13/04/2011 01:17:46
Lapiro: La politique,les 22 millions de Fochivé et moi
Le musicien parle de ses accointances avec le Rdpc et le Sdf et revient sur sa supposée collusion avec le pouvoir. Ombres et lumières autour d’un artiste controversé.
Le Messager
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Ombres et lumières autour d’une icône

Démissionnaire du Sdf, Lapiro de Mbanga affiche ses affinités avec le Rdpc de Paul Biya. Il crève l’abcès au sujet des 22 millions à polémique de Jean Fochivé, en dénonçant les vrais bénéficiaires de cette manne.

 “Je ne veux pas de grâce présidentielle. Je n’en ai d’ailleurs pas besoin. Tout ce que je veux, c’est que mon dossier aboutisse à la Cour suprême.” Ainsi s’exprimait Lapiro de Mbanga au lendemain du plaidoyer initié par la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (Comicodi) que ses responsables justifiaient par le caractère “singulier” du procès ayant abouti à la condamnation de l’artiste et leader d’opinion.

Interpellé dans le cadre des émeutes de la faim de février 2008, Lambo Sandjo Pierre Roger alias Lapiro de Mbanga est alors accusé de destruction et de trouble à l’ordre public. Une accusation qui a conduit à l’ouverture d’une procédure judiciaire au tribunal de première instance de Mbanga qui sera  acheminée au tribunal de grande instance du Moungo  à Nkongsamba puis à la Cour d’Appel du Littoral. Des instances par devant lesquelles les témoins à charge de ce procès se sont illustrés par leurs contradictions.

A propos des 22 millions...

La sentence de la justice est lourde. La condamnation prononcée le 24 septembre 2008 par le tribunal de grande instance du Moungo a contraint l’artiste plutôt critique  vis-à-vis du régime Biya à trois ans d’emprisonnement ferme. En outre, “Ndinga Man” est astreint au paiement des dommages et intérêts de 280 millions de francs. Une peine qui sera d’ailleurs réitérée par la Cour d’Appel du Littoral au cours d’un procès médiatisé. Et ce, malgré les témoignages de certains témoins de l’accusation innocentant l’accusé.

De ces moments, l’homme qui nous reçoit dans son antre de Mbanga le 11 avril 2011 s’en souvient et n’entend pas abdiquer. Il contrattaque: “ Une procédure est ouverte par mes avocats américains pour que tous ces gens qui ont fait de faux témoignages contre moi répondent de leurs faits. ” Une attitude qui marque toute la détermination de Lapiro face à l’adversité.

Il y a quelques années, l’artiste musicien s'essayait à la politique. Cette option lui valut les foudres de ses fans qui le soupçonnent alors de flirter avec le régime qu’il pourfend pourtant dans ses chansons. Aujourd’hui, “ Ndinga man ” lève le voile sur la polémique autour des 22 millions qu’il aurait reçus du défunt délégué général à la Sûreté nationale, Jean Fochivé. “ Je n’ai jamais reçu cet argent. Mais c’est vrai que j’ai passé une semaine à Yaoundé dans l’attente. ”

Par contre, Lapiro reconnaît que la cabale montée contre lui a été entretenue par des hommes politiques dont certains occupent toujours le devant de la scène. “ Vous pouvez le demander à Abraham Tchato et Anicet Ekanè pour ne citer que ceux-là. ” Des hommes politiques qui, à en croire Lambo Sandjo Pierre Roger “ ont manœuvré autour des 22 millions à polémique. Vous pouvez encore le vérifier à l’hôtel Mont Fébé où j’ai une ardoise impayée jusqu'à ce jour.  Alors dites-moi comment aurais-je pu ne pas payer mes factures alors que je venais de recevoir autant d’argent, s’exclame-t-il. Aujourd’hui on sait bien ceux qui ont bouffé cet argent. ” Reconnaissant ses erreurs politiques, notamment son engagement, l'artiste a décidé de revenir rapidement à ses premières amours : la musique. Aurait-il pris peur ? “ Je pense qu’il est temps que chacun s’investisse dans les combats qui sont les siens. Je ne peux pas continuer à porter des batailles qui profitent aux autres. ”, rétorque-t-il.
 

