11/05/2011 15:00:42
Eglise: Mgr Watio au centre de manoeuvres politiques
Les chefferies traditionnelles neutralisées, le pouvoir Rdpc met-il le cap sur l’Eglise ?
Le Messager
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Les chefferies traditionnelles neutralisées, le pouvoir Rdpc met-il le cap sur l’Eglise ?

Depuis quelques jours, Bafoussam et toute la région de l’Ouest sont en effervescence. Ce samedi, 14 mai, le nouvel évêque de Bafoussam, Mgr Dieudonné Watio sera installé dans ses nouvelles fonctions. L’occasion pour les pontes du Rdpc et des opérateurs économiques aidés du parti au pouvoir de se livrer à un activisme digne des cérémonies rituelles.

Le grand prêtre de ce rituel est le vice-premier ministre Jean Nkuété en charge de l’Agriculture et du développement rural, très présent ces derniers temps sur les théâtres de tension comme à la commune de Dschang où il fait des pieds et des mains pour maintenir sur le fauteuil le maire Bernard Momo menacé d’éjection par le conseil municipal. A la Caplame , il fait feu de tout bois pour remettre en selle le directeur général de cette coopérative déchu par le conseil d’administration. Bref, M. Nkuété joue le sapeur pompier partout où il y a le feu.

C’est encore lui qui se trouve à la tête d’un comité d’organisation de la cérémonie d’installation de Mgr Dieudonné Watio. Comité d’organisation dont les membres laïcs sont triés sur le volet parmi les apparatchiks du Rdpc et qui, à l’issue d’une réunion tenue le 23 avril à la résidence Fotso Victor à Mbouo, a désigné des mandataires pour collecter des fonds nécessaires pour l’achat d’un véhicule pour le nouveau prélat et boucler les préparatifs matériels de l’évènement.

Selon une correspondance datée de Yaoundé le 25 avril et qui circule dans les milieux bamiléké de Douala, le comité Nkuété attend la rondelette somme de cent millions de francs au moins. Le plancher pour les ressortissants de l’Ouest dans la métropole économique est de 20 millions de francs. Mais ils peuvent aussi « bien parler », c’est-à-dire faire mieux. Messieurs Lucas Djémo, Pdg de Sorepco, Takotué Innocent, représentant du chef bandjoun et le patriarche Tohouo Théodore sont désignés collecteurs des fonds. Ils avaient jusqu’au 7 mai, c’est-à-dire samedi dernier pour faire parvenir le produit de leur quête à Yaoundé.

L’affaire fait des vagues à Douala, dans les milieux des ressortissants de l’Ouest, où l’on a du mal à situer le vice Pm Jean Nkuété parmi les chrétiens catholiques pratiquants. On lui prête alors l’intention de vouloir faire croire à son mentor, par cette « intrusion, que l’Eglise catholique qui est à l’Ouest est avec lui et qu’il peut compter sur les chrétiens catholiques de la région lors de la prochaine élection présidentielle ».

« Le Rdpc se lance ainsi à la conquête des diocèses après avoir neutralisé les chefferies traditionnelles », fait observer un cadre du département des Haut-Plateaux. On aurait voulu voir Jean Nkuété lancer pareille collecte de fonds en vue de construire une école ou un dispensaire, ou alors équiper ce genre de structures dans un diocèse de l’Ouest. « Au lieu de le faire pour la parade », fait observer un notable. Pour un cadre d’un établissement financier « en faisant de cette cérémonie une fête du Rdpc, Jean Nkuété se met dans la même posture que ce richissime homme d’affaires qui, lors des obsèques de son fils, s’est fait fort de dire à ceux qui sont venus partager sa peine, alors qu’ils ne sont pas du Rdpc, qu’ils n’étaient point les bienvenus, par conséquence, ils ne devraient pas se trouver dans sa concession. Ainsi, pour certaines personnalités du parti au pouvoir, c’est la voie obligatoire pour exister ».

 
Des innovations mal perçues

Selon les invitations et le programme en notre possession, cette cérémonie donne lieu à quelques curiosités. La première qui crève les yeux, ce n’est pas le clergé local qui invite, mais le comité d’organisation dont Jean Nkuété, « le président exécutif, vice-Premier ministre, ministre de l’Agriculture et du développement rural ». Au jour « J », le nonce apostolique, maître de la cérémonie et représentant du Souverain Pontife vient avant le représentant du président de la République. Deux réceptions sont programmées : la première le 13 mai à partir de 19 heures à la résidence de M. Victor Fotso à Mbouo, la seconde le 14 mai à partir de 13 heures à la permanence du Rdpc à Bafoussam.

Autre innovation de taille : la cérémonie d’installation de l’évêque de Bafoussam est déplacée de son cadre sacro-saint qui est l’enceinte de la cathédrale pour se dérouler pour la première fois au stade omnisport de Bafoussam. Ce qui fait dire à l’un de nos interlocuteurs que « l’enceinte de la cathédrale fait peur à certains illustres invités, en raison de leurs pratiques ésotériques ou leur appartenance aux sectes pernicieuses Il serait difficile aux organisateurs de cette cérémonie de nous convaincre qu’il y aura plus de monde à Bafoussam qu’à Douala ou Yaoundé lors des cérémonies similaires. Il n’y a qu’à l’Ouest où l’on peut admettre de telles incongruités qui ne sont que mépris pour nos populations et insulte pour les élites et même pour le clergé local et l’Eglise catholique qui a accepté cela ».  

Pour ces gens-là, voilà Mgr Watio devenu malgré lui, otage du Rdpc. Et pour cause : la présence des autres princes de l’Eglise dont le cardinal Tumi peut amener les prélats à se montrer plus compréhensifs, voire coopératifs à l’égard du pouvoir. C’est déjà le cas dans certaines diocèses dont les curés s’évertuent à faire croire à leurs fidèles que leur bonheur se trouve au ciel, tandis que le bonheur sur terre est réservé au Rdpc et à ceux qui nous gouvernement.

L’activisme du Comité Jean Nkuété donne lieu à des commentaires à la fois sévères et cocasses. En voici un autre : « Si pour des raisons personnelles, Victor Fotso qui a hébergé des pans importants de l’événement peut tout faire en ce moment, pour réchauffer sa vieille amitié avec le chef de l’Etat, il pouvait également à lui tout seul financer cette cérémonie, dans l’espoir d’obtenir la magnanimité du président de la République pour son fils en prison, et les prières de Mgr Watio pour ses affaires et pour sa famille », ironise une autre personnalité.

Il ne croque pas moins le vice Pm Jean Nkuété en passant : « Voici un autre qui est aux côtés du président Biya depuis que ce dernier était Premier ministre. Mais il n’a réalisé aucune œuvre sociale quelque part à l’Ouest. Même pas à Balessing, son village natal. Il pouvait, pour une fois, à lui tout seul, financer cette opération ».

Pour certains ressortissants de l’Ouest résidant à Douala, ce genre de cérémonie a besoin, non pas d’une quête financière nationale, mais d’une participation populaire et d’une fervente union autour du nouveau chef de l’Eglise qui est à l’Ouest. Une fois installé, c’est avec les fidèles de cette région qu’il va exercer son saint ministère et non avec les seuls riches et les ministres originaires de là-bas qui, pour la plupart, ont oublié les chemins de l’Eglise depuis belle lurette. Polygamie, luxure et sectes obligent. Malheureusement pour eux, on ne trompe pas le Créateur : « Au jour du jugement, Dieu reconnaîtra les siens » avertit Saint Paul.

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