06/02/2018 02:36:45
Cameroun- 5 civils tués, un lycée incendié, des arrestations… : le lourd bilan du week-end dans le Nord-Ouest

Finalement, les tensions entre les forces gouvernementales et les populations de la région anglophone pro-séparatiste du Nord-Ouest  ont fait plus de morts qu'on ne le pensait : outre les cinq combattants séparatistes tués par l'armée vendredi et présentés comme les assassins de deux gendarmes dans la ville de Bingo, la ville de Bamenda, chef-lieu de la région , a connu son lot de morts, de blessés et d'arrestations dans la nuit du samedi 03 au dimanche 04 février.

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Finalement, les tensions entre les forces gouvernementales et les populations de la région anglophone pro-séparatiste du Nord-Ouest  ont fait plus de morts qu'on ne le pensait : outre les cinq combattants séparatistes tués par l'armée vendredi et présentés comme les assassins de deux gendarmes dans la ville de Bingo, la ville de Bamenda, chef-lieu de la région , a connu son lot de morts, de blessés et d'arrestations dans la nuit du samedi 03 au dimanche 04 février.

Toute la journée de dimanche, la capitale régionale du Nord-ouest  du Cameroun  donnait à voir le visage d'une ville, non seulement complètement traumatisée par les crépitements toute la nuit des armes de guerre, mais aussi d'une cité comptant ses morts, pansant ses blessés et déplorant les arrestations de quelques-uns de ses habitants.

Dans un premier temps, les informations subtilement distillées par des sources policières ont fait état d'affrontements entre forces de défense et de sécurité réagissant aux agressions survenues tard dans la nuit, des assaillants armés identifiés comme des miliciens pro-sécessionnistes.

Mais les témoignages concordants  que nous avons pu recueillir sur place donnent une toute autre version.

Il se serait agi en réalité d'une opération de maintien de l'ordre dans une ambiance d'Etat d'urgence où des éléments de patrouilles mixtes particulièrement grincheux ont voulu montrer aux populations qu'en raison de la situation tendue qui prévaut, celles-ci ne pouvaient plus se prévaloir du moindre droit.

Pour ainsi dire, tous ceux qui n'ont pas obtempéré à la première vitesse aux injonctions des forces de l'ordre étaient considérés comme des récalcitrants à châtier pour l'exemple, question de montrer aux populations, à qui revient le dernier mot.

C'est le cas de Nchindo Bernadin, abattu au cours d'un contrôle d'identité pour avoir demandé aux gendarmes pourquoi ils le rudoyaient comme ils le feraient d'un bandit. Un gendarme présent au moment des faits, affirme sous anonymat ne pas être sûr que son collègue voulait vraiment tuer ce garçon : « Le coup de feu est parti involontairement, pendant que le chef (de la patrouille, ndlr) demandait à ce garçon de s'asseoir au sol et de se taire. Mon collègue a voulu le frapper avec son arme, il a résisté et le coup est parti comme ça. ». 

Des « coups partis (tout simplement)  comme ça », il y en a cependant eu beaucoup cette nuit-là, comme lorsque des gendarmes ont ouvert le feu sur un véhicule, tuant un de ses quatre occupants et arrêtant les autres –à l'exception de l'un d'eux qui s'est enfui-, pour la simple raison que ces personnes, sorties pour une virée nocturne du samedi soir,  traînaient trop à sortir du véhicule au goût des forces de l'ordre. 

D'autres sources, hospitalières celles-là, affirment que quatre autres corps ont été déposés à la morgue de l'hôpital régional de Bamenda,  dont deux tués sur la route Bafut-Bamenda par les forces de sécurité dans des conditions qu'elles disent ignorer, ainsi que celui d'un jeune homme âgé de 27 ans tué dans la localité de Belo, alors qu'il s'était refugié dans le plafond d'une maison dans laquelle les forces de l'ordre avaient fait brutalement irruption.

On apprend par ailleurs que dans la ville de Belo justement des éléments des forces de l'ordre ont  pris d'assaut des habitations, y mettant tout sens dessus-dessous,  détruisant des maisons, par-ci, cassant des portes et des vitres par-là ou entassant meubles et objets (poste de radio, téléviseurs, ordinateurs et autres) hors des maisons pour y mettre le feu.

Dans la localité de Mundemba, un ingénieur de 47 ans, Kuetche Sitcheping Claude, a aussi perdu la vie dans la nuit de samedi après avoir reçu une balle dans l'œil. Pour ce cas précis, les forces de sécurité ont informé les responsables de l'hôpital régional de Bamenda que l'ingénieur  qui supervisait les travaux d'un chantier  routier au moment de son assassinat était victime d'un meurtre crapuleux commis par… un militant sécessionniste.

Parlant des sécessionnistes, il leur est attribué par les forces de sécurité l'incendie dimanche d'un lycée bilingue pour matérialiser leur opposition à la reprise des activités scolaires  en zone anglophone, et des menaces contre les populations qui seraient tentés de participer à la célébration de la Fête de la Jeunesse le 11 février.

A Bamenda, on redoute que ces menaces prêtent le flanc à des assassinats avant et après les fêtes, qui profiteront à ceux qui veulent faire voir en les sécessionnistes et leurs partisans, des terroristes.

Natondi K.

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