09/07/2009 12:51:58
Appel à la candidature de Paul Biya en 2011 : Les leaders d'opinion réagissent
Des leaders d'opinion camerounais s'expriment sur la présidentielle de 2011.
Le Jour
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NI  JOHN FRU NDI, PRÉSIDENT DU SOCIAL DEMOCRATIC FRONT : « J’INVITE TOUS LES CAMEROUNAIS À RÉSISTER »

Je n’ai pas encore la communication du secrétaire général du Rdpc en rapport avec la rencontre des élites et notabilités du Centre à l’hôtel Mont Febe, mais ils doivent retenir que le peuple tient à ce que la Constitution soit respectée. Telle est d’ailleurs la position que le Sdf défend depuis  toujours. Je ne vais pas condamner l’approche publique, mais quand ils détruisent ce pays, ce ne sont pas les ressortissants du Nord-Ouest ou des autres régions qui le font. Au- delà de cette propagande, le Sdf tient à ce que les conditions d’une élection libre et transparente soient garanties. Ils donnent l’impression que les ressortissants des autres régions n’aiment pas ce pays, c’est précisément à ce niveau qu’ils se trompent. Je voudrais qu’on me dise pourquoi ce sont toujours les élites de cette région qui doivent s’agiter chaque fois pour demander que le chef de l’Etat se représente en 2011. J’invite tous les Camerounais à résister parce que cette entreprise ne vise en réalité qu’à couvrir ceux qui détournent les fonds publics. Voilà ce que je dirais à propos pour l’instant.


PAUL GÉRÉMIE BIKIDIK, PRÉSIDENT DU RÉSEAU ASSOCIATIF DES CONSOMMATEURS DE L’ÉNERGIE (RACE) : « LES ÉLITES DU CENTRE S’AGITENT »

En fait, les élites du Centre s’agitent. Devant la restriction des espaces de liberté publique, les memoranda sont devenus la dernière trouvaille pour les élites qui essaient de manipuler les populations pour satisfaire leurs intérêts égoïstes. Pour nous, que Paul Biya se représente en 2011 ou pas, c’est à la limite secondaire. Ce que nous voulons savoir, c’est si le gouvernement en place satisfait les besoins basiques des Camerounais. C'est-à-dire en améliorant l’accès aux services de base que sont l’électricité et l’eau. La question de la représentation de Biya se pose en des termes concrets. Les populations veulent savoir si demain elles auront de quoi survivre. L’inflation galopante qui sévit actuellement et la vie chère créent des conditions pour ce genre de phénomène de diversion. Le vrai combat est dans la lutte contre la pauvreté. Ca ne veut pas dire que les questions politiques sont secondaires. C’est par une bonne politique qu’on arrivera à assainir la situation sociale des Camerounais. Néanmoins, nous croyons à une alternance populaire et démocratique en 2011, au-delà de toute querelle régionaliste.

 
HUBERT KAMGANG, PRÉSIDENT DE L’UNION DES POPULATIONS AFRICAINE (UPA) : « LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU RDPC A MIS FIN AU SUSPENSE »

Sachant que Paul Biya a modifié la Constitution pour se représenter à la prochaine élection présidentielle, je me réjouis que son ministre chargé de mission, sous couvert de son titre de secrétaire général du Rdpc, ait mis fin au suspense. Monsieur Biya est donc candidat aux prochaines présidentielles. Les choses sérieuses peuvent commencer, parce que jusqu’à présent, j’avais besoin d’un concurrent pour qu’on commence à exposer nos visions respectives et nos projets de société.

Ce qui se passe actuellement est une mise en scène. Ce n’est pas nouveau. La nouveauté, c’est que ce ne sont plus les militants de base qui le demandent. Mais, c’est son chargé de mission qui le demande. Paul Biya est président du Rdpc jusqu’en 2011. A ce titre, il est candidat statutaire du Rdpc à la prochaine élection présidentielle. En fait, la campagne officielle a commencé. Il ne peut pas anticiper les élections, car la Constitution ne l’y autorise pas. De plus, anticiper les élections présidentielles, ce serait mettre à l’écart Elecam. Nous avons donc deux années de campagne. Ce sera le libéralisme communautaire contre le panafricanisme. C'est-à-dire la Françafrique, dont M. Biya devient le doyen en Afrique, contre la fin du pacte colonial dont Hubert Kamga est le chantre. Paul Biya ne précipite jamais rien. Il espère occuper seul le terrain. Mais comme vous le verrez, il n’est pas seul.
 

