont suivi la répression du 1er octobre 2017 au cours de laquelle ils ont tué des dizaines d'enfants, de chefs de familles et de femmes, même les plus âgées, dont le seul crimes étaient d'être des anglophones ».

Cette source pro-sécessionniste affirme cependant que les enlèvements et assassinats des éléments des forces camerounaises leur  sont totalement étrangers. « Nous ne les attaquons pas par lâcheté, c'est quand ils engagent une opération dans nos localités que nous les affrontons, parfois munis seulement d'armes blanches, alors qu'eux ils disposent des fusils d'assaut, de grenades et d'autres armes sophistiquées. Pour nous c'est de la légitime défense, car pour nous, le Cameroun sera toujours un pays voisin et frère, comme le sont le Nigéria et la Guinée Equatoriale ».

Difficile de savoir s'il dit vrai. Difficile aussi de croire que le Cameroun en soit arrivé là !

Sam Mayem et Natondi K.

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