06/05/2011 02:20:07
La paix par le taro
Au menu du débat, couscous-sauce-gluante appuyés par de coriaces gigots de bœuf calés sur le moelleux des os. Personne ne peut battre Fru Ndi sur ce terrain...
Le Messager
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Le chef de l’Etat, président de la République , chef du gouvernement est un homme épris de paix, qui a  toujours eu souci d’instaurer le dialogue politique tant dans son pays qu’en Afrique : Cote d’Ivoire,  Tunisie, Egypte et au-delà. Dans sa recherche inlassable de la paix, il n’a eu de cesse d’inviter  l’opposition  camerounaise au dialogue. C’est à son corps défendant du reste que les Samuel Eboua et autres Ekane Anicet, Jean-Jacques Ekindi ont été démocratisés dans les cellules de la gendarmerie du port à Douala.

Prenons le guide spirituel du Sdf. Le président Biya a toujours souhaité prendre langue avec lui. Une fois, la tentative de jeter les bases d’un dialogue positif avec le premier parti de l’opposition a échoué à cause d’une tête de poisson.  Le chairman, invité à l’étranger pour des discussions sécrètes avec Biya par personne interposée aurait eu des difficultés à trouver son plat préféré dans un restaurant.

Ces Blancs là ne connaissent pas le "couscous-sauce gluante à l’os". Avec leurs menus aux consonances  poétiques, ils déroutent ceux qui ne sont pas habitués à la cuisine européenne : "sauterelle à la sauce flagorneuse"" viande épicée à la céramique vapeur" ;" langue de chat menu princier" ; " écusson bolognaise à moustache vaporeuse " etc. Il y a vraiment de quoi y perdre son latin.

Prudent, le chairman a décidé de prendre ce qui était écrit sur la carte : “ une soupe au poisson ”. Là, il était en terrain connu. Fru Ndi  s’attendait à déguster une tête de machoiron arrosée de Mbongo. Tous les spécialistes vous le diront. La tête de machoiron est très délicate. La chair moelleuse de ce poisson est protégée par 187 osselets qu’il faut délicatement extraire avant d’atteindre la chair.  C’est un véritable acte chirurgical.

A la place, on lui a servi une sorte de potage noir où le poisson était invisible. Fru Ndi a beau scruter son plat, le soupeser, le humer, introduire les doigts au fond de l’assiette mais le poisson n‘était pas dedans. Alors il a fait un signe discret au  maître d’autel : “ No fish, sir ? ”. On lui expliqua qu’il s’agit d’une purée de poisson finement  écrasée.

Le chairman a préféré rester affamé que de manger une soupe au poisson sans poisson. Chez nous, expliquera-t-il, on aime entendre craquer les arêtes sous les dents.

Bien entendu, la discussion avec le plénipotentiaire de Biya ne put prospérer. Ventre affamé n’a point d’oreilles.

Mais le chef du Rdpc voulait son dialogue. Après avoir rassuré Bello Bouba, convaincu Dakolé Daïssala, promu Amadou Moustapha, Kodock, Hogbe Nlend, etc., il lui fallait amener Fru Ndi à la table de discussion. Pour Paul Biya, rien ne vaut la paix. Pas cette paix de cimetière où l’absence de guerre n’empêche pas l’hécatombe des routes, des maladies, des épidémies, du chômage et de la misère. Mais une paix bien réelle, qui permet à quelques rares compatriotes qui ont encore quelques activités professionnelles, de vaquer à leurs occupations. Aux autres qui n’ont pas de toit, de dormir à la belle étoile. A ceux qui n’ont pas de quoi se nourrir de dormir en paix, le ventre creux, assurés qu’ils ne se réveilleront pas sous le staccato de mitraillettes, mais avec le mélodieux chant du coq qui est la promesse d’une nouvelle aube...

