24/03/2011 01:22:28
Braquage: Paul Biya jette le trouble dans l'esprit des Camerounais
Lorsqu’on scrute d’assez près l’esprit de ce communiqué du ministre d’Etat secrétaire général de la présidence de la République , qui consiste à dire essentiellement que le chef de l’Etat félicite les forces de défense, il y a lieu de formuler quelques interrogations ponctuelles...
Le Messager
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L’information exacte a-t-elle été donnée au président de la République sur les conditions du braquage à Bonabéri le week-end dernier ? C’est le ministre d’Etat secrétaire général de la présidence de la République qui a signé le communiqué de presse de la présidence de la République , au nom du chef de l’Etat . “ Après l’attaque perpétrée par un groupe de pirates contre les bureaux d’une institution bancaire à Douala-Bonabéri le vendredi 18 mars aux environs de 23 heures 30, les forces de défense et de sécurité ont procédé à une opération de ratissage qui a conduit à l’interpellation immédiate de deux suspects ”, peut-on lire au début du communiqué du ministre d’Etat.

Et de poursuivre : “ Dans la matinée du 19 mars 2011, une patrouille maritime conduite par le sous-lieutenant Youssouf Mahamat Bahar a intercepté deux embarcations suspectes dans les eaux territoriales camerounaises et, au cours de l’accrochage qui s’en est suivi, dix-huit pirates ont été tués et l’une des embarcations saisie ”. Laurent Esso indique par la suite que : “ Blessé au cours de cette intervention et promptement évacué à l’hôpital général de Douala, le chef de la patrouille décèdera au matin du 20 mars à la suite d’une intervention chirurgicale. Quatre autres militaires blessés et évacués en même temps reçoivent encore des soins appropriés dans la même formation hospitalière ”. On apprend aussi par le communiqué du ministre d’Etat, Sgpr, que le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense , Edgar Alain Mébé Ngo’o, a été instruit par le chef  de l’Etat “ pour transmettre à la famille et aux frères d’armes du valeureux officier les condoléances du président de la République , ainsi que son message de réconfort aux militaires blessés. ” Le communiqué de ministre d’Etat Laurent Esso s’achève par les félicitations du chef de l’Etat, chef des armées, adressées aux forces de défense et de sécurité. Paul Biya “ les encourage à rester déterminés dans la lutte contre le grand banditisme et la piraterie maritime ”.


Les faits connus de tous

Voilà donc la réaction du chef de l’Etat, face au terrible assaut des bandits de grands chemins le week-end dernier. Mais lorsqu’on scrute d’assez près l’esprit de ce communiqué du ministre d’Etat secrétaire général de la présidence de la République , qui consiste à dire essentiellement que le chef de l’Etat félicite les forces de défense, il y a lieu de formuler quelques interrogations ponctuelles. La plus essentielle est la suivante : ou Paul Biya a été très mal informé sur ce qui s’est passé cette nuit du 18 mars 2011 à Bonabéri, ou alors, il a choisi, comme à son habitude, de faire une fuite en avant, en refusant délibérément de cerner ce qui s’est exactement passé, et par là sanctionner avec la dernière énergie, tous les hauts responsables en charge des forces de défense, notamment dans la zone du Littoral.

Avec plus de lucidité, les faits désormais connus de tous, y compris même des enfants de la maternelle au quartier Bonabéri à Douala, sont les suivants : dans la nuit du 18 mars 2011, aux environs de 23heures 30, des assaillants lourdement armés, ont pénétré impunément par voie maritime sur le territoire camerounais. Ils ont remonté le fleuve Wouri sur près de trois kilomètres, et ont garé, sans être inquiétés, leurs embarcations à l’entrée du quartier Bonabéri. Ils se sont par la suite rendus à pied vers l’institution bancaire qu’il devaient attaquer. Les témoins affirment qu’ils se seraient même signalés à leur arrivée, en tirant en l’air, avant d’éventrer les portes de la banque.

Après avoir atteint la salle de haute sécurité de la banque, et de s’être emparés de l’argent, ils sont repartis presque en marchant. Une source signale que ces assaillants qui ont à un moment braqué une voiture pour essayer d’aller plus vite, seraient même tombés en panne par la suite. Ils ont essayé de pousser le véhicule avant de partir précipitamment, d’abord par le fleuve Wouri, puis la mer, oubliant derrière eux deux de leurs complices. Il a fallu la vigilance de la foule qui au départ était apeurée, pour accourir après le forfait et maîtriser les malfaiteurs oubliés par leurs complices et les remettre par la suite aux forces de défense et de sécurité, jusque-là restées sans réaction. En tout cas le lourd et triste bilan de ce terrible assaut des pirates en pleine ville de Douala-Bonabéri, et qui ressemble fortement à ce qui a eu lieu à Limbé il y a quelques années est connu de tous.

Mais c’est davantage la suite donnée à cette situation qui apparaît encore plus cocasse. En effet, le lendemain du forfait, dépêché sur place par le président de la République , et alors que les populations de Douala et de tout le pays étaient encore sous le coup de l’émotion, le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense n’a pas mieux choisi que d’entrer à Douala de manière triomphale. Comme s’il s’agissait d’une visite officielle festive, Edgar Alain Mébé Ngo’o s’est notamment fait accueillir avec sa délégation à l’entrée de la ville de Douala avec une fanfare militaire, suivi d’exécution d’hymne nationale et d’une revue de troupes. La simple pudeur n’aurait-elle pas voulue qu’il fasse un minimum de profil bas, face à l’incapacité de ses troupes à intervenir à temps, pour maîtriser les assaillants et les mettre hors d’état de nuire au moment où ils opéraient à Bonabéri ?

Plus grave encore, ce qu’on sait désormais en lisant le communiqué de presse de la présidence de la République , est que, nonobstant le laxisme cruel dont ont fait preuve nos forces de sécurité, qui ont laissé pénétrer en pleine ville des criminels lourdement armés, on a quand même demandé au président de la République de prendre son courage à deux mains pour féliciter publiquement les forces de sécurité de défense ; ceci non pas pour avoir mis la main sur les assaillants retrouvés en pleine mer, mais pour les avoir tous tués, sans qu’on ne sache exactement où sont les corps de ces maudits bandits ni le butin qu’ils ont emporté. Et si tout ceci n’était qu’une  manipulation grossière ?

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