25/04/2011 00:35:29
Diplomatie: Le Cameroun en froid avec l'Union européenne
En quatre mois, deux clashs ont perturbé la sérénité des relations entre les deux partenaires. Evocation...
Le Messager
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En quatre mois, deux clashs ont perturbé la sérénité des relations entre les deux partenaires. Evocation...

“Les relations entre le Cameroun et l’Union européenne sont au beau fixe ”. L’affirmation est d’Issa Tchiroma (Photo) le 21 avril 2011, au cours d’un point de presse donné dans les locaux du ministère de la Communication (Mincom). Mais ces propos peinent à convaincre les journalistes présents. Et pour cause. Le ministre de la Communication venait d’évoquer les raisons de l’interdiction du Festival de films de droits de l’Homme financé à hauteur de 42 millions Fcfa par l’Union européenne (Ue). Ses interlocuteurs se sont également souvenus que quelques mois avant, le Cameroun remontait les bretelles à l’ambassadeur de l’Ue relativement au financement accordé à une association militant pour les minorités sexuelles.

Si les raisons évoquées jadis par le Minrex, affichant  la répulsion officielle des dirigeants du pays vis-à-vis de l’homosexualité, derrière laquel se refugie le vocable “ minorité sexuelle ”, avaient connu l’adhésion de l’opinion publique nationale, cette fois-ci, celles évoquées par le Mincom la divisent.  En effet,  Issa Tchiroma estime que ces films ont été interdits entre autres raisons, “ sur la base du non respect par les promoteurs du Festival en cause des préalables réglementaires, de l’actualité politique contemporaine, de la sensibilité des zones de projection programmées, du niveau de culture de certaines populations ciblées et de la nature des films envisagés ”.

Soulèvements populaires

En termes simples, Yaoundé ne souhaitait pas qu’une série de films qui pourraient susciter des soulèvements populaires soient diffusés. Pour convaincre l’opinion, le Mincom en a présenté quelques-uns. Lesquels sont : “ le destin fatal de Norbert Zongo ”,  “ Elle s’appelait Majolie ”, relatant l’affaire du Ténéfovir ou encore “ Révolution, mode d’emploi ”, un film retraçant les circonstances qui ont précédé la révolution Orange en Ukraine ou encore “ Thomas Sankara ”, le parcours de l’ancien président burkinabé assassiné par son ami Blaise Compaoré, au pouvoir actuellement.

Néanmoins, le gouvernement évoque également des normes juridiques. Notamment qu’aucune demande d’autorisation n’a été adressée dans les délais convenables par les organisateurs du festival ou encore des demandes d’autorisation de diffusion au ministère de la Culture. Ce à quoi les organisateurs répondent en soutenant avoir pris toutes les dispositions règlementaires pour la tenue du festival des films de droits l’Homme. Dans leur mémo en quatre points retraçant les raisons invoquées par le gouvernement (absence de déclarations officielles des associations organisatrices ; absence de déclarations de réunion publique ; absence de visa pour l’ensemble des films ; et menaces à l’ordre public), Vincent Mercier, le directeur du festival et Mélanie Barreau, la coordonatrice générale du festival ont mis à nu les mensonges des officiels camerounais (voir Le Messager n° 3329 du mardi 19 avril 2011).

Désaprobation

Par ailleurs, si le contenu des films relève de la seule responsabilité de l’association Alliance Ciné qui a organisé le Festival, l’Ue précise qu’elle est déterminée à partager ses réalisations et ses valeurs avec les pays et les peuples au-delà de ses frontières. Comme pour illustrer le froid qui grippe actuellement ses relations avec le Cameroun, l’Ue a, sur cette dernière question, pris une déclaration, sans doute pour marquer sa distance avec le gouvernement camerounais et exprimer sa désaprobation suite à la décision des pouvoirs publics d’interdire la projection des films querellés. “ L’Union européenne regrette cette décision, qui a empêché la tenue d’une manifestation dont l’importance aurait pu rayonner en terme culturel dans le pays, comme cela s’est produit récemment dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne et formule le vœu qu’à l’avenir, un débat libre et ouvert sur les droits de l’Homme reste assuré au Cameroun ”. Tout y est dit. Le sort reservé du reste aux responsables du festival conforte le malaise actuel entre les deux parties (voir article ci-dessous).

Focal: Des promoteurs du festival des droits de l’Homme gardés à vue

Deux  réalisateurs français et six Camerounais ont été arrêtés mercredi par la police lors du tournage d'un documentaire à Mbandjock (centre du  Cameroun), avant d'être relâchés jeudi, au bout d'une nuit de garde à vue, a appris l'Afp auprès de l'une d'entre eux. L'équipe tournait un documentaire dont “ le thème est l'accaparement des  terres par la Socucam (Société sucrière du Cameroun) ”, principal  producteur de sucre au Cameroun, selon la réalisatrice Mélanie Barreau. “ Nous avons été arrêtés hier (mercredi 21 avril 2011) matin à Mbandjock. Nous étions en train de filmer le rassemblement des coupeurs de cannes ”, a-t-elle affirmé. “ Le procureur de la République a dit qu'il n'y avait pas lieu de nous  garder mais qu'il fallait qu'on se tienne à la disposition du  commissariat pour une confrontation avec la Sosucam  ”, qui a porté  plainte, a-t-elle ajouté. Selon Mélanie Barreau, l'équipe de tournage avait payé “ 25.000 Fcfa (38  euros) ” à la direction camerounaise de la cinématographie qui lui avait  indiqué que la quittance équivalait à “ une autorisation provisoire ” de  tourner.

Certaines populations de Mbandjock accusent la Sosucam d'avoir pris leurs terres, sans indemnisations conséquentes, pour la culture de la canne à sucre. Mélanie Barreau et Vincent Mercier, le deuxième réalisateur, étaient les  principaux promoteurs d'un “ Festival international du film des droits  de  l'Homme ” qui devait se tenir à Yaoundé du 12 au 17 avril mais qui a été interdit le 11 avril par les autorités.

Rodrigue N. TONGUE

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