23/03/2011 03:14:46
Alain Fogué répond à l'"avocat" de Biya
En effet, ma lettre n'avait rien de séditieux ni d'insurrectionnelle, elle était simplement une interpellation républicaine et politique du président. Il n'y avait donc pas de raison de faire d'elle une question de sécurité. Pendant mon séjour dans ces services, j'ai compris que le pouvoir était plus que remonté contre moi et que par conséquent j'étais désormais pris en filature par ses services de renseignements.
Camerpress
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Mes réponses à l'«avocat» autoproclamé du président du Cameroun Biya. Après la publication de ma lettre ouverte au président, j'ai été convoqué/invité dans les services de sécurité pour m'en expliquer pendant plus de deux longues heures. Ceci est une grave entorse à la liberté d'expression pourtant garantie dans notre Constitution. En effet, ma lettre n'avait rien de séditieux ni d'insurrectionnelle, elle était simplement une interpellation républicaine et politique du président. Il n'y avait donc pas de raison de faire d'elle une question de sécurité. Pendant mon séjour dans ces services, j'ai compris que le pouvoir était plus que remonté contre moi et que par conséquent j'étais désormais pris en filature par ses services de renseignements.

Cette nouvelle ne m'a guère inquiété, car je n'ai jamais pensé renverser le régime ni comploter contre lui. La seule chose que je suis prêt à assumer, c'est le fait de m'opposer loyalement, de façon ferme mais constructive à lui ; ce qui ne constitue en rien un délit encore moins un crime.

Malgré tout, je dois reconnaître que, même dans ces services de sécurité où j'ai été longuement interrogé, l'atmosphère est restée courtoise et républicaine. Tout au long de cet interrogatoire, je n'ai jamais ressenti autant de haine et d'envie de me faire disparaître qu'à la lecture de votre texte. Je connais de nombreux militants du RDPC, de vrais militants, avec qui je discute régulièrement. Sans être idéologiquement d'accord avec moi, ils n'ont jamais exprimé à mon égard la haine qui se dégage de votre réaction. Mieux, nombreux parmi eux reconnaissent, hors caméras naturellement, le bien fondé de mes « élucubrations » qui vous rendent fou de rage.

Avec la finesse d'un éléphant dans un magasin de porcelaine, vous dissimulez mal, mais alors très mal, vos réflexes d'agent de la police politique manqué à travers vos propos haineux. De votre costume mal taillé de DOCTEUR, déborde la posture d'un individu qui a peur du lendemain. Qu'avez-vous fait pour avoir si peur ? Peut êtes- vous un de ceux là à qui le président veut faire rendre gorge ? Ce qui est certain, c'est qu'avez vos méthodes relevant d'une époque qu'aucun Camerounais normal ne souhaite revivre, vous risquez plutôt le l'embarrasser. Il a probablement besoin de gens pour défendre son bilan mais pas des d'individus pour criminaliser son régime.

Votre empressement à le défendre dans le registre peu républicain dans lequel vous vous inscrivez devrait à mon avis l'inciter à savoir qu'est que vous cachez derrière votre zèle.

Si vous l'universitaire que vous dites être, alors c'est désespérant pour la jeunesse que vous êtes sensé former. En effet, quelqu'eut été la faiblesse de mon argumentation, c'est par la qualité de votre démonstration, sa clarté et sa cohérence que vous auriez dû me faire renoncer à mes « élucubrations » et non par votre regret de me savoir encore en vie. La liberté de penser, qui en principe doit caractériser l'universitaire que vous dites être, s'accompagne du devoir de tolérance dans le débat, devoir auquel vous avez cruellement manqué. En fait, c'est à un appel à la haine inutile voire au meurtre que vous vous êtes livré.

Puisque vous jouez aussi à être un agent de la police politique, je dois tout de suite vous avouer que vous jouez très mal ce rôle. Si vous l'étiez, je vous aurai confessé qu'il n'est pas trop tôt pour vous de prendre votre retraite car vous êtes, à cause de votre incapacité à vous adapter au nouvel environnement politique de notre pays, un boulet pour le pouvoir. Vos propos, faits de menaces de mort, donnent au monde une face hideuse de notre système politique. Ils sont un cinglant démenti des incantations officielles sur notre démocratie avancée. Je fais le pari que même celui que vous croyez défendre n'est pas prêt à assumer cette face. Souvenez - vous de la vague d'émotion nationale et internationale soulevée par la mort suspecte du journaliste BYBI NGOTA pour bien mesurer combien les individus de votre type peuvent mettre en péril le système qu'ils croient défendre en tentant de faire taire, par tous les moyens, ceux qui cassent l'ambiance en troublant la quiétude de quelques heureux juchés sur l'argent public.

