08/04/2011 01:05:39
EdKing. Nous sommes tous des
“ Ma négritude n’est pas une taie d’eau morte, ruée contre la clameur du jour. Ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'œil mort de la terre... ”
Le Messager
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Les travaux de Platon, Aristote, Anta Diop ou même Kwame Nkrumah ont fait date dans l’histoire du monde. Moins connue, l’incidence de la “ bontologie ” sur l'engagement social et politique d'un individu a été développée par  l’enseignant Boujeka  pour qui : Ib = d°0c. Ce qui veut dire : “ Immobilisme bontologique ” = “ degré zéro de la compétence ” Au risque d’attraper un accident vasculaire cérébral (Avc), personne n’a pris le risque de suivre Boujeka sur ce sinueux chemin...

Pourtant, les chantres de la négritude étaient des bontologues qui s’ignoraient. “ Ma négritude n’est pas une taie d’eau morte, ruée contre la clameur du jour. Ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'œil mort de la terre ”, clamait Césaire. Ce à quoi Wole Shoyinka ironisait en disant qu’un tigre dans la brousse ne vante pas ses rayures pour montrer sa “ tigritude ”. Il saute sur sa proie et la mange.

Mais il y a plus, frère en Christ ! Il y a la “ minguiritude ”. Plus qu’un concept philosophique, c’est un état d’esprit, une façon d’être quoi ! Elle n’est ni gesticulatoire, ni déclamatoire. On est minguiri ou on ne l’est pas ! On peut être gros comme Ngando Picket (Photo) et être minguiri dans sa tête.

De Platon à Senghor, tous les concepts philosophiques se résument à quelque chose de fondamental : l’Homme veut manger avant toute expression de spiritualité. Disons le platement : ventre affamé n’a point d’oreille. Je “ panse ” donc je suis. Le bébé qui vient de naître, crie d’abord famine. On lui ferme la bouche avec le sein et tout le monde est tranquille. Toutes les mamans du monde ont la même recette.

Mais combien de Camerounais peuvent se targuer aujourd’hui de manger à leur faim ? Selon un rapport du Pnud, 40% de Camerounais vivent au-dessous du seuil de pauvreté. C'est-à-dire que lorsque vous lirez cette bafouille, huit camerounais sur 20 n’auront pas encore résolu leur problématique alimentaire. C'est-à-dire encore que huit Camerounais sur vingt ne savent pas au réveil, s’ils mangeront dans la journée ! Ils vivent leur “ minguiritude ”.

Car ce n’est  pas pour le quart des Camerounais, une question de choix. Ils n’ont rien. C’est une question fondamentale où intervient la possibilité d’avoir des moyens de se nourrir... pour survivre. Frères en Christ, ces Camerounais qui savent plus que tous au monde rire d’eux-mêmes se font appeler avec un féroce humour, “ les moisis ”. Ils sont là, au détour du chemin ; ils vivent dans la décharge publique de la vie où ils trient de leurs griffes les vomissures de la terre.

La minguiritude c’est ça ! Vivre courbé sur l’opulence des autres. Survivre en remontant le courant d’un fleuve impétueux qui charrie la maladie, la famine, l’errance, le regard méprisant et parfois craintif des autres, qui ont peur de se faire voler leur bifteck et l’entourent des fils barbelés.

On rencontre la minguiritude partout. Par exemple sur la route Bafoussam-Bangangté où les passagers d’un taxi-brousse sont parqués quatre à la cabine et six sur le siège arrière. Plus le chauffeur... à côté du chauffeur. Qu’est ce qui s’est passé ? A-t-on agrandi l’habitacle des taxis ou bien les passagers ont-ils fondu au point qu’il en faut douze pour remplir une voiture de tourisme ? Que se passe-t-il à Obala, pour qu’une mototaxi charge cinq passagers sur sa machine, plus les bagages, avant que le pilote consente à démarrer  sur une piste marécageuse en direction de Nkol Atsan ?

La minguiritude est donc parmi nous. Elle vit avec nous. Elle est l’essence de notre espérance à une vie meilleure. La minguiritude nous regarde de ses yeux globuleux de crève-la-faim. Ce concept compte beaucoup d’adeptes au Cameroun. On retrouve les minguiri sur les monts Kapsikis où le revenu par habitant est de 1000 Fcfa par an. Ils sont légion au bas de la falaise de N’gaoundéré où les veuves issues de la polygamie errent dans les rues avec sur leur tête un plateau comprenant quelques grains d’arachide invendables. Les minguiri vivent à Okola, où le taux de déperdition scolaire est de 700 enfants sur 1000 ; aussi à Belabo  où des filles mineures sont envoyées par les parents sur le chantier du pipeline et maintenant se déversent sur  l’axe en construction Ayos - Bonis. Bien entendu ce n’est pas pour creuser la route...

Les minguiri sont notre présent, mais aussi notre avenir. Au point où l’Etat camerounais s’endette. Madame, l’enfant que vous décidez de mettre en chantier ce soir est un minguiri en puissance. Une dette colossale l’attend à sa naissance. En quelque vingt ans, la dette extérieure du Cameroun a été multipliée par trois, passant de 2,9 milliards de dollars en 1983, pour atteindre 7,3 milliards de dollars en 1993, et un peu moins de 10 milliards de dollars (soit plus de 5000 milliards de Fcfa au cours actuel du dollar).

Comment en est-on arrivé à se retrouver dans une telle posture d’indigence, malgré une “ aide ” abondante de la communauté internationale ? Avec quoi votre bébé, futur chômeur camerounais payera cette dette qu’il n’a pas contractée ? Et si comme je le souhaite, il a le malheur de devenir président de la République , il se retrouvera les mains liées par les accords de coopérations signés avec la France. A savoir que tout notre sous-sol lui appartient en priorité. De l’uranium de Poli au manganèse d’Ebuja, il sera obligé de fermer les yeux sur les pillages actuels et futurs, déjà programmés au Cameroun par ses ancêtres gaulois, au nom de la sacro-sainte “ amitié qui lie si heureusement nos deux pays. ”

Et ne dites pas à votre fils, futur président du Cameroun, de dénoncer ces accords. Sa survie comme président est d’être le garant de notre minguiritude. Sinon, il se retrouverait dans un avion, en fuite ou six pieds sous terre, victime d’un putsch.

Ce qui revient à dire que même le président est un minguiri qui s’ignore ; il est tout simplement mieux loti que les “ pingouins ” de la prison de New-Bell, qui dorment nu sur le ciment d’une cellule et se nourrissent d’une louche de haricot par jour. les amateurs appellent cela du “ Kontcha'”

Heureusement qu’ils ont la possibilité d’améliorer leur ordinaire en faisant la chasse à la  souris, qui comme chacun le sait, est une viande riche en protéines.

Bon vendredi et à vendredi

Edking

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