11/04/2011 03:09:30
C'est quand l'après-Biya ?
Le ministre Rdpc chargé des relations avec le Parlement, M.Grégoire Owona, ne croyait pas si bien dire, il y a quelques semaines, en affirmant sur les antennes de Rfi, que la guerre de succession aura toujours lieu, que ce soit en 2011 ou après 2011. Et pour cause !
Le Messager
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Le ministre Rdpc chargé des relations avec le Parlement, M.Grégoire Owona (photo), ne croyait pas si bien dire, il y a quelques semaines, en affirmant sur les antennes de Rfi, que la guerre de succession aura toujours lieu, que ce soit en 2011 ou après 2011. Et pour cause !

Il y a effectivement au Cameroun une problématique de l’après-Biya qui ne date pas d’aujourd’hui, et qui constitue en des circonstances répétitives un facteur d’immobilisme, de dysfonctionnements, voire de déstabilisation du régime de celui à qui les commis de l’Etat se font la guerre pour succéder avec ou sans son adoubement. Tous les scénarii ont déjà été envisagés par les pouvoiristes dont regorge le système politique construit ou subi par Paul Biya lui-même dès 1983, et validé en 1985 avec le nouveau crépissage de la maison Unc au sable Rdpc. A l’époque, nous écrivions déjà que Paul Biya avait confié la gestion de ce qu’il disait être une rénovation, aux barons du système Unc, avec tous les risques de dévoiement possibles et prévisibles.

Cette faute politique de départ ouvrait la porte à une ère d’hypocrisie favorable à toutes les ambitions plus ou moins farfelues, de succéder à  l’homme-parenthèse d’un régime annoncé comme vertueux, et qu’il fallait travailler pour rendre simplement transitoire. De n’avoir pas créé à l’occasion son propre parti politique aux objectifs correspondant à son idée sociale affirmée et animée par des hommes nouveau partageant sa vision faite, disait-il, de démocratisation, de rigueur et de moralisation, confirmait  aux yeux de ses adversaires cachés une apparence de faiblesse suggérant qu’il était  prenable à la moindre opportunité.

Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et il est toujours là. De nombreux complots ont été ourdis et déjoués autour de lui et contre lui, par des clans de son entourage se trahissant à qui mieux-mieux, dans un affrontement aussi feutré que cruel, que “ le boss ” observe amusé, intervenant ponctuellement pour punir ou mettre à l’ombre ceux qui se seront le plus approchés de son espace vital.

Savoir diviser pour régner est un art machiavélique dont Paul Biya sait user avec efficacité et finesse, pour opposer les uns aux autres ses adversaires déclarés, ou ses collaborateurs les plus hypocritement ambitieux, aux fins de garantir son intouchabilité.

En réalité, vu la faune d’ambitieux qui grouille et grenouille autour de M. Biya hantée par la soif de lui succéder, la guerre de succession dans le sérail ne peut être que permanente ; d’autant plus que l’essentiel de l’activité présidentielle est consacré à la gestion de sa sécurité, à l’exclusion de toute distraction pouvant donner la moindre opportunité à qui que ce soit. Et que par conséquent, tous les pièges sont  régulièrement déjoués, fussent-ils aussi tentaculaires et rampants que celui du fameux “ G.11 ”.

Etant donné qu’on ne succède qu’à celui qui n’est plus là, ou qui n’est plus, cette guerre de succession devrait être considérée comme prématurée, sauf à penser que les candidats à la succession veulent “ dégager ”, par n’importe quel moyen, celui dont ils veulent “ manger la chaise ”, comme cela se dit dans mon village.

La succession en politique, si l’on se réfère à l’Histoire, se produit dans trois circonstances connues : par voie démocratique (le dirigeant perd l’élection et s’en va) ; par voie institutionnelle établie (le dirigeant laisse le siège vacant par invalidité, démission ou décès) ; par voie insurrectionnelle (coup d’Etat ou révolution). De toute apparence, et sauf aléas de l’Histoire, aucune de ces circonstances ne peut survenir au Cameroun en 2011 qui est pourtant une année électorale. Tant il est vrai que Paul Biya ayant vocation à arbitrer une compétition dont il est parti prenante, a toujours pris quelques mètres d’avance sur les autres concurrents avant d’appuyer sur le Starter du départ.

Faisant semblant, comme il en paraît coutumier, M. Biya avait accepté que la version constitutionnelle de 1996 introduise une limitation du nombre des mandats présidentiels pour un individu. En 2008, il n’a pas admis que cette disposition fasse de lui le seul politicien camerounais non éligible en 2011, ce qui aurait vraiment ouvert sa succession. Ceux qui l’y ont poussé sont sortis récemment du bois pour nous dire que ce n’était pas pour lui permettre de briguer un nouveau mandat. Sauf qu’ils ne nous ont pas dit pourquoi et pour qui c’était.

Se peut-il que détachant pour une fois ses yeux de l’instant, j’allais dire de son nombril, pour les porter vers l’avenir, il ait décidé de passer la main à la tête du Rdpc ?  Il ferait ainsi d’une pierre deux coups : être candidat naturel de son parti pour la dernière fois, mais en ayant désigné quelqu’un des siens qui le serait les fois suivantes pour perpétuer le système.

Car, si nous ajoutons à la nouvelle Loi redéfinissant la fonction de Président de la République par intérim, cette hypothèse que colporte la rumeur, et selon laquelle Paul Biya se ferait très prochainement remplacer à la tête du Rdpc, cela peut indiquer qu’en dépit des apparences de quiétude affichée, le président voit venir une fin à son éternité, et appréhende comment les choses pourraient se passer pour les siens dans une succession malgré tout inévitable qui serait organisée sans lui.

On peut donc comprendre qu’il lui fallait, par une élection à un tour gagnant, se donner un mandat supplémentaire dont il pourrait consacrer les premiers mois à mettre son parti en capacité de maintenir les acquis du régime.

Se faire remplacer à la tête du parti tout en étant “ réélu ” à la tête de l’Etat, n’induit pas forcément une séparation statutaire entre le président du parti et son candidat naturel à toute élection présidentielle ? Cela entraîne encore moins une incompatibilité entre la présidence du parti et la présidence de la République qui devrait relever de la Loi. En revanche, le Guide éclairé du parti, Son Excellence Monsieur le Président, en tire tout simplement un positionnement idéal pour mieux aguerrir son appareil, dans la perspective des turbulences de l’inévitable “après-Biya ”, qui n’attendra sûrement pas sept ans pour arriver.

Jean Baptiste SIPA

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