08/07/2009 14:49:38
Drame : Mort tragique l'orphelinat de deux adolescents
Deux adolescents meurent dans un foyer d’accueil, alors que les responsables sont en cavale.
Le Jour
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Depuis le décès de deux anciens pensionnaires du foyer Saint-Dominique, ensevelis dans l’effondrement d’une fosse d’aisance, le quartier Mokolo IV, et partant, toute la ville de Bertoua, porte le deuil de ce fait divers, qui, à l’époque de sa survenance, avait défrayé la chronique dans la ville de Bertoua et créé l’émoi parmi les riverains. Les faits remontent au 14 mai dernier. Les élèves de l’école primaire de la mission catholique Saints Pierre et Paul de Mokolo IV s’apprêtent à affronter les épreuves physiques d’éducation physique du Certificat d’études primaires, Cep, sans se douter du malheur qui vient de s’abattre sur la petite communauté. Cédric Biwolé et Daniel Ndamzong, tous deux âgés de 13 ans, par ailleurs élèves en classe de cours moyen deuxième année, sont décédés durant la nuit dans leur sommeil, ensevelis dans la fosse d’aisance du foyer. Ameutés, des riverains vont entreprendre d’extraire les corps des deux jeunes pensionnaires du foyer Saint Dominique. Des obsèques rapides sont organisées dans la foulée. Les dépouilles sont remises à ce qui leur reste de famille, la plupart des pensionnaires du foyer étant des orphelins.

Punition

Le commissariat d’arrondissement de Mokolo IV va se saisir de l’affaire, aux fins de faire la lumière sur ce qui n’est pas qu’un simple accident, aux yeux d’une certaine opinion publique. Les premiers éléments de l’enquête vont conclure à un « homicide involontaire et torture », d’après le rapport d’enquête du commissaire Sali. En effet, c’est vers les trois principaux responsables du foyer que les premières enquêtes vont s’orienter. Darius Godawa, né le 19 octobre 1960 à Bydgoscez en Pologne, prêtre dominicain de nationalité polonaise, curé de la paroisse Saints Pierre et Paul de Mokolo depuis 11 ans, aumônier du foyer ; Achille Ndinga, né le 03 août 1973 à Yaoundé, gérant du foyer, époux de Mariane Manguélé, née le 11 mars 1978 à Bertoua, elle-même secrétaire du foyer,  vont tous soutenir dans leurs dépositions respectives la thèse de l’accident dont auraient été victimes les deux enfants, alors qu’ils se rendaient aux toilettes. Pourtant, les autres témoins vont accabler les responsables du foyer. Victor Beloko, chef du quartier Mokolo IV, en premier, va notamment faire état des punitions récurrentes dont faisaient l’objet les deux jeunes enfants. Ce soir-là, Cédric Biwolé et Daniel Ndamzong devaient dormir dans la « cellule » pour n’avoir pas nourri le chien de l’aumônier, un doberman. La cellule était en réalité les toilettes dans lesquelles ils ont trouvé la mort. En plus, le chef de quartier était régulièrement informé de certaines pratiques assez suspectes, pédophilie et homosexualité, qui étaient courantes au sein du foyer, selon une rumeur persistante. Autre témoin ayant déposé, Lydie Mambaya, anciennement cuisinière, six ans durant, du père Darius Godawa, aurait souhaité une confrontation avec ce dernier, pour le confondre. Peine perdue. Le passeport et le titre de transport du père Darius Godawa lui ont été retirés. Marianne Manguélé qui aurait enfermé les jeunes enfants dans la cellule a été provisoirement placée en détention préventive à la maison d’arrêt de Bertoua.

Exfiltration

Alors même que l’on s’attendait à l’ouverture d’un procès pour punir les responsables de la mort des jeunes pensionnaires du foyer Saint Dominique de Mokolo IV, les populations ont été surprises de la disparition soudaine des principaux responsables de cette tragédie. Le père Darius Godawa, sous prétexte de maladie, a réussi à récupérer son passeport et à retourner en Pologne, officiellement pour se faire soigner. Cette opération a été rendue possible grâce au certificat médical délivré par le docteur Tatou Dontsouop, médecin en service à la délégation régionale de la Santé publique de l’Est à Bertoua, et à une caution de 500 000 francs Cfa payée par le père André Krynski, recteur de l’Université internationale de Bertoua  et vicaire épiscopal. Marianne Manguélé ne se trouve plus à la prison où elle était sous mandat de dépôt. Les derniers pensionnaires ont évacué le foyer dimanche dernier et nul ne sait à ce jour quelle destination ils ont prise.

Autorisation

L’accident survenu au sein du foyer Saint Dominique pose néanmoins le problème du statut juridique de la plupart des œuvres sociales privées dans la ville de Bertoua. L’association « Enfants of sun » qui était le propriétaire du foyer où les deux jeunes élèves ont trouvé la mort, n’a aucune trace d’une existence légale tant à la préfecture du Lom et Djérem, que dans les registres de la délégation régionale des Affaires sociales de l’Est. Un employé rencontré lundi matin dans les locaux de la délégation régionale du Minas affirme d’ ailleurs que leurs services n’ont eu connaissance de l’existence de cette institution que lorsque le drame est survenu. Ce qui en rajoute à la peur qui s’est emparée des populations de la ville de Bertoua et de ses environs, tant ce type d’organismes essaiment, favorisés par l’appât du gain de leurs promoteurs et la pauvreté ambiante qui font désormais le lit du business.
 

Que dit la loi ?

Extrait du décret N° 77/495 du 07 décembre 1977 fixant les conditions de création et de fonctionnement des œuvres sociales au Cameroun

Article2 : Par œuvre sociale privée, il faut entendre les activités d’une association régulièrement autorisée, d’une institution, d’une entreprise ou d’un service à but humanitaire et apolitique ou créées par une personne physique, en vue d’apporter une aide matérielle et morale ou un encadrement éducatif à des personnes de tout âge, sexe ou race, aux familles ou aux groupes afin de promouvoir leur épanouissement.

Article 5 : La création d’une œuvre sociale privée et l’exercice de toute activité à caractère social sont soumis à l’autorisation préalable du ministre des Affaires sociales dans les conditions définies au chapitre II ci-dessous.

Article 26 : Les fondateurs et les dirigeants d’une œuvre sociale privée sont tenus de se prêter sur réquisition aux contrôles administratifs, financiers et techniques du ministère des Affaires sociales.

Article 29 : Toute œuvre sociale peut être suspendue d’activité, fermée définitivement ou transférée à l’Etat, selon la gravité des défaillances relevées à son encontre.

Jacques Bessala Manga

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