13/04/2011 01:02:16
«Voici que naît une offensive de civilisation! C'est nécessaire et c'est le moment »
Tout est insupportable dans la manière dont le Renouveau dirige le Cameroun aujourd'hui, ça l'était déjà il y a 29 ans ! Les enfants que nous étions en 1982 ont pris de l'âge, acquis la maturité et voient certainement mieux encore qu’hier le grand trou, le précipice dans lequel nous projette l'homme du 6 novembre 1982...
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Tout est insupportable dans la manière dont le Renouveau dirige le Cameroun aujourd'hui, ça l'était déjà il y a 29 ans ! Les enfants que nous étions en 1982 ont pris de l'âge, acquis la maturité et voient certainement mieux encore qu’hier le grand trou, le précipice dans lequel nous projette l'homme du 6 novembre 1982. Les mots disent certains, ne vont pas guérir les maux dont souffre le Cameroun. La santé, la décentralisation, la naissance d'une culture citoyenne, un monde médical plus consciencieux, une police au service de la sécurité, une université qui forme des jeunes gens pouvant servir le pays.

La liste n'est pas prête d'être clause ! Oui des journalistes qui informent et forment, des enseignent qui enseignent sans abuser au quotidien des filles, des pères de familles responsables qui boivent moins et ramène le peu d'argent qu'ils gagnent à la maison. Des routes qui tuent moins parce que tous ceux qui y interviennent ont pris en main leurs responsabilités. La vie publique camerounaise peut-elle être moralisée simplement par les bons sentiments et les belles lettres ? Le Train à Grande Vitesse de la décadence de notre pays reste insensible et inchangé malgré les grands cris que nous poussons ; il avance comme si de rien n'était. Une société n'est durable que si elle se dote de règles justes, acceptables par une majorité de citoyens. C'est vrai pour les salaires, l'impôt ou les retraites. C'est vrai dans les grandes comme dans les petites décisions que nous avons à prendre au quotidien ! Le respect de la vie humaine doit prévaloir au-delà de tout. Ce que nous vivons au Cameroun ne relève plus de cette acceptation collective.

Ceux qui s'interrogent sur mon avenir politique ou ma force de propositions comme l'ont  fait Mutations du lundi 28 février 2011 ou Cameroun Tribune du mercredi 16 mars 2011, même si les deux articles ne sont pas à situer dans la même trajectoire bien que la finalité soit l'élection présidentielle de cette année, devraient consacrer un temps au moins égal à dénoncer l'impasse politique dans laquelle nous nous trouvons au Cameroun en ce moment. Ils devraient dire, c'est leur rôle les manquements et les absurdités accumulés au quotidien par une équipe gouvernementale qui ne sait plus donner la tête tandis que les pieds ont cessé de conduire le reste du corps. Ce n'est pas un simple bug, c'est une société en panne de valeurs, de cohérence et de promesses. Cette société incontrôlable fait peur.

Le moment est venu plus vite que ceux qui nous gouvernent souhaitaient, voila pourquoi ils sont tous surpris de voir Cameroun Generation 2011 produire un programme de gouvernement, concret et solidement charpenté. Personne n'ose avouer que c'est la première fois dans l'histoire politique de notre pays qu'un programme politique tient dans un ouvrage. Nous avons été habitués à trois feuilles volantes présentées devant un parterre de journalistes acquis et subjugués à la cause du candidat-président. Intellectuels et/ou universitaires signataires « d'appels de jour et de nuit » à l'éternité au pouvoir d'un homme usé, mais qui visiblement refuse aussi le repos. En chœur, tous les leaders de partis répondent que ce ne sont pas les programmes qui manquent au Cameroun, tous les Camerounais savent ce qu'il faut au Cameroun ! Eh oui, ne cédons pas à ce piège : les maux dont nous souffrons ne sont pas de ceux qu'une bonne gestion de court terme ou des aménagements à la marge peuvent enrayer. Notre pays, traverse de fortes turbulences qui détruisent les repères. Pour retrouver de vrais progrès, il faudra au Cameroun de l'imagination, du courage et le retour de valeurs souvent occultées ces dernières années. Si ces valeurs n'ont jamais survolé notre pays, il est tant de les y introduire.

