10/09/2018 15:45:08
RCA : le Conseiller militaire russe de Touadéra balade les députés au sujet de la rencontre de Khartoum

Les parlementaires centrafricains exigeaient d'en avoir le cœur net sur les motivations et enjeux de la rencontre à Khartoum au Soudan avec quatre leaders de groupes  rebelles. Le 6 septembre, avons-nous appris de sources médiatiques, ils ont été conviés par le Conseiller à la sécurité intérieure du président Faustin Ange Touadéra, Valery Zakharov, pour recevoir des réponses à leurs préoccupations, et en sont repartis tous satisfaits après des échanges en trompe-l'oeil, au point même de décerner leur satisfecit à la coopération militaire entre  la RCA et la Russie dont ledit Conseiller est originaire.

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Députés centrafricains


Les parlementaires centrafricains exigeaient d'en avoir le cœur net sur les motivations et enjeux de la rencontre à Khartoum au Soudan avec quatre leaders de groupes  rebelles. Le 6 septembre, avons-nous appris de sources médiatiques, ils ont été conviés par le Conseiller à la sécurité intérieure du président Faustin Ange Touadéra, Valery Zakharov, pour recevoir des réponses à leurs préoccupations, et en sont repartis tous satisfaits après des échanges en trompe-l'oeil, au point même de décerner leur satisfecit à la coopération militaire entre  la RCA et la Russie dont ledit Conseiller est originaire.


La rencontre qui a eu lieu à l'hôtel Ledger Plazza à  Bangui entre le Conseiller spécial russe du chef de l'Etat centrafricain et une vingtaine de députés avait pour but de faire la lumière sur les zones d'ombre qui planaient sur la rencontre à Khartoum au Soudan, sous l'égide de la Russie, des leaders de groupes armés, parallèlement à une initiative semblable initiée par l'Union Africaine, les raisons du choix portés sur quatre groupes armés seulement sur la kyrielle qui s'active sur la scène politico-militaire centrafricaine,  le lien éventuel entre les initiatives d'une part de l'Union Africaine, et d'autre part, de la Russie, ainsi que les résultats engrangés par cette dernière.

Si Valery Zakharov  a d'une certaine manière éludé la question du choix porté sur les groupes armés conviés à Khartoum, il a cependant  tenu à rassurer les  membres de la représentations nationale sur le fait que l'initiative russe de la rencontre de Khartoum ne concurrençait pas celle de l'UA, mais s'inscrivait dans une logique de complémentarité. Il a également informé les élus du peuple du fait que lors des échanges, il avait été très ferme avec les leaders rebelles venus à la rencontre sur la volonté du peuple centrafricain de renouer avec la paix, ainsi que sur l'option gouvernementale de rétablissement de l'autorité de l'Etat  sur l'ensemble du territoire  savoir qu'il a été clair avec ces derniers au sujet des désidératas du peuple centrafricain, surtout en ce qui concerne l'impunité zéro et l'exigence du déploiement de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire…

Pour ce qui est des conclusions de la rencontre, le Conseiller militaire du président Touadéra  n'a pas donné de réponse précise, se contentant de mentionner qu'il  avait donné aux groupes armés  un délai de  douze (12) mois pour  se désarmer et s'arrimer au processus de paix :  « Ils n'ont que deux choix : adhérer au processus de paix ou quitter le territoire. ».


Ces réponses en mode clair-obscur, n'ont pourtant pas empêché les députés de se montrer satisfaits de leurs échanges avec le présidentiel Conseiller. Le cas du député Jean-Symphorien Mapenzi, premier vice-président de l'Assemblée nationale qui au sortir du brin de causette, a affirmé : « En tant que députés, nous avons été informés, nous nous posions les questions mais aujourd'hui, à  travers cette rencontre, tous les points sont débattus et certains détails nous ont été donnés. C'est à  nous maintenant d'informer certains de nos collègues, les populations que nous représentons ». Une satisfaction reprise d'ue certaine manière  en écho par son collègue  Serge Singha Bengba, député de Bangassou, qui s'est appesanti  quant à lui sur les résultats positifs de la coopération militaire russo-centrafricaine ; « La ville de Bangassou, ma circonscription, a retrouvé la stabilité grâce au déploiement des FACA. C'est pour moi l'occasion de remercier la Fédération de  Russie qui a appuyé le gouvernement, en équipements militaires et formation, pour que les FACA puissent arriver à  Bangui afin d'assurer la sécurité de la population. Donc, pour moi, c'est une forme de reconnaissance vis-à -vis du gouvernement et de la Fédération de Russie mais aussi vis-à -vis de la Minusca ». Des réactions de la même veine ont été enregistrées de la part des députés à la fin de la rencontre, amenant de nombreux observateurs qui attendaient bien plus qu'un exercice de louanges adressées à la coopération militaire de la RCA avec la Russie, des éclaircissements relatifs  à l'initiative russe et au caractère discrétionnaire (pour ne pas dire arbitraire) du choix de ses interlocuteurs, sans oublier ce que le peuple centrafricain qui ne crache pas cependant sur les liens entre Moscou et Bangui (puisque fin août dernier des religieux centrafricains  ont par exemple plaidé pour une implication « à 100% » de la Russie dans la crise qui tenaille leur pays) , peuvent attendre à court terme des pourparlers de Khartoum. Pour ces observateurs, la moisson de la rencontre sur fond de dialogue de sourds entre leurs représentants visiblement éblouis par la personnalité du Conseiller spécial russe du chef de l'Etat et ce lui-ci aura été très faible, rapportée aux attentes qui l'avaient précédée.

Comme quoi, même révoltés, les Africains finissent toujours par perdre l'usage de leur langue face au colon, quel qu'il soit !

En effet, la rencontre de Khartoum qui a eu lieu en l'absence du gouvernement et de nombreux groupes armés qui quant à eux participaient aux pourparlers de paix dans la ville de Bouar sous l'égide de l'Union africaine,  fait l'objet d'une grave controverse en république centrafricaine, où elle est assimilée à des retrouvailles entre mercenaires et fauteurs d'insécurité, soucieux de conclure un pacte de non-agression.

Le journal centrafricain « La voix des sans voix » rapporte à ce propos avec un zeste de mythomanie, un discours surréaliste qu'aurait tenu un responsable du Wagner (une société militaire privée russe) à l'intention des leaders des groupes armés représentés à Khartoum dont ceux des ex-Séléka et des Anti-Balaka :« Nous sommes des mercenaires et vous êtes aussi des mercenaires. Nous nous battons pour la même cause : gagner de l'argent. Nous en avons assez donné à Touadéra et son équipe, il est grand temps que nous commencions à travailler pour récupérer ce que nous avons donné de l'autre côté. Alors, prenez votre part et laissez- nous avoir accès à des zones minières qui nous ont été concédées ! »

Si ce propos était avéré et si c'est ce type de discours qui a conduit à ce que l'on a appelé fin août « la Déclaration d'Entente de Khartoum »  -que nous publions ci-dessous, c'est que la République Centrafricaine n'est pas plus avancée aujourd'hui qu'hier, quand la  France monopolisait la recherche des solutions à la crise sécuritaire

 

 


Avec la collaboration de Justine Kalala depuis Bangui.

Ndam Njoya Nzoméné

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