“ Tous mes amis sont dans le Rdpc”

Lapiro, par sa popularité et sa proximité avec le petit peuple, a toujours attiré la convoitise des partis politiques. Le musicien affirme avoir été contacté par certains  founding’s fathers (pères fondateurs) lors de la création du Social democratic front, Sdf dont il vient d’annoncer sa démission. “ Monsieur Nnanga m’a contacté pour que je devienne le vice président du Sdf en 1990. ” De même, sa relation avec le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) ne date pas d’hier. “ Tous mes amis sont dans le Rdpc ”, révèle Lapiro.

Arrivé en politique par effraction, comme il le soutient lui-même, Lapiro de Mbanga est un fan du libéralisme communautaire prôné par Paul Biya. Toutefois, tout nouvel engagement politique de l’homme est conditionné par le départ de Paul Biya de la présidence du Rdpc. Autant que toute implication dans le Sdf est conditionnée par le retrait de Ni John Fru Ndi. Des hommes qui, à en croire Lapiro, “ sont un frein pour une véritable expression démocratique et le développement du Cameroun. ” D’ailleurs, le musicien ne cache pas ses craintes pour le climat postélectoral au Cameroun.  Pour lui, “ dans les conditions où les élections sont organisées au Cameroun, il est difficile de pronostiquer sur l’avenir. ”

Autant qu’il est difficile de pronostiquer sur le dénouement de la crise foncière qui couve dans le Moungo et, particulièrement dans son Mbanga natal.

Issu d’une famille bourgeoise de la localité, Lapiro de Mbanga fait de la défense des “ allogènes ” son nouveau champ de bataille. Lui qui est propriétaire de plus de 200 hectares de terrain, entend donner de la riposte à la communauté locale qui veut faire exproprier des centaines de personnes de leurs terres, même s’il tient à préciser : “ Je ne suis plus chef ”.

Un livre sur les émeutes et le procès Lapiro

Son engagement artistique ne prend pourtant aucun ride. Le père de “ Constitution constipée ” chanson qui lui a valu ses déboires judiciaires selon des observateurs avertis, affirme rester dans sa logique de dénonciation des abus du pouvoir et de ses hommes sur le petit peuple. Mais, au lieu d’un album comme le souhaite certains de ses fans, Lapiro se consacre au bouclage d’un livre témoignage sur les émeutes de février 2008 au Cameroun, ainsi que son procès. “ Je pense que les gens doivent savoir ce qui s’est réellement passé. Et, d’ici la fin de l’année, ce livre sera sorti.”

Chanteur populaire et populiste (selon ses détracteurs), Lambo Sandjo Pierre Roger l’assume à 54 ans. en 1957, Lapiro n’entend pas faire  le décompte de son immense production artistique. “ Cela  relève d’une gageure. ” Libérant un rire qui lui est propre, Lapiro aime à dire “ je ne peux pas compter le nombre d’œuvres qui portent mon estampille. ”  Toujours est-il que depuis le début de sa longue carrière qui débute en 1975, “ pas d’argent no love ”, son album paru en 1985 semble marquer le déclic de son succès artistique au Cameroun.

Le lauréat du global Award of freedom of musical expression 2009 est une grande gueule. “ Ndinga Man ”, l’homme guitare en Pidgin, gêne souvent les gouvernants par sa verve acerbe autant qu’il suscite la controverse chez ses fans et les autres observateurs de la vie nationale. Mais lui affirme chanter “  pour toutes les victimes de la société ”. C’est que la musique de Lapiro est un support qui lui permet de dénoncer les tares de la société et aussi de mettre en exergue son malaise. Ses sujets sont les laissés pour compte et les “ hommes politiques ripoux. ” C’est un chanteur à texte qui n’hésite pas de mettre le doigt dans la plaie béante d’une société qui crie son désarroi.

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