Aujourd'hui, je crois nécessaire et possible une offensive de civilisation. Sans un projet de société qui nous réarme sur tous les terrains, qui redonne le goût du dépassement de soi, les luttes les plus ardentes, parcellisées, seront conduites dans l'impasse. Pour écrire ce projet avec les Cameroun, nos valeurs sont précieuses. C'est « l'outillage mental » dont parlait Fernand Braudel.

Je considère, pour ma part, que la panne de civilisation tient aussi à l'abandon des valeurs, que ce soit dans les familles que dans la société. Oui, l'État a failli et les grands ensembles que sont les familles et les églises chez nous trahissent.

Comment changer la vie des Camerounais si nous devenons orphelins de nos rêves ? Ceux placés en nous par nos pairs et nos pères, Martin Paul Samba, Douala Manga Bell, Ossendé Afana dont nous nous venons de célébrer le 45e anniversaire de l'assassinat dans l'indifférence totale de la République.

La patrie de notre devise et pour laquelle beaucoup ont perdu leur vie, d'autres l'ont offerte, s'est vue réduite dans son ambition, la justice ne guide pas l'action publique, l'émancipation des individus que réclamait déjà à la tribune des Nations Unies Félix Um Nyobè se mue trop souvent en sacre des égoïsmes, l'intérêt général a cédé devant l'exploitation sans limites de la naïveté de nos populations. Pour Cameroun Generation 2011 qui est porté par la Social-démocratie, si ce sont là des slogans creux, notre flamme commune s'éteindra. Si ces valeurs nous guident dans nos choix, les citoyens s'y reconnaîtront et la confiance reviendra. Voilà pourquoi j'appelle au rassemblement de toutes nos familles idéologiques même si nous nous sommes regardés avec méfiance parce que le Cameroun doit être plus grand que nos ambitions personnelles.

REBÂTIR LES ponts collectifs

Je revendique, comme horizon de ce nouveau modèle de développement, une civilisation de la dignité. « La société décente », depuis Orwell, est celle qui n'humilie pas les personnes. Une réponse globale à la question sociale doit être reconstruite.

Nous ne pouvons pas parler d'explosion simultanée de la précarité dans notre pays, nous ne pouvons parler d'explosion simultanée de l'incivisme, du grand banditisme, de la violence routière, de la précarité, du népotisme, de l'enrichissement illicite d'une poignée d'hommes et de femmes qui s'emparent de tout et surtout se donnent de plaisir à voir le plus grand nombre souffrir.

Tout ceci a été construit et constitue l'une des humiliations les plus brutales de notre civilisation. Il y a des textes quasi suicidaires sur l'unité nationale de notre pays à la fonction publique que brandissent les destructeurs de la nation camerounaise depuis quelques semaines et demande leur stricte application concernant le recrutement de 25 000 jeunes à la fonction publique camerounaise. Que disent ces textes ? L'article 2 de l'arrêté n° 10467 signé  par le ministre de la fonction publique le 4 octobre 1982 et réactualisé le 20 août 1992, relatif aux quotas de places réservées à chaque région administrative du Cameroun au niveau des recrutements à la fonction publique, et au concours administratif, mentionne les chiffres 5 %, 7 % et 18 % pour l'Adamaoua, le Nord et l'Extrême Nord, pool 2 : Centre, Sud et Est, pool 3 : Littoral et Ouest, pool 4 Sud Ouest et Nord Ouest. Cette procédure comprise et admise par l'administration du renouveau et désignée sous l'appellation « d'équilibre régional » accorde donc 30 % de place au Grand Nord dans les concours administratifs ce qui équivaut pour le recrutement annoncé à 7500 places. C'est en s'appuyant sur ce même texte que l'École Normale de Maroua s'est retrouvée pleine et entièrement pleine des ressortissants du Grand Nord en 2008. Le Centre le Sud et l'Est revendiqueraient donc respectivement 15 %, 4 % et 4 %. Pour ce qui est de l'Ouest, la région revendique 13 %, le Littoral 12 %, le Nord Ouest 12 % et le Sud Ouest 8 %.

Dans l'élite qui contrôle le pays, personne ne semble trouver cette pratique et ces revendications comme issues d'une autre époque, même pas le Président de la République qui en 2008 a instruit son ministre de l'enseignement supérieur de recruter tout ressortissant du Grand Nord manifestant une volonté d'entrer à l'École Normale de Maroua. C'est un petit détail, mais qui vaut son pesant d'or sur la balance de la construction de l'unité nationale dans notre pays voila pourquoi j'invite à réécrire ce pacte social et républicain que le Cameroun peine tant à faire naître.

