18/04/2011 01:57:00
Fausses solutions aux vrais problèmes
Le président du Rdpc, M. Paul Biya, s’achemine avec une apparente tranquillité vers une élection présidentielle théoriquement attendue en octobre prochain, et dont peu de Camerounais doutent au fond d’eux-mêmes qu’il ne soit pas le vainqueur fatal.
Le Messager
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Le président du Rdpc, M. Paul Biya, s’achemine avec une apparente tranquillité vers une élection présidentielle théoriquement attendue en octobre prochain, et dont peu de Camerounais doutent au fond d’eux-mêmes qu’il ne soit pas le vainqueur fatal.

Malgré cette probabilité de victoire tirée du processus préparatoire du scrutin, ou peut-être à cause d’elle, cadres du parti, universitaires et intellectuels alimentaristes continuent d’étaler leur imposture en soutenant “ au nom du peuple ” la candidature de M. Biya, ou en lui promettant “ les 100% des suffrages ” dans leurs localités. A elle seule, cette attitude sans réserve d’une ultra minorité qui tente de persuader tous les citoyens que tout va bien dans le meilleur des mondes grâce à l’omniscience et à l’omnipotence d’un homme  pour qui le pouvoir devient une propriété privée et exclusive, est un déni de démocratie.

Car la démocratie signifie que le citoyen choisit ses dirigeants, et son président qui plus est, sur la base d’une compétence politique réelle ou présumée, et ne renouvelle son choix qu’à l’égard de celui ou ceux qui lui ont donné satisfaction dans l’exécution du précédent mandat.

 Outre le fait que M. Biya, en faisant sauter le verrou de limitation des mandats présidentiels en 2008, s’est  comporté comme si l’exercice du pouvoir était sa profession exclusive et qu’il protégeait son  gagne-pain, l’argumentaire de ceux qui le supplient de s’éterniser là, en lui promettant les 100% des suffrages comme s’ils en avaient le titre de propriété, n’est jamais tiré d’un bilan économique et social dont l’indicateur serait le bonheur des populations, mais toujours et seulement des mêmes promesses de “ grandes ambitions ” depuis 30 ans, et dont l’intéressé a hérité certaines de son “ illustre prédécesseur ”.

Or, ce qui légitime le bilan d’un dirigeant politique et le rend reconductible dans les urnes, c’est l’indice de satisfaction des besoins des citoyens. Le fait que le revenu moyen du Camerounais s’établisse à 26 000 francs Cfa en 2010 (en dessous du Smig officiel qui n’est déjà que de 28 000 francs), et fasse de notre pays l’un des plus pauvres du monde malgré notre scandaleux potentiel, n’est pas un indice du bonheur matériel et moral collectif que le pouvoir politique a vocation à offrir aux gouvernés, et qui est en fait la fin ultime de la politique dans une société.

Le Renouveau dont les grandes ambitions devaient se réaliser dans une “ société de démocratie, de rigueur et de moralisation ” ressemble au bout de 30 ans à ce que Maurice Kamto (le Prof. et non le ministre), aurait appelé “ univers des consciences en ruine où les politiques ont perdu tout repère... ” (Déchéance de la politique, Ed. Mandara, mars 1999).  Succombant à la corrosion de l’argent, il  a  transformé la fraude en norme de vie, et instauré le règne de la corruption qui plombe aujourd’hui le décollage économique, étrangle le processus démocratique, et plonge dans l’incertitude les perspectives sociales du pays.

On se serait attendu à ce que la gouvernance ainsi transformée en force de nuisance, mette en dissidence l’esprit de l’intelligentsia et de l’élite politique camerounaises  par rapport au régime responsable. Mais apparemment, leur perversion avancée ne peut s’accommoder d’une démocratie qui, comme dirait Ignacio Ramonet, chroniqueur au Monde diplomatique, “ demeure essentiellement un projet éthique, fondé sur la vertu et un système de valeurs sociales et morales qui donne sens à l’exercice du pouvoir ” (édt. N° 487, 10/94)

M. Biya, dont tout le monde peut déduire du lourd et cynique silence qu’il est déterminé à être encore candidat, en faisant semblant de répondre à “ l’appel du peuple ” nous inspire deux questions :

 1°) Croit-il vraiment en l’authenticité représentative de ces appels et motions, ou bien a-t-il conscience que cette nébuleuse politico-intello-affairiste souhaite seulement garantir par sa présence la stabilité de leurs prébendes ? Dans la seconde hypothèse, il doit montrer au peuple qu’il n’est pas dupe de l’imposture.

 2°) Le Rassemblement démocratique du Peuple camerounais, en tant que parti gouvernant, se sent-il à l’égard de la nation un devoir de construire le bonheur collectif sous le contrôle citoyen, ou bien s’affaire-t-il seulement  à fabriquer un système  clientéliste qui prône l’enrichissement sans travail ou à la sueur du front des autres, et la promotion sans mérite ? Lequel système lui garantit  par l’achat des allégeances un règne perpétuel bien que politiquement incompétent.

Un parti gouvernant porte des germes d’incompétence lorsque son offre politique n’est pas, comme dit plus haut, un projet éthique fondé sur la vertu et un système de valeurs sociales et morales qui donne sens à l’exercice du pouvoir. M. Biya peut-il aujourd’hui, au regard de 30 années de promesses majoritairement non réalisées, justifier sa candidature par le bilan de mise en œuvre de son projet social proposé en début de règne ? Le chômage endémique des jeunes, l’insécurité alimentaire, les épidémies, bref, l’océan de misère qui entoure l’îlot de l’oligarchie biyaïenne prédatrice lui offrirait un démenti cinglant si un rideau d’encens n’obstruait pas ses rares coups d’œil en direction du pays profond.

Bien entendu, ils s’en trouveront pour expliquer le déficit de réalisation de son projet par un entourage qui, en véritable ennemi intime,  rame à contre courant de ses “ hautes instructions présidentielles ”. Il restera toujours que l’incompétence peut paraître provenir du chef lui-même,  lorsqu’il ne démontre pas  sa capacité à savoir faire faire, à contrôler ce qui se fait, et à sanctionner ce qui est mal fait ou n’est pas fait... Rien n’est plus propice que l’absence d’un tel paramètre à l’instauration d’un système mensonger et “ tout-va-bieniste ” qui offre aux vrais problèmes des Camerounais de fausses solutions du gouvernement comme on n’a pas besoin d’en citer pour le démontrer.

Jean Baptiste Sipa

Jean Baptiste Sipa

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