Heureusement vos menaces sont publiques. Elles engagent aussi publiquement la responsabilité du pouvoir que vous défendez. En effet, vous donnez du pouvoir l'image d'un système policier qui, face à une interpellation politique légitime, ne peut déployer que de vieux réflexes répressifs. Je ne suis pas persuadé que le président BIYA soit prêt à assumer cette image hideuse que vous voulez attribuer à son régime. Aussi me semble-t-il urgent pour le pouvoir de marquer clairement et publiquement ses distances avec votre démarche, afin qu'il n'y ait aucune ambiguïté en cas d'atteinte à ma sécurité. En tout cas, comme citoyen, j'attends que les autorités de ce pays prennent leurs responsabilités face à de telles menaces dans le débat public. Comme homme politique, je compte sur le caractère républicain du RDPC, le parti au pouvoir dont le DOCTEUR défend de façon extrémiste le bilan, pour prendre publiquement position. Si un militant du Mouvement Républicain Populaire (MRP) dont je suis le président, injuriait ou menaçait de mort des responsables du RDPC ou de tout autre parti politique, sans hésité notre parti prendrait immédiatement et publiquement ses distances par rapport à lui. Je pense que c'est aussi le rôle des partis d'éduquer leurs militants et sympathisants.

Peut - être cette lettre sera rendue publique après la mise en exécution de vos menaces cher DOCTEUR, c'est-à-dire lors de mon enterrement, par anticipation j'invite ceux qui pensent que le Cameroun mérite un meilleur sort, une gestion plus juste et sociale à ne pas pleurer mais plutôt, à trouver dans mon assassinat le motif d'un combat encore plus déterminé.

Je ne finirai pas cette lettre sans vous inviter à un débat public, à visage découvert, si vous êtes celui que vous dites être, au cours duquel, nous débattrons dans la courtoisie républicaine, en veillant à ne confronter que nos idées. A Cette occasion, je pourrai mieux vous expliquer pourquoi, au regard de la situation générale de notre pays, il est bon qu'un nouvel espoir naisse. Cet espoir nouveau, il me semble une fois de plus, sans aucune envie de nuire, que le président BIYA ne peut plus l'incarner pour une raison évidente : il est à la tête de l'Etat depuis près de trente ans. Si vous préférez les insultes, les appels à la haine et au meurtre dissimulés derrière votre masque, alors l'histoire jugera le moment venu nos deux textes.

Quand il vous reviendra l'envie d'écrire à nouveau sur la marche de la nation, ne restez pas prisonnier d'une situation, d'un individu ou de quelques avantages; pensez à demain et sachez que vos écrits sont archivés et que par conséquent, vous pourrez être amené à les commenter dans un contexte politique différent. Je sais que dans la course au positionnement administratif et politique, rien n'est de trop pour tenter de se faire une place au soleil. C'est dans cette perspective que je situe vos appels à la haine contre ma personne. Ceci ne constitue pas une excuse mais vous offre des circonstances atténuantes, à condition que vous acceptiez un débat public, sous votre vraie identité, sur l'objet central de mes « élucubrations ».

Cher compatriote, en attendant ce débat public que je souhaite vivement, et de préférence sur les ondes ou le plateau de la CRTV, qui soit dit en passant fonctionne avec mes impôts mais me censure, je vous invite à la paix de cœurs sans pour autant renoncer à mon analyse de la situation de notre pays. Il ne vous aura pas échappé que malgré ma lecture froide du bilan de vos trente ans de règne, tout au long de mes « élucubrations » je n'ai jamais insulté le président de la république ni ne l'ai menacé de mort. Je n'ai non plus appelé à la haine contre sa personne ni même contre son régime, j'ai juste ouvert un débat politique autour de son exceptionnelle longévité à la tête du pays en rapport son bilan qui est tout sauf positif.
Recevez mes républicaines salutations.

Archives:

1- Lettre ouverte d'Alain Fogué à Biya

2. Alain Fogue convoqué au SED après avoir écrit à Biya

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