15/04/2011 02:17:04
Epervier: Urbain Olanguena Awono saisit Amadou Ali
Cameroun- Exacerbé par des lenteurs "suspectes" d’une procédure qui s’annonce sans fin, l’ex-ministre de la Santé craque et écrit par l’entremise de ses avocats au ministre de la Justice et Garde des sceaux pour demander un procès équitable et conforme aux lois en vigueur.
Le Messager
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Exacerbé par des lenteurs "suspectes" d’une procédure qui s’annonce sans fin, l’ex-ministre de la Santé craque et écrit par l’entremise de ses avocats au ministre de la Justice et Garde des sceaux pour demander un procès équitable et conforme aux lois en vigueur.

Indignation, protestation ou simple impression d’un ras le bol qui commence à trop durer... Il y a un peu de tout cela à la fois, dans la démarche de l’ex-ministre de la Santé publique, Urbain Olanguena Awono. La goutte d’eau qui fait déborder le vase et qui donne à penser à l’accusé que son affaire baigne étrangement dans la spirale d’un univers kafkaïen, est sans doute l’audience du 13 avril dernier. Elle a à peine duré une dizaine de minutes et l’affaire a été renvoyée pour le 27 avril prochain.

Une fois encore, une fois de plus, les débats n’ont pas pu s’ouvrir à cause de la non constitution du collège des trois juges commis pour juger l’ex-ministre de la Santé. Cette fois-ci, c’était l’absence très remarquée de la magistrate Marie Nommo Zanga, présidente du collège, indisponible parce que en séminaire. L’absence “ curieuse ” de la présidente du collège des juges, fait suite à celle de l’audience du 23 mars au cours de laquelle, on avait constaté l’absence d’un des membres du collège, qui n’est autre que le magistrat Mpondo. Depuis la tenue, le 16 février 2010, de la première audience de cette affaire, soit cinq mois après l’intervention de l’ordonnance de clôture de l’instruction le 1er octobre 2009 (qui elle-même avait duré 18 mois), seulement huit séances ont été programmées.

Les audiences n’ont pas eu lieu pour la majorité, à cause du jeu “ trouble ” du parquet qui évoquait l’indisponibilité des témoins ; soit à cause de la ruse du collège des juges qui simulait toujours “ l’absence ” d’un des membres. Selon le collectif des avocats de la défense, la dernière fois qu’il y a eu une vraie audience, remonte au 23 février 2011. Elle avait duré à peine deux heures et la suspension a été prononcée par le président du collège des juges. Inquiet et courroucé par les lenteurs de la procédure, et convaincu qu’à cette fréquence, l’affaire risque faire son lit dans le dilatoire permanent et l’enlisement, les avocats de l’ex-Minsanté ont préféré sortir des tiroirs la requête envoyée à Amadou Ali, vice-Premier ministre, ministre de la Justice et garde des sceaux, pour demander à ce dernier de donner un bon rythme au procès.

Appel à l’accélération de la procédure ou à la libération

La lettre de l’ex-Minsanté, signée du collectif de ses avocats remonte au 26 janvier 2011. “ Nous avons l’honneur d’attirer votre attention sur le processus judiciaire inéquitable à l’œuvre dans le dossier  visé en marge, et consistant à maintenir en détention provisoire pour une très longue période déjà, et sans jugement des personnes en détention contre lesquelles aucune véritable preuve de détournement de derniers publics n’est rapportée jusqu’à présent par l’accusation ”, écrivent les avocats de la défense, à la demande de l’accusé, au Garde des Sceaux. Ils demandent l’intervention de ce dernier aux fins d’une justice équitable. Le collectif des avocats de la défense pense que trois ans après le déclenchement de cette affaire par l’arrestation des mis en cause le 31 mars 2008, de fil en aiguille, la procédure est plombée, s’avère incertaine, sans calendrier prévisible, mais ponctuée  de renvois constants et très longs. “ Toutes choses qui battent en brèche les conditions d’un procès équitable. A ce rythme, il est fort légitime de poser la question du respect des délais raisonnables de jugement et de détention des personnes non condamnées, mais privées de liberté depuis trois ans ”, lit-on dans la lettre.

 Les avocats parlent de l’urgence qu’il y a à garantir le bénéfice d’une justice équitable à leur client, au besoin, le libérer en mettant ainsi un terme à une situation qui s’apparente à un déni de justice. “ La récente allocation de ressources au Cameroun par le Fonds mondial de lutte contre le Sida, le paludisme et la tuberculose a achevé de convaincre ceux qui en doutaient encore, sur la vacuité des accusations portées contre nos clients ”, concluent-il.

Focal : Et si la justice était dans le trouble et l’embarras ?

 La démarche de l’ex-ministre de la Santé publique à prendre l’opinion à témoin s’adosse sur plusieurs aspects. Le premier étant que depuis que Urbain Olanguena et ses co-accusés ont été renvoyés devant le tribunal de grande instance du Mfoundi le 1er octobre 2009 pour répondre des infractions de détournement de derniers publics, tentative de détournement de derniers publics et complicité de détournement de derniers publics pour un montant cumulé de six cents quatre vingt (680) millions de fcfa, contre quatorze milliards huit cent millions (14.800.000.000) fcfa excipés au départ, quatre des 25 témoins seulement, sont passés à l’audience, à la demande du parquet. Il s’agit de deux inspecteurs d’Etat, l’actuel secrétaire permanent du comité national de lutte contre le sida (Cnls) et l’expert judiciaire qui avait été commis par le juge d’instruction. Aucun n’a apporté les preuves qui étayent les accusations.

Dans les coulisses, un magistrat informe que le tribunal s’est senti fortement embarrassé après l’audition des derniers témoins qui ont totalement disculpé le ministre Urbain Olanguena. “ Les multiples fuites en avant et pseudo indisponibilités soit des témoins ou des membres du collège des juges, s’expliquent par le fait que le tribunal use et ruse, pour se donner assez de temps. Le dilatoire permet aussi d’attendre des instructions de la hiérarchie car l’accusation se trouve dans l’incapacité d’apporter les preuves de la culpabilité des accusés, il faut scruter les horizons d’une éventuelle infiltration du politique, comme c’est le cas dans de nombreux cas des gestionnaires de crédits, épinglés par l’opération épervier ”,  avoue un magistrat sous anonymat. Cet avis suscite davantage de frayeur, d’inquiétude, de panique, de méfiance et d’indignation de l’ex-Minsanté ; convaincu que à cette allure où perdure l’enlisement du procès, l’affaire ne sera pas tranchée d’ici bien des années encore. Quand on sait que jusqu’à ce moment on est encore sur le premier chef d’accusation portant sur le programme sida, difficile de spéculer sur le temps qu’il faudra encore attendre pour l’ouverture des deux autres programmes que sont : la tuberculose et le paludisme. C’est dire si le bout du tunnel et la fin du supplice pour Urbain Olanguena et ses coaccusés sont lointains.

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