10/07/2009 17:55:25
La mort mystérieuse d'un journaliste franco-congolais Brazzaville
Bruno Jacquet Ossébi, journaliste franco-congolais engagé dans la lutte anticorruption, est mort à Brazzaville à l'âge de 44 ans, le 2 février, dans des circonstances mal expliquées, alors qu'il soutenait la plainte déposée à Paris contre les "biens mal acquis" visant les présidents du Gabon, de Guinée équatoriale et du Congo.
Le Monde
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A la veille de l'élection présidentielle du dimanche 12 juillet en République du Congo, Reporters sans frontières (RSF) a publié, jeudi, un rapport d'enquête qui qualifie de "probable" la "thèse d'une attaque délibérée".

Le 3 juillet, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New York, constatait les "réticences" des autorités congolaises à rendre publics les résultats des enquêtes. En avril, un premier rapport du CPJ soulignait "les circonstances nébuleuses" de la mort de Bruno Jacquet Ossébi.

Le drame s'est joué en deux temps : le 20 janvier, un incendie surprend Bruno Jacquet Ossébi à son domicile. Tandis que sa compagne et les deux enfants de cette dernière périssaient dans les flammes, le journaliste était brûlé au deuxième degré. Hospitalisé, il donnait des signes de rétablissement lorsque, le 2 février, à la veille de son rapatriement en France organisé par le Quai d'Orsay, il est mort subitement.

Trois jours avant l'incendie, Bruno Jacquet Ossébi avait publié dans le journal en ligne MwindaPress un article révélant que la société pétrolière nationale, dirigée par l'un des fils du président Denis Sassou-Nguesso, sollicitait d'une banque française un prêt de 100 millions de dollars gagé sur la production d'or noir. Il l'accusait d'organiser un "endettement de façade" en contradiction avec les engagements pris par le Congo auprès du Fonds monétaire international. Deux jours avant le sinistre, le journaliste avait pris contact avec le Comité pour le recouvrement des biens volés de la Banque mondiale. Quelques semaines plus tôt, il avait manifesté l'intention de se joindre à la plainte déposée contre les "biens mal acquis".

Le fait que les décombres de la maison incendiée du journaliste ait été déblayés quelques heures après l'incendie et qu'il n'y ait eu "ni enquête sérieuse ni autopsie", selon RSF, alimente les interrogations. La cause officielle de son décès - "arrêt cardio-respiratoire" - ne mentionne pas les brûlures dont il souffrait.

"DÉLINQUANCE DU SYSTÈME"

Le rapport de RSF apporte de nouveaux éléments de contexte. Bruno Jacquet Ossébi, apparenté à plusieurs barons du régime congolais, était un homme d'affaires (dans les secteurs du bâtiment et des services) et aussi un journaliste-blogueur dénonçant "la délinquance financière du système". Plusieurs fois menacé mais né d'un couple mixte franco-congolais, il pensait être protégé par sa nationalité française. Constatant l'inertie des enquêteurs congolais, RSF demande à Paris d'ouvrir une instruction pour expliquer les causes de sa mort.

L'affaire s'inscrit dans une série d'intimidations brandies par plusieurs pays africains à l'encontre de militants ou de journalistes engagés dans la dénonciation de la corruption. Au Gabon, trois militants, dont le signataire de la plainte déposée en France contre les "biens mal acquis" (BMA), ont été inculpés et incarcérés pendant douze jours, en janvier à Libreville. Au Cameroun, Jean-Bosco Talla, directeur de l'hebdomadaire Germinal est harcelé depuis qu'il a contribué au rapport du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) sur la corruption publié le 24 juin.

Sans oublier l'étrange incendie, sans grande gravité, dont a été victime Benjamin Toungamani, un opposant congolais exilé en France dont l'épouse s'apprêtait, elle aussi, à porter plainte dans le dossier BMA. Le feu, à son domicile de Saint-Ay, près d'Orléans, le 20 janvier, avait pris le même jour que l'incendie de Brazzaville.

Philippe Bernard

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