ADAMOU NDAM NJOYA, PRÉSIDENT DE L’UDC : « LA POLITIQUE DE CONFISCATION DU POUVOIR EST MISE EN MARCHE »

Je pense que ce sont des gens qui se sont réunis pour défendre leurs intérêts. On avait l’habitude de dire que c’est la base qui se réunissait pour prendre de telles positions. Maintenant, c’est le sommet du parti qui prend les devants. Ceci montre tout simplement que la machine a été mise en branle pour la protection à tout va des intérêts du régime en place. On aurait pu imaginer qu’une telle réunion se penche sur les grands problèmes auxquels sont confronté notre pays en ce moment, c’est vraiment déplorable que leur préoccupation ce soit essentiellement limitée à l’appel à la candidature de Paul Biya en 2011. On note que c’est toute la politique de confiscation du pouvoir qui est mise en marche. A partir de cet instant, tout est possible. Nous ne serons pas surpris par exemple que l’élection que nous attendons en 2011 soit anticipée. Nous attendions plutôt que la machine soit mise en branle pour que Elecam soit opérationnel. A ce jour on n’a aucune idée de l’évolution de la mise en place de cette structure. On attend que le recrutement du personnel soit effectif et surtout que les démembrements soient mis en place. Tel que les choses sont parties, les prochaines élections vont être gérées par l’ancien système.

 
SAMUEL MACK-KITT, PRÉSIDENT DE L’UPC : « C’EST UN RITUEL DEPUIS 1992 »

Cela ne m’étonne pas du tout, puisque monsieur Biya a repris à son compte la vieille politique des colons qui consiste à transformer l’existence des tribus (toute chose qui n’a rien de négatif), en un système de gouvernement et en idéologie politique. Preuve que cela ne peut pas marcher, ceux qui se sont réunis hier, s’opposent à d’autres enfants du Centre qui ont rédigé un mémorandum à l’intention du chef de l’Etat il n’y a pas longtemps. Ceci confirme avec éclat, la réflexion de Mpodol Ruben Um Nyobe selon laquelle «Le tribalisme n’est pas valable en politique ». Par ailleurs, depuis le tripatouillage constitutionnel de 2008, consistant en la révision de l’alinéa 2 de l’article 6, tout le monde sait au Cameroun que M. Biya sera candidat aux prochaines élections présidentielles. De plus, depuis 1992, c’est devenu un rituel qu’à l’approche de chaque élection présidentielle, certains griots du Rdpc se lèvent pour proposer à M. Biya d’être candidat à la présidence de la république. Ce qui est important et qu’il faut retenir, c’est l’absence de véritables élections libres, équitables et démocratiques dans notre pays. C’est pourquoi l’Upc ne cesse d’appeler tous ceux qui sont acquis à la nécessité d’un profond changement de politique et non de personne, de se rassembler afin d’imposer au Rdpc de véritables élections qui verraient alors la déconfiture de leur champion.
 

BANDA KANI, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU MANIDEM : « LES ÉLITES DU RDPC ENFONCENT UNE PORTE OUVERTE »

Le paysage politique camerounais est familier de ce type de banalité politique qui, malheureusement, engage l’avenir de notre pays. Il est clair pour tout le monde que le chef de l’Etat est candidat aux prochaines élections présidentielles. Cette réunion enfonce une porte ouverte. L’appel à la candidature en réalité est l’arbre qui cache le mûrissement des contradictions qui pourrissent le régime. Et c’est ça qui nous intéresse. Nous allons vers une reconstitution d’une sorte d’Unc visant à bloquer tout changement réel au Cameroun. C’est cela qui doit interpeller les Camerounais de tout bord. Les apparences ne doivent pas nous tromper. Le régime est à bout de souffle. Il revient aux Camerounais de comprendre qu’ils sont responsables du destin de ce pays. Et ils ne sont pas seuls. Dieu notre père est à leur côté. Au cœur de la nuit la plus noire, la lumière brille toujours. Les Camerounais viendront à bout, plus rapidement qu’on ne l’imagine, de ce système néo colonial qui veut nous enfermer dans la déchéance et l’indignité politiques.

