04/05/2011 00:59:11
Le fantôme de l'Occident
Passons sur les péripéties grandguignolesques du spectacle dont les images -minutieusement mises en scène- nous abreuvent depuis deux jours. Dans la dernière livraison de cette soupe nauséabonde, gros plan criant de vérité sur les visages des membres du staff-en-chef de la Maison Blanche...
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Passons sur les péripéties grandguignolesques du spectacle dont les images -minutieusement mises en scène- nous abreuvent depuis deux jours. Dans la dernière livraison de cette soupe nauséabonde, gros plan criant de vérité sur les visages des membres du staff-en-chef de la Maison Blanche : traits déformés par l'anxiété, doigts crispés dans l'attente d'un dénouement fébrilement guetté depuis dix longues années...

Mais de photos du cadavre, point ! Un ectoplasme furtivement englouti par les flots du golfe persique... Excellents acteurs, piètres metteurs en scène.

Qu'importe ? Avec un bel ensemble, le chœur antique de la grande armée des écervelés de service applaudit à grand bruit : We got him ! Le monstre qui, dans un premier temps, nie formellement toute participation à la préparation des attentats du 11 septembre, puis –par quel tour de passe-passe ?–, en revendique haut et fort la paternité; celui dont l'avis de décès fut publié dans la presse arabe dès la fin décembre 2001, mais dont la simple évocation a servi dès lors  à justifier dix années d'interventionnisme onusien et otanesque tous azimuts, et la spirale de violences meurtrières qui dans son sillage ne cessent d'ensanglanter cette région du monde; celui au nom duquel ont été légitimées l'une après l'autre toutes ces opérations de police internationale aux victimes "collatérales" au moins cent fois plus nombreuses que celles des Twin Towers du WTC; oui, le monstre est mort.

La question, une fois de plus, n'est pas : que va-il se passer ? Mais : à qui profite le crime ? Non pas le crime de cette mise à mort imaginaire, mais celui d'une manipulation planétaire dont un nouvel avatar vient juste de voir le jour.

Quelles nouvelles meurtrières surprises nous réservent à présent les tireurs de ficelles ? Après la Lybie et la Côte d'Ivoire, aux nouveaux croisés de quels nouveaux massacres les grand-prêtres du nouvel ordre mondial vont-ils accorder leur satanique bénédiction ?

A première vue, la réélection d'Obama semble acquise, à moins qu'une once de bon sens vienne miraculeusement ensemencer la matière grise du peuple américain. Mais ne nous illusionnons pas : quoi qu'il en soit de l'issue des prochaines élections américaines, le futur occupant du bureau ovale ne risque pas de dénoncer une ligne politique depuis longtemps verrouillée par une petite équipe de décideurs masqués dont les mandats ne se déclinent pas en termes de partenariat démocratique, mais d'actionnariat ploutocratique.
 
A en croire les images de foules enthousiastes trépignant de joie sur l'emplacement de Ground Zero et à proximité du Pentagone, la farce pakistanaise vient à point nommé restaurer la fierté du peuple américain, en l'aidant à faire son deuil de la cruelle l'humiliation subie il y a dix ans.

A en croire l'unanimité de tous ceux qui ont ou prennent la parole en Occident, qu'ils appartiennent au monde politique, tous bords confondus, au monde de la presse écrite ou télévisée, au monde de l'intelligentsia et de sa crème d'experts de tous poils, et plus largement à celui des bistrots, salons de coiffure, épiceries ou cercles familiaux, la farce pakistanaise vient à point nommé ranimer la flamme patriotarde du combat des démocraties contre le terrorisme qui "menace le monde libre".

Le seul ennui, avec cette énorme bulle d'autosatisfaction américano européenne, c'est l'indice de croissance exponentiel du taux de concentration des mensonges délétères dont elle est gonflée : pour faire court, on a d'un côté le fantôme de Ben Laden, crédité de quelques milliers de victimes, traqué, puis éliminé; et de l'autre, les auteurs et commanditaires de violences mille fois plus graves et de meurtres mille fois plus nombreux perpétrés notamment sur le continent africain depuis vingt ans, qui non seulement courent toujours, mais à l'encontre desquels aucune chasse à l'homme n'a jamais été décrétée. Car ne l'oublions pas, les génocides du Rwanda et du Darfour ne constituent que la partie émergée de l'iceberg, la pitance humanitaire offerte en pâture aux appétits gigognes d'ONG en quête de notoriété et de financement, de médias occidentaux en mal d'audience, et d'une opinion publique anxieuse d'émoustiller de frissons inconnus l'épiderme de son abrutissement.

Jusques à quand l'implacable loi du profit va-t-elle nous dicter nos priorités en termes de défense de la justice et de la sécurité : un "missié" blanc contre mille noirs, mille arabes, mille pauvres condamnés –sinon à mort–, à le rester pour que nous puissions à bon compte continuer à siroter notre café, déguster notre chocolat, faire rouler nos bagnoles, alimenter nos piles de la mort nucléaire, fabriquer nos bombes, améliorer l'alliage de nos avions, et engraisser au passage les plus gros et les plus cyniques d'entre nous.

Honnêtement, qui, aujourd'hui, menace qui ?

Eliahou Abel

Eliahou Abel

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