06/03/2018 14:38:20
Biens mal acquis : après la France, Sherpa poursuit "sa traque" au Canada

L'association Sherpa a annoncé avoir demandé à la gendarmerie canadienne l'ouverture d'une enquête sur des biens mal acquis et du blanchiment d'argent. L'initiative, menée conjointement avec la coalition canadienne engagée dans la traque des biens mal acquis, vise certaines personnalités africaines soupçonnés de disposer d'un patrimoine immobilier considérable dans le pays. En plus du clan Déby au Tchad et N'guesso au Congo, qui ont déjà fait l'objet de poursuites en France par l'association fondée par William Bourdon, d'autres dignitaires africains sont sur la liste au Sénégal, au Gabon et en Algérie

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L'association Sherpa a annoncé avoir demandé à la gendarmerie canadienne l'ouverture d'une enquête sur des biens mal acquis et du blanchiment d'argent. L'initiative, menée conjointement avec la coalition canadienne engagée dans la traque des biens mal acquis, vise certaines personnalités africaines soupçonnés de disposer d'un patrimoine immobilier considérable dans le pays. En plus du clan Déby au Tchad et N'guesso au Congo, qui ont déjà fait l'objet de poursuites en France par l'association fondée par William Bourdon, d'autres dignitaires africains sont sur la liste au Sénégal, au Gabon et en Algérie

La « traque des biens mal acquis » que mène depuis des années l'association Sherpa, fondée et dirigée par le célèbre avocat William Bourdon, s'exporte désormais au Canada. Dans un communiqué publié par l'association ce jeudi 1er mars, Sherpa et la Coalition biens mal acquis (BMA) du Canada ont annoncé avoir conjointement demandé l'ouverture d'une enquête sur les biens mal acquis et le blanchiment d'argent au Canada.

« L'association Sherpa informe avoir ce jour demandé à la Gendarmerie Royale du Canada qu'une enquête soit diligentée sur les conditions d'acquisition d'un patrimoine immobilier considérable sur le territoire canadien par différents dignitaires africains et leurs proches, dont certains sont mis en cause dans des procédures judiciaires en France ».



Selon le communiqué, les deux associations demandent qu'une enquête globale soit ouverte du fait tant de cette saisine de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) que des initiatives prises récemment par la Coalition Biens Mal Acquis du Canada. « Le Canada fait partie des pays qui ont multiplié les engagements aux fins de lutter contre la corruption et les détournements de fonds publics, notamment en ratifiant la Convention des Nations Unies contre la corruption de 2003, dite Convention de Mérida », poursuit l'annonce. Et d'ajouter que « ces engagements, au regard de l'importance des indices présumant du caractère illicite du financement de ce patrimoine immobilier, commandent que soit engagée rapidement une enquête approfondie en mobilisant les moyens appropriés aux fins que soient identifiés et poursuivis les auteurs et complices de ces différentes infractions financières ».

Des soupçons de détournement et de blanchiment

Pour l'heure, l'action n'est qu'à son commencement et il va falloir attendre la suite de la procédure pour en savoir davantage sur les suites que cette affaire va prendre comme c'était déjà le cas en France. Selon les déclarations à RFI du président et fondateur de Sherpa, c'est « au prix d'un certain nombre d'infractions financières dont le résultat est toujours des opérations de blanchiment » que l'association soupçonne les personnalités incriminées « d'avoir favorisé leur enrichissement personnel – illustré notamment par l'acquisition de biens et immeubles, pas dans leur pays, pas dans leur capitale, loin des yeux et des yeux du juge local ».

Dans une autre déclaration au Journal de Montréal, William Bourdon a aussi fait savoir que « le parquet de Paris, il y a plus de 10 ans, avait ouvert une enquête sur des éléments de preuve qui étaient moins abondants que ceux présentés aujourd'hui au Québec ». C'est d'ailleurs le même média canadien qui donne d'amples détails sur la procédure initiée au Québec par les deux associations qui ont fait de la « chasse aux biens mal acquis » leurs spécialités.

D'après la même source, au moins six pays et une vingtaine de dignitaires africains sont concernées par la plainte notamment au Tchad et sur la base des recherches effectuées par Sherpa Tchad et qui impliquent des membres de la belle-famille du président Idriss Déby. Ce n'est pas la première fois que le chef d'Etat tchadien est cité par l'association dans le cadre de ses accusations de détournements ou de blanchiment tout comme c'est le cas de la famille du président congolais Denis Sassou N'guesso, qui a été citée dans l'affaire ainsi que plusieurs de ses collaborateurs. Au Gabon également, plusieurs autorités du pays dont la présidente de la Cour constitutionnelle Marie-Madeleine Mborantsuo, sont dans le collimateur de Sherpa qui a déjà eu à poursuivre la famille Bongo dans d'autres procédures en France.

Toujours selon la même source, en Algérie, Sherpa demande une enquête sur les neveux de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Mohammed Bedjaoui, dont l'un d'eux, Farid Bedjaoui, est recherché par Interpol « pour corruption massive ». Le dossier pour rappel, a fait couler beaucoup d'encre en Algérie et en Italie dans l'affaire dite de « le scandale de Sonatrach ». La demande d'enquête de Sherpa et la coalition des biens mal acquis concernent également le Burkina Faso où « un avocat emprisonné en 2016 après avoir été reconnu coupable d'avoir participé à un putsch raté en 2015 » est dans le collimateur des plaignants. La raison, avance le journal de Montréal, quelques mois après sa libération, il aurait mis la main sur une copropriété dans le quartier Saint-Henri. Enfin, le Sénégal aussi est mentionné dans l'affaire et selon les détails donnés par William Bourdon au même média, ce sont des proches du fils de l'ancien président Abdoulaye Wade, Karim, qui sont visé. Il s'agit notamment, rapporte le journal, « d'un ancien ministre et un ami de son fils condamné pour corruption, reconnu coupable de lui avoir servi de prête-nom pour détourner l'équivalent de 165 millions de dollars ».

Au total, ce sont des dizaines de millions de dollars qui seraient investis au Canada selon les demandeurs de l'enquête auprès des autorités judiciaires du pays. Pour l'heure toutefois, il ne s'agit que de soupçons et la procédure risque d'être longue. L'association Sherpa entend en tout aller jusqu'au bout comme elle l'a fait en France où elle est parvenue, l'année dernière, à faire condamner le vice-président et fils du président de la Guinée équatorial, Téodorin Obiang, à trois de prison avec sursis, 30 millions d'amende avec sursis et la confiscation de ses biens, pour les mêmes faits de détournement et de blanchiment d'argent en se basant sur son patrimoine construit en France. Fondée en 2001, l'ONG Sherpa qui est basée à Paris et disposant de plusieurs branches dans divers pays s'est fixée comme mission de «protéger et défendre les populations victimes de crimes économiques ». Les actions qu'elle a initié notamment en France ont donné lieu à des procédures judiciaires dont certaines sont toujours en cours et qui impliquent en majorité des personnalités du continent.


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