01/04/2011 13:58:10
Côte d'ivoire : des conseillers militaires français auraient participé à la conception de cette opération
Figaro: «L'étonnant professionnalisme des ex-rebelles»
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INTERVIEW - Ancien directeur de La Lettre du continent, Antoine Glaser est spécialiste de l'Afrique.

LE FIGARO. - Comment expliquez-vous que les forces pro-Ouattara n'aient rencontré aucune résistance dans leur descente vers le sud?

Antoine GLASER. - Les Forces de défense et de sécurité, qui semblaient jusqu'à présent demeurer loyales à Laurent Gbagbo, ont manifestement basculé ces derniers jours en voyant leurs adversaires passer à l'offensive. Il faut dire que l'attaque lancée lundi par les forces pro-Ouattara, après plusieurs semaines de discrets préparatifs, témoigne d'un professionnalisme étonnant. Avant que le top départ ne soit lancé, certains pays de la région, comme le Burkina Faso ou le Nigeria, ont probablement contribué à armer et à entraîner les ex-rebelles, qui sont équipés de neuf. Il est également vraisemblable que des conseillers militaires français et américains aient participé à la conception de cette opération, laquelle répond à l'évidence à un ordre de marche très précis.

De quel soutien Laurent Gbagbo dispose-t-il désormais face aux partisans d'Alassane Ouattara?

Il ne peut plus compter que sur un dernier carré littéralement bunkérisé dans le centre d'Abidjan, ainsi que sur les quelques milliers de Jeunes Patriotes qui répondent aux ordres du «Général de la rue», Charles Blé Goudé. Sur le plan militaire, seules les troupes de la garde présidentielle et du Centre de commandement des opérations spéciales semblent encore lui rester fidèles. Cet isolement répond à la stratégie d'encerclement politique et di­plomatique mise en œu­vre ces dernières semaines, principalement par la France et le Nigeria. Les résolutions successives soumises au Conseil de sécurité de l'ONU ont en effet permis de faire comprendre à ses proches que le régime Gbagbo n'avait plus d'avenir.

Certains craignent pourtant que la bataille d'Abidjan n'entraîne un bain de sang.

Il est vrai qu'en plus des Jeunes Patriotes Laurent Gbagbo peut encore jouer de la solide assise populaire dont il dispose à Abidjan, où près de 55% des électeurs ont voté pour lui en novembre dernier. On peut imaginer qu'une partie de ses partisans descendent dans la rue afin de lui apporter leur soutien. Cependant, il convient de souligner que les Ivoiriens, confrontés depuis septembre 2002 à une crise interminable, éprouvent une grande lassitude. Ils ont d'ailleurs exprimé leur volonté de changement lors de la dernière présidentielle. Enfin, je ne suis pas certain que les Forces républicaines de Côte d'Ivoire loyales à Alassane Ouattara fassent le choix d'entrer en force dans Abidjan, au risque de provoquer un bain de sang.

Quelle est l'alternative?

On peut imaginer qu'elles encerclent la capitale économique afin d'étouffer un peu plus le régime et de précipiter les dernières défections. Si le Conseil de sécurité de l'ONU vote la résolution interdisant l'usage des armes lourdes à Abidjan, l'Onuci et les 900 soldats de «Licorne» pourront en outre désarmer les unités restées fidèles à Gbagbo. Elles chercheront sans doute aussi à bloquer l'aéroport. À partir de là, le président sortant n'aura plus le choix qu'entre la reddition et une hypothétique fuite à l'étranger. À moins qu'il ne choisisse de «mourir en martyre», comme il en a récemment exprimé l'intention devant des visiteurs.

*Titre: Survie

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