 SINDJOUN POKAM, PHILOSOPHE ET MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ CIVILE :  «  C’EST UNE SÉQUENCE POLITIQUE PORTEUSE DE GUERRE CIVILE »

Les gens ont l’impression que les revendications ethniques datent d’aujourd’hui. C’est un défaut de mémoire qui accrédite une telle démarche. Les revendications ethniques structurent depuis bien longtemps, d’Ahidjo à Biya, le champ politique camerounais. Un groupe  d’intellectuels dont je suis partie et qui s’appelle le collectif « Changer le Cameroun » a consacré un ouvrage en 1992 à cette question de revendication. Il s’intitulait Changer le Cameroun ? Anthologie commentée des revendications ethniques. Donc, c’est une vieille pratique dans notre champ politique et ces manifestations ethniques expriment clandestinement ou officiellement leur rapport à l’Etat.
Il faudrait un jour s’interroger sur les raisons inavouées ou avouées de leurs auteurs. Aucune communauté ethnique ne peut revendiquer la paternité d’une telle démarche. Il faut dire qu’à partir des années 90, années dites de braise, scandées par le mot d’ordre populaire de villes mortes, s’est introduit un autre champ politique. Une séquence politique porteuse de guerre civile. Cette séquence est portée par des notions d’allogènes, d’autochtones et de minorités. Le Pr Joseph Owona en est le promoteur. Il faut rappeler que ces notions sont devenues constitutionnelles depuis la Loi fondamentale du 18 janvier 1996. C’est par rapport à ces notions constitutionnelles qu’agissent désormais les acteurs des motions, des tracts, des memoranda.
Il faut dire d’emblée, à notre sens, que ces genres de rencontres et revendications sont préjudiciables à la construction d’une République de citoyens. Elles installent le pays dans une guerre civile permanente. Il faut rappeler que les concepts d’allogènes, d’autochtones et de minorités sont les fruits de réflexions d’un comité désigné par le président de la République en 1984. Voir à cet effet le rapport du comité de réflexion du 2 novembre 1984 dont les membres sont : Joseph Charles Doumba, ministre chargé de mission comme président du comité, Pouma Léonard Claude, conseiller spécial, Sengat Kuo, ministre de l’Information, secrétaire politique, Jean-Marcel Mengueme, ministre de l’Administration territoriale, secrétaire politique adjoint, Ngango Georges, ministre chargé de mission, Joseph Owona, chancelier de l’Université, rapporteur de ce comité. C’est donc une pratique historique connue, codifiée et institutionnelle. Elle débouche sur une guerre civile permanente.

WOLONG, PRÉSIDENT UNDP OUEST   : « JE NE PEUX QU’ENCOURAGER CES ÉLITES DU CENTRE »

Lors de la réunion des élites du Rdpc du Centre  qui s’est tenue à l’hôtel Mont Fébé à Yaoundé le 07 Juillet 2009, ces élites ont invité le président Paul Biya, président de la République du Cameroun et président national du Rdpc à se présenter aux élections présidentielles de 2011. Je pense que sur le point de vue citoyen et politique c’est une position tout à fait normale et naturelle dans cette circonstance là. Le président Paul Biya étant président national d’une formation politique le vœu naturel le plus absolu que ses militants et sympathisants  peuvent exprimer, c’est qu’il exerce davantage les hautes fonctions de président de la République. L’objectif principal d’une  formation politique étant de chercher à conquérir le pouvoir, il apparaît dont normal que si vous avez déjà ce pouvoir, il ne vous reste qu’à développer des moyens pour le conserver. Même si de temps à autre et par endroit les lois qui régissent la société limitent cet appétit, les gens ne devraient pas perdre cela de vue. De ce qui précède, je ne peux qu’encourager ces élites du Centre. Car, ils ont juste dit tout haut ce qu’elles pensent et ce qu’elles ressentent. Il n’y a que des ingrats pour cacher leur joie.