Nous devons, comme l'analyse si bien Robert Castel, rebâtir les protections collectives dans « une société d'individus ». Les individus ici sont une poignée de col-blancs, membre d'un groupe restreint facilement identifiable et qui s’est affublé d'une dénomination : Élite. Nous avons les outils nécessaires pour écrire, inventer, voire créer le pacte social et républicain. Voilà pourquoi nous pensons que la réforme de l'éducation est nécessaire, car c'est l'éducation qui garantit l'emploi. Cette réforme permettra la progression de chacun dans la vie au travail et limitera l'inactivité professionnelle. La réforme de l'éducation permettra de généraliser dans notre pays qui à échelle du monde est tout petit de poser ses problèmes pour lui-même, de généraliser les possibilités de formations pour nos filles et nos garçons. Ce chantier, c'est aujourd'hui que je voudrais l'ouvrir, nous devons le faire.

 Je parle de la nécessité d'un État fort, oui, le besoin de puissance publique s'affirme plus que jamais nécessaire pour se donner les moyens d'une nouvelle ambition économique et possiblement industrielle au Cameroun comme dans certains pays du continent, pour remobiliser un potentiel universitaire et de recherche désespéré et abîmé par le manque d'ambition, le manque de vision, pour moderniser les grands réseaux stratégiques sans lesquels nous ne sommes mêmes plus une paysannerie capable de s'autonourrir. Nous avons les moyens de retrouver notre leadership en Afrique centrale, en bousculant les barrières dressées par une élite tatillonne, parfois brouillonne et très souvent égoïste.

Nous rêvons des conseils d'administration qui ne sont pas des parachutes dorés pour les anciens ministres et autres amis de César, nous rêvons des conseils d'administration avec les salariés de nos entreprises. Celles qui existent encore. Il y a une urgence de patriotisme économique notamment en réinventant ou en inventant l'action publique conte les pesanteurs que nous venons d'énumérer. C'est le moment d'agir. Il nous revient et j'en appelle à la jeunesse de notre pays, de participer à la création d'un État capable de prévoir et d'agir à temps, et non plus seulement de réparer a posteriori quand il y a un peu de volonté, des inégalités incurables.

Vous le savez autant que moi, le cours actuel de la politique camerounaise ne produit plus rien, c'est une usine à production de la misère parce qu'il s'appuie sur une politique voire une idéologie erronée : pour le libéralisme communautaire.   Le Cameroun a cessé de vivre c'est un cimetière de ses propres enfants, un champ d'humiliations construites et entretenues par le pouvoir politique et la force financière. Le Cameroun que veut Cameroun Generation 2011 et que vous aimez, demande la dignité pour tous, il n'accepte pas l'exclusion et l'institutionnalisation de la misère.

Inventer la démocratie

Face à la culture de l'oppression, de l'exclusion, de la brimade et de l'ignorance de l'Autre, il nous revient collectivement d'inventer la démocratie. Il nous revient ici chez nous, dans notre pays-village de changer profondément les pratiques et les règles politiques au sein de la société notamment en permettant à chaque citoyen camerounais de comprendre la nécessité de la pratique de la chose politique. Sans la participation des citoyens, il n'y a pas de choix politique possible.

Voilà donc un Cameroun Generation 2011 porteur de valeurs et d'idées, qui s'ouvre et s'offre au peuple camerounais dans son ensemble. J'appelle à la solidarité de tous et de toutes parce que c'est ensemble que nous devons affronter ces enjeux qui sont fondateurs d'une nouvelle culture politique et de sa pratique dans notre pays. Si nous le faisons collectivement, nous bâtirons sur du roc notre « maison commune ». Le Cameroun du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, le Cameroun des villes comme celui des campagnes, le Cameroun de l'imagination et de l'énergie ouvre grandement ses bras. Oui, c'est ainsi et c'est le moment ensemble de faire partager autour de nous l'espérance.


Dr Vincent-Sosthène FOUDA
www.generationcameroun2011.com

Dr Vincent-Sosthène FOUDA

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