18/03/2011 00:49:31
Mobilisation: Un comité pour libérer Bertrand Teyou
Bertrand Téyou qui sort d’une grève de la faim a désormais du soutien à l’international. Des éminences grises sont montées au créneau la semaine dernière pour dénoncer les abus perpétrés à l’endroit de  ce prisonnier.
Le Messager
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Arrêté le 3 novembre 2010, embastillé à New-Bell une semaine plus tard et condamné le 19 novembre de la même année pour “manifestations illégale et diffamation de nom”, pour avoir écrit “La Belle de la République bannière, Chantal Biya : de la rue au palais”, Bertrand Téyou qui sort d’une grève de la faim a désormais du soutien à l’international. Des éminences grises sont montées au créneau la semaine dernière pour dénoncer les abus perpétrés à l’endroit de  ce prisonnier. C’est par le biais d’une déclaration du comité pour la libération de Bertrand Téyou (Coliberté),  que des membres de la société civile africaine, européenne et américaine demandent que justice soit faite (voir déclaration ci-contre).

En démontant  pièces par pièces la procédure qui a conduit à son internement à la prison centrale de Douala, et dénonçant par la même occasion les méthodes utilisées par les autorités administratives, les forces de l’ordre, et la justice qui aurait mis les bouchées doubles pour que l’auteur de “L’Antécode Biya” soit mis à l’ombre, les membres de coliberté demandent le limogeage dans les meilleurs délais du préfet du Wouri (Bernard Okalia Bilai), le délégué régional à la Sûreté nationale pour le Littoral (Joachim Mbida Nkili), et la juge du tribunal de première instance de Douala-Bonanjo (Rachel Fotso). Ces derniers qui auraient accéléré la procédure “n’ont pas voulu que l’accusé soit assisté d’un avocat. Ce qui n’est pas acceptable du point de vue du droit”, se plaint un des ses proches, qui se dit réjoui de l’avènement de ce collectif. Bon à savoir, Bertrand Teyou est condamné à une peine pécuniaire de deux millions deux millions cent trente mille Fcfa. Argent dont ne dispose pas l’auteur polémiste à cause de la saisie de cette œuvre de l’esprit.

Déclaration du Comité pour la Libération de Bertrand Teyou (Coliberte)

Qui est trop pressé d’incarcérer s’accuse. Tel est le résumé de ce qu’il est convenu maintenant d’appeler l’affaire Teyou-Chantal Biya, qui oppose la première dame de la république du Cameroun à l’auteur de La Belle de la République bananière : Chantal Biya, de la rue au palais. En ce jour, Bertrand Teyou, l’auteur du livre sus-cité réside à la prison centrale de New Bell à Douala, où il a été transféré le 10 novembre 2010, après une garde à vue de quelques jours au commissariat central du 1er arrondissement de Douala. Justice camerounaise cette fois plutôt diligente, s’il en est, car il a été arrêté seulement le 3 novembre 2010. Or le 19 novembre déjà, il était condamné par Mme le juge Rachel Fotso du tribunal de première instance de Douala-Bonanjo, à deux ans d’emprisonnement, sinon au payement de 2 millions de FCFA d’amende, plus 30150 FCFA de dépends. Teyou sort à peine d’une grève de la faim qui a ameuté l’opinion nationale et internationale sur son sort, dont nous qui de trois continents avons constitué un Comité pour sa libération, le Coliberte.

   Le ministère public camerounais a retenu contre Bertrand Teyou, les délits d’ ‘outrage à personnalité’ et de ‘manifestation illégale.’ Accusations plutôt graves pour un livre de 111 pages que les autorités trop pressées de saisir, n’ont même pas eu le temps d’interdire, et pour une soirée de dédicace qui n’a jamais eu lieu. Jamais auparavant les pouvoirs au Cameroun ne s’étaient autant ligués pour s’acharner sur un livre que personne n’a lu, car tandis que le préfet du département du Wouri, Bernard Okalia Bilaï, en interdisait la dédicace, le délégué régional à la Sureté nationale, Joachim Mbida, arrêtait l’auteur, et le juge Rachel Fotso, pour clore le tout décidait de son incarcération. Le livre de Teyou serait définitivement effacé de la mémoire des vivants, si le préfet, le délégué régional à la Sureté nationale, et le juge n’avaient commis six fautes graves, car :

1. Selon le Code de la procédure pénale, la justice n’est mise en branle au Cameroun qu’après le crime, et ce, s’il y a eu plainte, dénonciation ou constat de crime. Or le livre, La Belle de la République bananière : Chantal Biya, de la rue au palais n’est pas interdit. La dénonciation d’un tiers était impossible, étant donné la saisie de celui-ci avant la cérémonie de dédicace, sa mise sous scellé et sa destruction, y compris les exemplaires encore en stock à la Lipacam et au bureau de l’auteur à Akwa. Le 3 novembre, le délégué régional de la Sn Joachim Mbida a de toute évidence remis à Bertrand Téyou une ordonnance d’arrestation, sans avoir laissé à ce dernier le temps de commettre le crime qu’il lui reproche.

