29/04/2011 13:38:32
Ils ont la mémoire courte, ces Occidentaux !
Mais si nos “ amis ” occidentaux se montrent amnésiques pour les besoins de la cause, notamment pour leurs intérêts, les Africains et les Arabes brillent par leur incompétence et leur incohérence...
Le Messager
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On peut aimer Kadhafi ou non. Mais l’interventionnisme guerrier des Occidentaux qui veulent instaurer la démocratie en Lybie sous une pluie de bombes est plus détestable. Criminel même. La Lybie est-il le seul pays africain à la tête duquel trône un dictateur indéboulonnable par la voie des urnes ?  Encore que Kadhafi ne fait pas semblant. Pas d’élection en Libye.

Comme ses autres pairs, il a sorti sa puissante armada pour mater ses compatriotes qui ont hâtivement cru que la révolution, mieux l’insurrection était contagieuse. Et comme ce qui est arrivé en Tunisie et en Egypte voisines ne s’est pas réalisé en Lybie, les vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale, moins la Russie , ont pensé qu’avec leurs bombardiers, ils pouvaient en finir avec le “ guide ” et lui substituer un homme de paille. Cette aventure guerrière dure depuis des semaines, des mois déjà.

Ne s’achemine-t-on pas vers un remake de la déroute américaine à la Baie des cochons, au Vietnam, en Somalie, en Iran ? de la débâcle française en Indochine et sur tous les autres fronts d’où les soldats de l’Hexagone sont rentrés, couverts d’ecchymoses, estropiés, pour ceux qui ont eu la chance de ne pas payer de leurs vies le bellicisme de leur pays ? Décidément, ils ont la mémoire courte, ces Occidentaux.

Ils n’arrivent pourtant pas, depuis des années à se tirer des bourbiers irakien, afghan, pakistanais dans lesquels ils pataugent sans gloire. Les “ pompiers ” occidentaux réussissent la plupart du temps comme de nos jours en Libye à s’attirer plutôt les foudres de leurs “ protégés ” qui jugent au fil des jours “ trop douces ” les méthodes de l’Otan à l’égard d’un Kadhafi aujourd’hui plus que jamais décidé, selon un confrère burkinabé du Journal du jeudi, à prolonger son bail comme “ guide ” incontesté de la Jamahiriya arabe socialiste. Le livre vert dans une main, le kalach dans l’autre, le roi “ des rois traditionnels d’Afrique ”, chantre infatigable de l’unité africaine et architecte déterminé des Etats-Unis d’Afrique, le bon vieux Mouammar, fort de ses 42 années de règne sans partage, plie mais ne rompt pas. Et la situation s’enlise, jetant la révolution que l’on pensait  éclair dans une grosse impasse aux mille inconnues.

Dans cette incertitude, Alain Juppé, le très actif ministre des Affaires de Sarko, ne cache pas sa perplexité. “ Il faut que l’Otan joue pleinement son rôle ”, clame-t-il avant de regretter qu’elle ne le fait “ pas suffisamment ”. Déclaration faite sur France Info. Au surplus, le bouillonnant remplaçant de Michèle  Aliot-Marie, qui surveille aussi les fers qu’il a mis à chauffer sur les fourneaux ivoirien et afghan, demande à l’Otan de ...détruire “ les armes lourdes qui bombardent la ville de Misrata ”.

Du déjà entendu de la bouche de son homologue britannique William Hague, qui réitère toutefois la nécessité du départ de Mouammar Kadhafi, dans le cadre d’un règlement politique du conflit avec les insurgés. “ Beaucoup de choses ont été faites en Libye, mais clairement, il faut en faire davantage ”, a martelé le chef de la diplomatie britannique.

Le départ de Kadhafi, c’est le seul son qui sort du sifflet de la rébellion, mal organisée, pas équipée, qui tient difficilement ses positions face à la force de feu des partisans du guide libyen. Nonobstant, les insurgés refusent catégoriquement toute négociation, en vue d’une solution diplomatique et/ou politique, qui n’écarterait pas ipso facto que l’homme du livre vert plie sa tente. Ils ont en effet rejeté à Benghazi le cessez-le feu proposé par l’Union africaine (Ua). Un plan accepté la veille par Kadhafi, et qui proposait “ la cessation immédiatement des hostilités, un acheminement de l’aide humanitaire et le lancement d’un dialogue en vue d’une transition ”.

Au vu des dramatiques expériences rappelées plus haut, on aurait pu faire l’économie de ce nouveau gâchis si, l’Afrique n’avait pas été exclue d’un débat qui, aux dires de l’historienne malienne Adama Ba Konaré, aurait dû être prioritairement le sien, encore que c’est un pays arabe qu’on livre aux Occidentaux, en utilisant d’autres pays arabes.

Et Mme Konaré de constater que “ (...) La Libye est sous les feux de forces étrangères en quête de gloriole personnelle et de défense de leurs propres intérêts. De quelle légitimité politique, de quelle crédibilité morale ces puissances qui ne tiennent pas leurs engagements, qui affament les peuples, pillent les ressources des pays peuvent-elles se prévaloir ?

Le pétrole et le gaz libyens sont-ils absents de leurs motivations ?

Ne veut-on pas régler aussi son compte à Kadhafi pour des marchés non tenus, et pour avoir exigé un dédommagement au titre de la colonisation à l’Italie, l’ancienne puissance coloniale ?

“ Qui ne se souvient de leurs embrassades  avec ceux qui sont tombés, Ben Ali et Moubarak ? Qui a déroulé le tapis rouge à Kadhafi dans sa capitale ? Qui lui a proposé des armes sophistiquées ? Dans quelles banques sont déposés ses fonds ?

“ Africains, la partition de la Libye est en marche. A qui le tour demain ?

“ Malgré ses méthodes souvent étranges, le caractère contestable de ses théories, Kadhafi n’aura-t-il pas été l’un des chantres de l’unité africaine ? ”

De son côté, l’ancien président français de Médecins sans frontières, Rony Brauman d’exprimer sa déception en ces termes : “ (...) Je ne crois pas aux vertus de bombardements aériens pour installer la démocratie ou “ pacifier ” un pays. “Protéger les populations ” signifie, en pratique, chasser Kadhafi et le remplacer par un Karzaï local et l’on va au bout de la logique. “ Une opération aérienne n’a jamais permis de remporter une guerre . “ (...) Ce qui me gêne dans cette opération, c’est qu’on prétend installer la démocratie et un Etat de droit avec des bombardiers (...) ; à chaque fois qu’on a essayé de le faire, non seulement on a échoué, mais le remède qu ‘on prétend apporter était pire que le mal. “ (...) A quel moment on va pouvoir dire “ mission accomplie ” ?

“ (...) On ne va pas faire la révolution à la place des autres ”.

Mais si nos “ amis ” occidentaux se montrent amnésiques pour les besoins de la cause, notamment pour leurs intérêts, les Africains et les Arabes brillent par leur incompétence et leur incohérence. Et pendant que les bombes pleuvent sur la Libye de Kadhafi, au Yemen et en Syrie, les insurgés tombent sous les balles des tenants du pouvoir. Kadhafi paie visiblement beaucoup plus par son indocilité à l’égard des maîtres du monde.


Jacques Doo Bell

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