HILAIRE KAMGA, SECRÉTAIRE PERMANENT DE LA PLATE-FORME DE LA SOCIÉTÉ CIVILE : « NE TROMPEZ PAS LE PRÉSIDENT ! »

Nous avons lu avec beaucoup d’amusement, d’inquiétude  et de dégoût le fameux «Appel de Yaoundé » signé des responsables RDPC de la Région Centre.
Il est évident que cet Appel de Yaoundé ne nous apporte aucune information nouvelle. On se souvient que des auteurs de cet appel sont aussi les  signataires en novembre 2007 de la « Motion de la Lékié » appelant le président Biya à modifier la Constitution afin de se présenter comme candidat à l’élection présidentielle de 2011. Les arguments développés alors par MM Eyebé Ayissi, Essimi Menye et autres  dans cette 1ère motion venue de la Lékié, tendaient à faire croire à l’opinion que le Cameroun ne pouvait pas se passer de M. Biya comme président. La Plate-forme de la société civile pour la démocratie avait alors immédiatement pris bonne note de l’auto-disqualification de motionnaires du RDPC par rapport au leadership post-Biya.

En signant l’appel de Yaoundé, ils confirment tout simplement leur incapacité et leur disqualification pour la course au remplacement de Biya dès lors qu’ils reconnaissent de fait qu’ils sont incapables de gouverner le Cameroun sans Biya. Nous ne pouvons qu’être fiers de savoir qu’ils sauront rester à l’écart lors de la prochaine compétition pour le leadership national.
Nous sommes inquiets pour le président de la République. Comment des personnalités en qui il place toute sa confiance  peuvent-elles s’organiser pour essayer de le pousser à la faute ? Comment ne peuvent-ils pas comprendre que M. Biya a aussi droit à une retraite paisible après près de 40 ans de «loyaux » services rendus au Cameroun ? Je pense sincèrement que si ces gens voulaient du bien au président Biya, ils lui auraient vivement conseillé de quitter les affaires par la grande porte en s’abstenant de se représenter en 2011. Comment peuvent-ils honnêtement demander au citoyen Biya de concourir à la prochaine élection présidentielle alors qu’ils devraient être conscients que la grande majorité des Camerounais est déterminée  à essayer une autre forme de gestion du Cameroun après l’élection de 2011. Comment entendent-ils gérer une éventuelle humiliation du candidat Biya au cas où celui-ci perdait l’élection de 2011 avec un large score comme cela est prévisible.
En tout état  de cause, les cirques des appels à candidature relèvent d’une autre époque et ces dignitaires du pays devraient le savoir. 
Nous souhaitons vivement que M. Biya quitte le pouvoir en 2011 la tête haute et nous le soutiendrons dans cette perspective si c’est nécessaire. Nous suggérons donc qu’il n’accorde aucune attention à ce piège qui lui est tendu par ses conseillers du Rdpc, car ses chances de réunir plus de 15 % de suffrages lors du prochain scrutin où nous attendons près de 10 millions d’électeurs sont minces.  

Il est évident qu’après le folklore du Mont Fébé, d’autres prévaricateurs du Rdpc dans les autres régions du Cameroun vont continuer cette logique distractionnelle, dont le peuple camerounais (différent des Camerounais qui profitent du pillage du pays) n’en a vraiment pas besoin. Nous espérons simplement qu’à l’heure du pluralisme, la Crtv, qui ne doit pas être simplement un média du Rdpc, saura devenir media citoyen en publiant les réactions contraires aux positions des caciques du Rdpc qui, pour beaucoup, sont plus préoccupés à sauvegarder les positions d’asservissement du peuple qu’ils occupent.
Enfin, nous tenons à  rappeler que le peuple camerounais n’est plus dupe et ne se laissera pas distraire.

Propos recueuillis par Jean- Philippe Nguemeta, Mathias Mouendé Ngamo (Stagiaire), Innocent B. Ngoumgang, Beaugas-Orain Djoyum

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