20/04/2011 14:51:37
Côte d'Ivoire. Vous avez dit : désinformation ?
Laurent Gbagbo est tombé ! Cela était prévisible ! Ce n’était plus qu’une question de temps...
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Laurent Gbagbo est tombé ! Cela était prévisible ! Ce n’était plus qu’une question de temps.

Pourtant, je n’ai douté à aucun instant que ce résistant de la première heure ne cèderait jamais aux menaces et ultimatums lancés çà et là par Sarkozy, Ban Ki Moon, Choï, Soro, Ouattara... En aurait-il pu être autrement ? Peut-être…Ce ne serait pas la première fois que l’armée française essuierait une défaite militaire humiliante en terre étrangère comme ce fut le cas en Algérie ou en Indochine et peut-être bientôt en Libye…Cependant la victoire présente de la France (car c’est bien comme cela qu’il conviendrait de la nommer) ne se situe pas tant sur le plan militaire que sur le plan de la désinformation.

J’ai été frappé par le nombre d’observateurs et surtout africains pourtant à priori instruits et dotés d’esprit critique, jeunes ou vieux, issus de la diaspora ou vivant sur le continent qui sont, aujourd’hui encore, absolument convaincus que Gbagbo a perdu les dernières élections. Mon propos n’est pas ici de soulever l’éternel débat sur le véritable vainqueur de ces élections...D’ailleurs, je pense personnellement qu’on ne saura jamais s’il se nomme Gbagbo, Ouattara, Compaoré ou Choï.



Ma conviction est que la soif de transition démocratique grandissante des populations africaines a été savamment récupérée par les médias occidentaux relayés, volontiers, par une certaine « presse » africaine dont les articles et journaux télévisés ne sont généralement que des copies médiocres des dépêches AFP agrémentées de l’accent et du parler locaux (il suffit pour s’en convaincre de regarder le journal de 20h de la RTS, la chaîne publique sénégalaise, avec ses pâles captures d’écrans de la chaîne France 24)!

En posant d’emblée que Laurent Gbagbo a perdu les élections de 2010, il ne restait plus à la presse occidentale d’ailleurs beaucoup moins libre qu’elle ne le croit ou veut bien le faire croire, qu’à en convaincre la « majorité » pour en faire un homme détesté et rejeté même en Afrique par toute une partie du continent car considéré comme un autre dictateur potentiel dans la lignée de Bongo, Biya ou Ben Ali et légitimer son renversement par un coup de force. Biensur, je fais ici l’hypothèse que l’UA, la CEDEAO et toutes ces pseudo-institutions d’intégration portent effectivement la voix des africains, ce dont je ne suis plus tout a fait convaincu.

Evidemment, plus personne sur le continent, ne veut de dirigeants de cette caste à l’heure des révolutions au Maghreb et de la montée généralisée du ras-le-bol dans nombre de pays africains ! Le pari est donc gagné. La France, humblement autoproclamée, « pays des droits de l’Homme » vole à notre secours !! Merci qui ?

Souvent, lorsque je discute de la situation en Côte d’Ivoire avec des collègues ou amis, je me rends assez vite compte qu’ils sont à court d’arguments réels quand je leur demande ce qui leur fait croire que Gbagbo a perdu les dernières élections ?

Leur premier argument est souvent d’évoquer la scène surréaliste de la conférence de presse au cours de laquelle un représentant du camp Gbagbo arrache les fiches censées contenir les résultats provisoires des élections des mains de Mr Bakayoko, porte-parole de la CEI. Ce serait là d’après eux, bien LA preuve que ces résultats n’étaient pas en faveur de Gbagbo…Appréciez vous-mêmes la solidité d’un tel argument…

D’autres prétendent être convaincus que Ouattara a gagné car il s’agit là des résultats définitivement publiés par la CEI (devant les caméras des TV françaises et dans le confort de l’Hôtel du Golfe, QG du camp Ouattara…), acceptés par « toute la communauté internationale » qui n’aurait aucune raison d’être aussi « unanime » à demander le départ de Gbagbo si ce dernier n’avait pas « réellement perdu » les élections ! Cet argument me parait totalement fallacieux et naïf, au moins pour deux raisons. La première est que les résultats compilés par une commission électorale, quelle qu’elle soit, et dans n’importe quel pays, n’ont de caractère légal, officiel et définitif que lorsqu’ils ont été validés par les institutions en place dont en premier lieu dans le cas ivoirien, le Conseil Constitutionnel de Côte d’Ivoire.

On pourrait légitimement se demander ce que valent les décisions prises par ces institutions lorsqu’elles sont incarnées par des personnalités proches de l’exécutif et jugées pas suffisamment objectives. Cependant, je voudrais qu’on me cite un seul pays au monde où le Conseil Constitutionnel ou son équivalent serait une sorte d’organe froidement « indépendant » coupé de toute sensibilité politique et incarné par des hommes sans aucune sensibilité politique ou qui, même s’ils en avaient une, agiraient toujours et en toutes circonstances en toute objectivité… Le problème ne viendrait-il pas plutôt du fait que la France continue de considérer les anciennes victimes africaines de sa cupidité et de sa violence intrinsèque comme insignifiantes et peuplées de sous-hommes, par définition, incapables de mettre en place des institutions solides ?

La deuxième concerne ce que les médias nomment avec un mépris total de l’intelligence des masses populaires : « communauté internationale ». Sorte de terme fourre-tout ou chacun met ce qu’il veut du moment où cela préserve ses intérêts. Qui a déjà rencontré une personne, une seule, capable de définir ce qu’est la communauté internationale ? Il suffit souvent que un ou deux membres du conseil de sécurité des Nations Unies soutienne une position et fasse jouer ses lobbies pour que « l’ensemble de la communauté internationale » « pense » que, « considère » que, « refuse » que… En l’occurrence Obama et Sarkozy auraient toute légitimité de parler en notre nom à tous… "La communauté internationale" serait en fait une sorte de super-Etat composite où tout le monde est d’accord sur TOUT et dont le président serait d’ailleurs depuis 5 mois, un homme noir (chouette, après Obama, un autre Noir dirigeant une superpuissance) en la personne de Alassane Ouattara, dont le titre officiel devrait être : président élu de la « communauté internationale ».

Enfin, les autres arguments tournés en boucle sur les médias de sorte à ce qu’ils soient perçus comme des vérités évidentes par tous sont pêle-mêle régime « génocidaire », « totalitaire », « massacres » à grande échelle, auteur d’ « exactions », « charnier » de Yopougon, « dictature », petit professeur d’histoire insoumis, danger pour les intérêts de Bolloré, menace pour la monnaie de singe qu’est le franc CFA. Oups, les trois derniers arguments ne doivent bien sur pas sortir du cadre des salons de chancelleries ...

J’en appelle au sens critique des peuples d’Afrique et surtout de la jeunesse de mon continent. Ne nous laissons plus manipuler de la sorte. Cela n’a que trop duré. Bien sur je suis conscient de la complexité de la tâche, car pour l’heure, nous ne pouvons hélas pas compter sur une presse responsable et émancipée de la « bien-pensance » ambiante.

Nous ne voulons plus de dirigeants, diabolisés de leur vivant et sanctifiés plusieurs années après leur mort quand la vérité aura éclaté au grand jour et que nous aurons enfin compris. Ce fut le cas de Lumumba, Sankara ou Sékou Touré. Nos dirigeants de valeur, qui sans être des enfants de chœur, incarnent une certaine idée de la fierté africaine, nous les préférons vivants, aux commandes et justes humains que morts et sanctifiés !

KmT BA
Sénégal

KmT BA

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