19/04/2011 01:56:25
"L'Appel du peuple": Paul Biya sème la panique au sein du gouvernement
Cameroun - La cérémonie de dédicace, hier,  du volume  IV de la compilation des motions de soutien adressées au chef de l’Etat, via la rédaction de Cameroon Tribune a été perturbée par un coup de téléphone qui a mis en branle le Premier ministre  et le secrétaire général de la présidence.
Le Messager
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La cérémonie de dédicace, hier,  du volume  IV de la compilation des motions de soutien adressées au chef de l’Etat, via la rédaction de Cameroon Tribune a été perturbée par un coup de téléphone qui a mis en branle le Premier ministre  et le secrétaire général de la présidence.

Ceux qui ont surnommé Laurent Esso “ le chat ” (photo) pour son flegme quasi légendaire auraient pu se raviser s’ils avaient vécu la scène d’hier, 18 avril 2011. On a vu dans le hall du premier étage du Hilton hôtel de Yaoundé un secrétaire général de la présidence de la République (Sgpr) particulièrement ému, perturbé, embarrassé, faisant de grands signes, donnant des ordres fermes au secrétaire général des services du Premier ministre, Jules Doret Ndongo.  Deux minutes avant cela, c’est le Premier ministre Philémon Yang qui, présidant la cérémonie de présentation officielle du volume IV de “ Paul Biya : l’appel du peuple ” édité par la Sopecam , quittait soudainement la salle après que son garde du corps lui ait soufflé quelques mots à l’oreille. Peu  soucieux de ce que l’un des maîtres de cérémonie lui indiquait que son tour de prise de parole est arrivé. La horde de cameramen et journalistes qui l’ont suivi à l’extérieur va  l’apercevoir  en train de répondre au téléphone. Dans la foulée, le Premier ministre s’enferme  tout seul (sans son garde du corps, ni le chef du protocole qui ne le quittent jamais en public) dans une sorte de vestiaire prévu au premier étage de l’hôtel. Il y passera une dizaine de minutes.

Entre temps, c’est le branle-bas dans les allées de l’hôtel. L’on peut voir Laurent Esso se presser le visage, donnant l’air de quelqu’un qui accuse le coup d’une situation malheureuse. Non loin de là, l’assistance se réunit en petits comités pour essayer de comprendre la sortie brusque, le  pas pressé et l’air angoissé du Premier ministre. Finalement, Philémon Yang  revient de sa retraite et les choses rentrent quelque peu dans l’ordre. Ce retour ne calme pour autant pas la clameur qui s’est emparée de la salle. L’on entend ça et là des chuchotements persistants sur les causes de l’incident protocolaire qui vient de survenir. Même le calme affiché par Philémon Yang au cours de la lecture de son discours ne suscite pas un retour à la normale. Le Messager apprendra plus tard, de sources généralement bien informées, que le coup de fil qui a mis le sérail en mouvement venait de Paul Biya, himself. Sur la substance de la conversation entre le chef du gouvernement et le chef de l’Etat, les mêmes sources n’ont pas souhaité en dire plus.

Rdpc

Pour le reste, le volume IV de “ Paul Biya : L’appel du peuple ” remis solennellement par Marie-Claire Nnana,  le directeur  général de la Sopecam , présente quasiment la même gueule que les trois précédentes éditions. C’est un recueil de motions de soutien, de déférence, d’appels à candidature adressés à Paul Biya par des Camerounais, essentiellement des rangs du Rdpc. Les discours de cortège sont les mêmes : un prologue de Philémon Yang, la préface de René Sadi, l’introduction générale de Elvis Ngollè Ngollè (en anglais), celle de Jacques Fame Ndongo (en français), un épilogue de Marie Claire Nnana (en français), celui de Shey Peter Mabu (en anglais) et l’épilogue de Paul Biya qui, comme d’habitude, est un extrait de discours à la nation. Cette fois-ci,  ce sont ceux prononcés respectivement en fin d’année, à l’occasion de l’ouverture du comice d’Ebolowa et  de la fête de la jeunesse de  2011 qui ont  été choisis par la Sopecam.

Focal: L’appel de quel peuple ?

On a ainsi vu, le temps d’une cérémonie, le gotha administratif assiéger les salons du Hilton hôtel pour la présentation de motions déjà publiés par Cameroon Tribune, donc connus de tous. Ils étaient tous là, ou presque. Ministres, directeurs généraux d’entreprises publiques, directeurs de l’administration centrale, chefs de terre venus écouter les discours laudateurs des thuriféraires à la gloire du “ Prince ”. Ces gens-là sont venus sanglés dans leurs plus beaux costumes. Chacun tenant à repartir avec un exemplaire de cette compilation de “ câlineries” adressée à celui qui dirige l’Etat du Cameroun depuis 29 ans. Pourtant, c’est sous son règne que le taux de croissance reste au creux de la vague. Que la musique, la littérature, les arts en général ont perdu leur lettre de noblesse. C’est sous Paul Biya que le niveau de pauvreté connaît les scores les plus vertigineux. Enfin, c’est avec le père du renouveau que  le  chômage se porte bien et que la corruption est ancrée dans les habitudes.

Alors peut-on estimer que -meurtri par les affres des cancers sociaux suscités et dont les premières tumeurs, même bénignes, sont apparus qu’on le veuille ou non après l’avènement du Renouveau- le peuple, “ appelle de toutes ses forces ” le président Biya à se présenter pour un énième mandat à la tête du pays ? A l’analyse, cette compilation de motions dont la cérémonie de présentation n’a pas besoin d’autorisation du préfet (puisqu’elle a enrôlé l’administration)  est un appel d’un cartel de barons qui financent à coups de millions, un livre imprimé sous le meilleur papier qui soit. Leur volonté ostentatoire de démontrer à leur “ créateur ” qu’ils le soutiennent, leur a fait oublier que ce peuple dont ils prétendent être des légats était absent des salons feutrés du Hilton hôtel. Loin des agapes et des mondanités, il était au fourneau en quête de la pitence quotidienne. De plus, c’est sur ses maigres revenus, obtenus à la sueur de son front, que seront prélevés des impôts devant servir à l’impression d’un  volume V de “ Paul  Biya : L’appel du peuple ”. Ce sera encore au nom du peuple... sans le peuple.

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