29/03/2011 18:31:56
Plus de 12 Millions de chômeurs au Cameroun!
L’analyse des statistiques produites par l’Institut national de la statistique (Ins) montre et démontre que l’emploi décent échappe encore à la majeure partie de la population active estimée déjà à 13 millions de personnes.
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Le Cameroun compte moins d’un million de salariés. Cette information donne certes envie de pleurer à certains, mais c’est la triste réalité. En effet, les entreprises recensées lors du dernier recensement général des entreprises (Rge) organisé en 2009 emploient seulement 386 263 travailleurs permanents. Parmi eux, 281 972 sont des hommes (73%) et 104 291 sont des femmes (27%). Ces chiffres sont de l’Ins, qui a commis un rapport alarmiste sur la situation. Voilà pour le secteur privé.

Quant au secteur public, c’est quasiment la même constatation. La même tendance. Dans le rapport commis en 2009 et qui fait toujours foi, l’Ins passe rapidement sur ce secteur. Pas de commentaire tendancieux. Pas n’analyse particulière. Tout ce qu’il donne comme information, c’est le nombre d’agents dudit secteur : 196.056 personnes au total pour tout le pays ! En faisant une addition, on se retrouve à 582.319 personnes au total ayant un emploi permanent au Cameroun.

Or, d’après toujours l’Ins, le Cameroun comptait une population active estimée à 10 millions en 2009. Si on retranche les 582.319 salariées, on est à 9.417.681 personnes de la tranche active dépourvues d’emploi au Cameroun. Donc, d’après les données de l’Ins, le Cameroun compte près de 10 millions de chômeurs. « Même en y ajoutant les 43.495 emplois temporaires recensés, on n’obtient que 429.758 emplois dans le secteur des entreprises, soit 4,3% de la population active estimée », écrit l’Ins dans le rapport de 2009.
 
Fragilité du secteur moderne

Globalement, cette faible capacité d’absorption des entreprises camerounaises, ainsi que de l’Etat, est révélatrice de la fragilité du secteur moderne et de son incapacité à créer des emplois salariés décents pour la majorité de la population active qui trouve finalement refuge dans le secteur informel en exerçant des activités précaires et dégradantes.

L’Ins apprend que les villes de Douala et Yaoundé concentrent 68,4% des effectifs employés et 73,8% du chiffre d’affaires produits par les entreprises. Suivant le milieu, les villes de Douala et Yaoundé concentrent respectivement 47,1 et 21,3% des emplois permanents. Les très petites et petites entreprises n’ont réalisé que 15,4% du chiffre d’affaires total, mais offrent 47,7% des emplois permanents tandis que les moyennes entreprises et grandes entreprises qui dégagent 84,6% du chiffre d’affaires total n’emploient que 51,3% des effectifs. Ce qui, une fois de plus, démontre l’important rôle des Tpe (très petites entreprises) et des Pe (petites entreprises) dans la création des emplois.

«Le Cameroun compte trop d’entreprises qui sont petites pour pourvoir porter la croissance au Cameroun », fait observer l’économiste Roger Tsafack Nanfosso. En effet, sur les 93.969 entreprises sont établies au Cameroun, d’après l’Ins, le secteur tertiaire vient largement en tête avec 86,5% des unités recensées contre 13,1% pour le secteur secondaire et 0,4% seulement pour le secteur primaire, qui, en réalité crée de la richesse. Au Gabon, par exemple, le secteur primaire domine avec plus de 50%. Et même par types d’entreprises, le secteur tertiaire dame le pion. En effet, les Tpe viennent en tête avec 75%, suivies des Pe avec 19%, les moyennes entreprises (Me) 5% et les grandes entreprises ferment la queue avec 1% seulement. Avec ces statistiques des plus ridicules, il est quasi impossible de prétendre à l’émergence, « même à l’horizon 2055 », prophétisent quelques experts.

Population active déjà autour de 13 millions

Plusieurs analystes économiques sont catégoriques. « Dans ces conditions, il sera difficile de sortir du gouffre tant qu’il n’y aura pas un nombre important de personnes pouvant consommer », soulignent-ils, avant d’ajouter « on est très loin de la barre ». «Il faut préciser qu’il s’agit là des chiffres de 2009. Entretemps, la situation a du évoluer », insistent-ils. En effet, dans son intervention lors de l’assemblée générale d’Ecam (entreprises du Cameroun) le 17 février 2011, le professeur Tsafack Nanfosso a parlé justement d’une population active située autour de 13 millions. Or, les entreprises font rarement les recrutements massifs dans ce pays, et depuis 2009, nombreux sont ceux des Camerounais qui ont perdu leur emploi. Pareillement, l’Etat n’a pas fait une véritable opération d’envergure depuis cette date.

La seule grande opération de cette dernière décennie est sans doute l’opération de recrutement des 25.000 diplômés qui, même si elle mérite d’être saluée, est cependant loin de résoudre le problème. Car, en intégrant ce nombre, même multiplié par deux, on ne sera toujours pas à un million de travailleurs permanent au Cameroun. Au demeurant, l’économie camerounaise est entre les mains des gens qui ne sont pas forcément allés à l’école.


Roger Tsafack Nanfosso :«10 entreprises peuvent impacter une économie davantage que 100 entreprises »

Agrégé des sciences économiques en service à l’université de Yaoundé et consultant international, il analyse les statistiques divulguées par l’Ins.

94.000 entreprises environ sont implantées au Cameroun. Ce nombre est-il suffisant pour développer l’économie camerounaise?

Ce n’est pas une question de nombre, mais plutôt une question de richesses créée. La richesse se déploie au minimum à quatre niveaux: l’investissement, la valeur ajoutée, l’emploi et la fortune. Si les entreprises, quel que soit leur nombre, couvrent de manière satisfaisante ces dimensions et contribuent à la croissance et au développement, leur nombre importe mais pas de manière exclusive. 10 entreprises peuvent impacter une économie davantage que 100 entreprises.

Ce sont les très petites entreprises (Tpe) qui sortent du lot, qu’est ce qui justifie cela d’après vous?

Les Tpe sont très nombreuses, parce que le secteur informel est hypertrophié et excessivement dominant. 94% de la population active est occupée dans l’informel, ce qui est révélateur de profonds dysfonctionnements de l’économie. La question de l’amaigrissement de ce secteur est un sujet majeur qui nécessite une réflexion d’enverguer et pas seulement des affirmations tendant à dire qu’il faut formaliser l’informel. Le vrai débat est ailleurs: pourquoi monsieur tout-le-monde qui veut créer une entreprise préfère l’informel au formel? La réponse à cette question donnera la solution au problème.

Le Cameroun compte moins de 600.000 travailleurs d’après les statistiques, ce nombre est-il suffisant?

Attention il s’agit de 600.000 travailleurs salariés. Non bien entendu, si on le rapporte notamment à la population active du pays, située autour de 13 millions. Bien sûr ce chiffe ne prend pas en compte les travailleurs non salariés, à leur propre compte ou informel. La “population occupée” est bien plus nombreuse (un peu moins de 10 millions).

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