Quelques années plus tard, en 2002  je crois, le dialogue est renoué grâce au couscous-sauce-gombo. Ici le chairman est en terrain connu. Ntarikon, ce n’est pas Londres ou Paris qui vous propose des menus barbares. Et l’émissaire de Paul Biya n’est autre que Joseph Owona.

Massayo qui navigue sentimentalement entre le Burkina Faso et le Noun connaît bien le bon vieux couscous de notre enfance, bourratif à souhait. Mais la paix vaux bien une indigestion. Le jour du dîner, le plénipotentiaire se pointe vêtu d’une immaculée gandoura, accompagné de  quelques cameras de la Crtv pour immortaliser l’événement.

Au menu du débat, couscous-sauce-gluante appuyés par de coriaces gigots de bœuf calés sur le moelleux des os. Personne ne peut battre Fru Ndi sur ce terrain. Massayo observe le leader de Ntarikon qui soupèse d’abord la boule, puis la malaxe entre ses doigts. Après l’avoir plongé dans la sauce, la boule termine sa course au fond de la gorge du chairman avec un “ gloup ” de soulagement. Massayo connaît la technique. Sa seule difficulté dans ce repas a été lorsqu’il a fallu prendre le gigot “ à bras le corps ”, le racler avec ses dents, extraire la juteuse moelle du creux de l’os. Mais tout est bien qui finit bien. Ce jour-là, entre taro et vin blanc, le dialogue Fru Ndi-Biya venait de commencer...

2002-2011. Beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Contrairement à Gbagbo qui n’a rien compris aux subtilités électorales, Paul Biya a été réélu en 2004 avec une confortable majorité à un tour, sans le vote de la diaspora qui est “ persona non grata ” dans les urnes camerounaises. L’homme-lion n’a donc plus de pression. Mais, habité par la mystique de la paix, il n’a eu de cesse de dialoguer avec le responsable du principal parti de l’opposition.

A la faveur du cinquantenaire des forces de défense à Bamenda, les deux poids lourds de la politique camerounaise, leaders charismatiques, inamovibles présidents de leurs partis respectifs, éternels adversaires à la présidence ne se sont certes pas embrassés sur la bouche, mais ils se sont enfin parlés. Face to face !

Au grand bonheur du peuple et des électeurs qui comprennent que le Cameroun est enfin entré dans l’histoire par la grande porte. En route vers la Terre Promise où coulent le lait et le miel. Concrètement, 25 000 jeunes sont en voie de recrutement, la nouvelle loi sur Elecam qui vient d’être adoptée, plus futuriste que la précédente, a été cousue sur mesure au service de la paix, grâce au couple Fru Ndi-Biya.

Pour donner une touche républicaine à ces noces politiques, les deux guides se sont retrouvés au palais d’Etoudi, que Fru Ndi convoite avec plus ou moins d’engagement et de détermination depuis 1990 et que Biya défend bec et ongles depuis avril 1984.

Enfin une effusion sentimentale en lieux et places  d’une effusion de sang, comme ailleurs en Afrique. Hier, l’homme au poing levé est allé à l’assaut d’Etoudi le couteau entre les dents, tandis que l’homme-lion défendait son pouvoir par tous les moyens. Aujourd’hui, main dans la main, ils posent devant les photographes sur la colline du pouvoir.

Le président du Rdpc a fait le tour du propriétaire au président du Sdf. Fru Ndi était enchanté par les dorures du palais. Il n’avait plus qu’un mot à la bouche : “ wonderfull ! ”. L’ennui, c’est que dans ce palais de marbre et de vere, Fru Ndi n’a vu aucun “ cabinet ”, aucune cuisine traditionnelle pour tourner le taro, aucun poulailler ni jardin pour cultiver le eru et le jama-jama.

Dégoûté, le chairman est rentré à Ntarikon. “ Je cherchais même quoi en 1992 ” ?, s’est-il demandé. Comment quelqu’un peut pisser et manger dans la maison ? Comment quelqu’un peut vivre sans entendre le chant du coq ni le grognement du porc ?

Bon vendredi et à vendredi

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