29/04/2011 13:29:23
Edking et le pacte colonial
Ce qui est étonnant dans cette affaire, c’est que des complices locaux déroulent le tapis rouge à ces immigrés politiques et administratifs, foulant au pied leur souveraineté chèrement acquise. Les voici transportés par des vents favorables, en pleine apnée, magnifiés par la pesanteur que cette situation provoque dans le mental de pauvres humains que nous sommes...
Le Messager
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Souvenons nous de Mamadou et Binéta, manuel de lecture de l’après indépendance édité en France à l’intention des écoliers d’Afrique noire. En matière de bourrage de crâne, on ne fait pas mieux. Dans ce livre, l’écolier a appris que l’autorité était représentée par le commandant du cercle, administrateur des colonies françaises d’outre mer.

Quand le commandant du cercle arrivait au village, tout le monde lui devait allégeance. Les populations du village avec leurs élites : toujours tailleurs, cordonniers, forgerons etc. Et il y avait aussi à la parade, monsieur Diallo, le maître, trait d’union entre les villageois et le commandant du cercle. Il conduisait son troupeau d’écoliers sur la place du village, accueillir le commandant. Monsieur Diallo répétait à l’envie ce que l’autorité de la France et d’outre mer ordonnait, pour le bien-être des populations.

L’image valait le déplacement : les villageois et les écoliers assis à même le sol sur la place poussiéreuse. Le commandant vêtu de kaki, rechaussé par un casque colonial blanc, juché sur son beau cheval blanc, un fouet à la main.

Monsieur Diallo dit : “ debout ”!

Les élèves et les villageois répondent en chœur : “ Je me lève bien vite ”.

- Assis !

- Je m’assois ; je croise les bras ; je regarde le maître.

Le commandant pouvait commencer son monologue, traduit plus ou moins en langue locale par Monsieur Diallo.

C’était il  y a bien longtemps.

Mais les Blancs partis, les Nègres dansent sur les Nègres, selon la lumineuse tirade du regretté René Philombe.

La vérité vient d’en haut, disait quelqu’un. Les nouveaux Blancs, c’est aujourd’hui le pouvoir et ses démembrements qui ont du mal à entrer dans l’esprit de la décentralisation pour permettre aux communautés de choisir eux-mêmes leurs propres représentants.

A Baleveng sur la route de Dschang, il existe deux chefs traditionnels. Celui nommé par l’administration et celui reconnue par les populations. Ce qui crée une situation cocasse : sur la place du marché, d’un côté de la route bitumée, se dresse la chefferie administrative. De l’autre côté, rayonne la chefferie légitime, protégée jour et nuit par les populations.

Quand Monsieur le sous-préfet est en tournée dans le coin, il s’arrête dans la chefferie administrative vide de tout administré, tandis que les villageois sont de l’autre côté, avec leur chef. Chantant, dansant et narguant un régime dont l’autorité s’affaiblit par trop d’étatisme.

Les nouveaux Blancs, ce sont ces chefs de terre pourris, asservis aux pouvoirs d’argent. Sous la coupe des réseaux, ils refusent de valider les procès verbaux de désignation des dignitaires traditionnels,  travestissent la volonté des pauvres villageois au profit de pantins prêts à brader le patrimoine foncier de tout un peuple.

Hier les Blancs brûlaient nos dieux, saccageaient nos lieux de cultes, mais préservaient nos terres pour la survie des générations futures. Aujourd’hui les pontes du régime vont plus loin, dans la ruée vers les terres villageoises à valeur économique. A Kribi hier comme à Mouanko aujourd’hui, les nouveaux prédateurs sont au pouvoir.

C’est l’histoire des Malimba de l’arrondissement de Mouanko aujourd’hui désemparés devant l’arbitraire administratif.  Leur chef supérieur, Marcellin Ndoumbè, désigné en 2003 et oint par les patriarches, est en voie d’être écarté par le fait du prince, parce qu’il empêcherait la braderie des terrains du village. Selon Aurore Plus, le canton Malimba-Océan a vu s’abattre sur son héritage culturel des vautours qui renient le choix populaire pour faire plaisir à l’oligarchie du régime dont l’expression achevée est Laurent Esso, qui n’a reculé devant aucune supercherie pour s’octroyer 12 hectares de terrain...à l’œil. Sous le prétexte qu’un de ses lointains aïeux était originaire de la localité, il s’est approprié les tombes et les plantations des pauvres villageois avec la complicité de quelques élites locales qui sont des obligés.

Ce sont là les signes extérieurs de la démocrature, ce saupoudrage démocratique qui fait que les élus abandonnent ou perdent leur souveraineté face aux charmes de l’argent et du pouvoir.

Un pays où le décret fait et défait les hommes est une dictature. Un pays ou le vote est transparent mais pas respecté est une “ démocrature ”. Pour dire le moins.

Il en est ainsi de ces gens de Yaoundé, adoubé par le tout puissant décret,  qui descendent dans les régions dicter leurs volontés aux élus locaux et aux populations.

C’est ainsi que va l’Afrique. Ceux qui gagnent les élections et ne sont pas déclarés élus comme Mboua Massock descendent dans la rue pour exprimer leur mécontentement. Mais que dire de ceux qui sont élus, et qui subissent l’omniprésence des bénéficiaires d’un décret ?

De quel droit René Sadi par exemple et les membres du comité central, détenteurs d’une signature apposée au bas d’un édit, vont-ils pontifier à Nkongsamba, ville sinistrée ? Sont-ils des élus du peuple ? Sont-ils venus tirer de l’eau des profondeurs du Manengouba pour le bien-être d’une ville rongée par la pauvreté, cette lèpre africaine que même les bombardements français n’ont pu arrêter ?

Comme dans les raids des guerriers de la force Licorne sur la lagune d’Ebrié, des hordes de personnes dites “ ressources ”, “ coordonateurs ”, “ chargés de mission ” “ représentants du secrétaire général ” etc. déboulent des hauteurs du comité central  et descendent régulièrement dans les régions pour dicter leur loi aux élus locaux.

Ce qui est étonnant dans cette affaire, c’est que des complices locaux déroulent le tapis rouge à ces immigrés politiques et administratifs, foulant au pied leur souveraineté chèrement acquise.

Ce qui est étonnant par-dessus tout, c’est que des fonctionnaires croient à ce côté messianique que confère le décret. Les voici transportés par des vents favorables, en pleine apnée, magnifiés par la pesanteur que cette situation provoque dans le mental de pauvres humains que nous sommes...

De Dakar au Caire, du Gabon au Togo, c’est ainsi que naissent les dictateurs et leurs fils spirituels, héritiers du pacte colonial.

Bon vendredi et à vendredi

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