23/03/2011 03:24:41
Diplomatie: Crise entre les Etats Unis et le Cameroun
Les dessous de la convocation de l’ambassadeur des Etats-Unis par le ministre des Relations extérieures du Cameroun. Cela s’apparente à un coup de tonnerre sous un ciel présumé sans nuages...
Camerpress
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Les dessous de la convocation de l’ambassadeur des Etats-Unis par le ministre des Relations extérieures du Cameroun. Cela s’apparente à un coup de tonnerre sous un ciel présumé sans nuages. Vendredi dernier, alors qu’aucun clignotant officiel ne suggérait une brouille entre les Etats-Unis et le Cameroun, le ministre des Relations extérieures, Henri Eyébé Ayissi, a convoqué dans son cabinet, l’ambassadeur des Etats-Unis à Yaoundé, Robert P. Jackson, question de lui remettre un pli fermé destiné au secrétaire d’Etat américain, Hillary Clinton.

Sur la teneur du message envoyé par M. Eyébé Ayissi à son homologue américain, des sources concordantes au ministère des Relations extérieures (Minrex) et à l’ambassade des Etats-Unis indiquent qu’elle tournerait autour de la remise du Prix du courage féminin [International women of courage, ndlr], à Henriette Ekwe Ebongo [l’une des 10 lauréates, ndlr], journaliste et éditrice de l'hebdomadaire indépendant Bebela et membre fondatrice de l'Ong Transparency International Cameroun. La cérémonie s’est déroulée à Washington le 8 mars dernier en présence de Michelle Obama, l’épouse du président des Etats-Unis et d’Hillary Clinton.

D’après nos sources, le gouvernement n’a pas du tout apprécié les observations de la directrice de publication de Bebela le 7 mars lors d'une table ronde organisée au département d'État américain en droite ligne de la cérémonie du lendemain. Sur le site www.america.gov, ces propos sont relayés dans un compte-rendu signé du journaliste américain Charles W. Corey.

Interrogée sur le processus électoral et la tenue prochaine de l'élection présidentielle prévue pour octobre 2011, Mme Ekwè répond : « Si nos élections sont libres, honnêtes et crédibles, je crois que nous [les Camerounais] aurons le droit de nous exprimer et nous serons libres de critiquer ». Quand on lui demande quel avenir elle envisage pour le Cameroun, elle se dit convaincue que « tout changement progressiste viendra des jeunes qui ont été inspirés par leurs pairs de Tunisie et d'Égypte ».

Par ailleurs, au cours de cette table ronde, Henriette Ekwè a affirmé que «les femmes [camerounaises] ont beaucoup de mal à percer dans la vie politique». Et de citer des chiffres révélateurs : sur les 180 députés que compte le Cameroun, 21 seulement sont des femmes, et des 360 mairies camerounaises 29 seulement ont une femme à leur tête. Pourtant, ajoute-t-elle, beaucoup de Camerounaises sont instruites et elles sont nombreuses aussi à s'y connaître en affaires puisqu'elles travaillent sur les marchés et dans un grand nombre de commerces et d'entreprises.

Haute instruction

En outre, la convocation de l’ambassadeur des Etats-Unis(photo) au Minrex aurait été commandée par ses déclarations au cours de l’atelier de formation sur la lutte contre la traite des êtres humains organisé par l’Ong Vital voices le 16 mars dernier à Yaoundé. Robert Jackson avait notamment révélé qu’ «au Cameroun, les enfants sont les premières victimes de la traite. Le pays est à la fois un territoire d'origine, de transit et de destination. L’essentiel du trafic d’enfants y a lieu dans les zones frontalières». Sur la même lancée, le diplomate américain avait souligné que «le Cameroun est aussi un pays de destination pour les enfants trafiqués, provenant pour la plupart du Nigeria, et souvent soumis au travail forcé dans l'agriculture, la pêche, les magasins de pièces de rechange ou la rue».

Des révélations pour le moins banales, répétées plusieurs fois auparavant et connues de tous, dont on se demande si elles pouvaient un si grand courroux du gouvernement camerounais qui s’est, certes, spécialisé ces dernières semaines dans des réactions épidermiques, criant à chaque occasion au complot international.
En rappel, le 13 janvier dernier, Henri Eyébé Ayissi avait déjà convoqué dans son cabinet le chef de délégation de l’Union européenne au Cameroun, Raul Mateus Paula, afin de lui signifier la désapprobation du gouvernement camerounais au sujet du financement des associations homosexuelles jugées illégales.

En effet, l’Union européenne avait consenti à financer, après un appel d’offres, le Projet d’assistance et d’encadrement aux minorités sexuelles à hauteur de près de 200 millions Fcfa. «Le peuple camerounais n’est pas prêt, ni disposé d’aller dans ce sens du développement de ces pratiques sur son territoire», avait martelé le Minrex, qui disait alors agir sur haute instruction du chef de l’Etat, Paul Biya. Après ce «rappel à l’ordre», le financement accordé au projet conjointement monté et présenté à l’Ue par les associations Sid’ado, Cofenho, le Collectif des familles d’enfants homosexuels et l’Association de défense des homosexuels a été suspendu.

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