2.   Même pour les cas ‘d’outrage à personnalité’, la justice ne peut pas se mettre en mouvement et condamner, s’il n’y a ni plainte ou dénonciation, ni constitution de partie civile. Or Chantal Biya n’a jamais porté plainte ni contre Téyou, ni contre La Belle de la République bananière : Chantal Biya, de la rue au palais. Le délégué régional à la Sureté nationale, Joachim Mbida, le préfet du Wouri, Okalia Bilaï, ou le juge Rachel Fotso se seraient-ils eux, constitués en tiers et donc en partie civile qu’il y aurait ici un cas extraordinaire de juge et de parti, et donc d’abus grave de fonction.

3.   Le Code pénal camerounais ne reconnaît pas la catégorie d’ ‘outrage à personnalité’ comme s’appliquant à l’épouse du chef de l’Etat. Nous avons donc ici une interprétation abusive de l’article 153 aliéna 1, qui, à côté du président de la république, du vice-président et de chefs d’Etat étrangers, ne mentionne pas les membres de la famille de ceux-ci, mais plutôt toute ‘personne qui exerce tout ou partie de ses prérogatives’.

4.   Bertrand Teyou a été condamné pour ‘manifestation illégale’, pour une soirée de dédicace livresque, comme des écrivains en font constamment au Cameroun, soirée pour laquelle il n’est jamais usage d’avoir une autorisation préfectorale préalable, une déclaration étant suffisante selon l’article 231 du Code pénal, et celle-ci n’étant d’ailleurs pas obligatoire. Or pour le cas de figure, l’auteur avait bien déclaré la tenue de sa dédicace à l’hôtel Somatel. En plus, il a été arrêté devant la porte encore fermée de la salle où celle-ci devait avoir lieu.

5.    Le livre La Belle de la République bananière : Chantal Biya, de la rue au palais, a été mis sous scellé et la destruction des exemplaires saisis a été ordonnée. Or ici nous avons un cas trop évident de violation de la liberté d’expression, liberté qui est protégée par la loi camerounaise. De même, l’interdiction de la soirée de dédicace a eu lieu en violation totale de la liberté d’association qui elle aussi, est protégée par la loi camerounaise.

6.   Enfin, et plus grave encore, Bertrand Téyou a été condamné sans avoir eu recours aux services d’un avocat pour sa défense, pratique minimale de respect des droits fondamentaux d’un citoyen. Pourquoi le préfet du Wouri, le délégué régional à la Sureté nationale, et le juge du tribunal de première instance de Douala-Bonanjo, étaient-ils si pressés de mettre Bertrand Teyou derrière les barreaux ? Telle est la question.

   Donc : procès kafkaïen et politique ; condamnation sans incrimination ; incarcération sans constat de délit ; sans preuve même de celui-ci ; présomption d’innocence bafouée ; droit de défense piétiné. Il n’est cependant jamais trop tard pour punir les fautifs et réparer une injustice commise, l’auteur de La Belle de la République bananière : Chantal Biya, de la rue au palais, qui souffre d’hypotension et d’hémorroïdes aigus, ayant déjà passé plus de quatre mois en prison où, à côté de la torture morale qu’il subit, il est logé avec des prisonniers de droit commun quand il n’est pas admis à l’hôpital. Le comité pour la libération de Bertrand Téyou (Coliberté) demande donc que le préfet Bernard Okalia Bilaï, le délégué Joachim Mbida et le juge Rachel Fotso soient relevés de leurs fonctions pour avoir desservi la justice, et exige la libération immédiate et inconditionnelle de Bertrand Téyou. Se taire c’est cautionner l’inacceptable, qui ouvre la porte au pire.

Signataires :

Patrice Nganang (écrivain, State University of New York, Stony Brook)

Brice Nitcheu (activiste, Londres, Angleterre)

Jean-Luc Raharimanana (écrivain, Madagascar, Paris, France)

Koulsy Lamko (écrivain, Tchad, Casa Refugio Hankili Africa, Mexico, Mexique)

Makhily Gassama (ancien ministre et conseiller de Léopold Sédar Senghor, Sénégal)

Nicolas Martin-Granel (enseignant, chercheur, affilié au Cnrs, Paris, France)

Kenneth Harrow (professeur distingué de littérature en anglais, Michigan State University, Usa)

(Pour leur protection, les membres et contacts du Coliberte résidant au Cameroun sont maintenus dans l’anonymat)

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