13/07/2009 14:36:45
Dick Cheney est accusé d'avoir dissimulé un programme antiterroriste
Avec les écoutes téléphoniques sans mandat judiciaire, les prisons secrètes de la CIA, les enlèvements à l'étranger et les renditions extraordinaires (l'extradition, hors de tout cadre juridique, de prisonniers de la CIA vers des pays tiers), on croyait avoir fait le tour des méthodes clandestines des services secrets américains pendant la présidence Bush. Il n'en est apparemment rien.
Le Monde
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Lors d'une audition à huis clos devant les commissions du renseignement de la Chambre et du Sénat, le directeur de la CIA, Leon Panetta, a fait état, fin juin, d'un "programme" qui a été appliqué pendant huit ans au centre de contre-terrorisme de la CIA sans que le Congrès ait été informé de son existence. Le témoignage a été connu mercredi 8 juillet, lorsque sept parlementaires démocrates lui ont envoyé une lettre mentionnant l'épisode et demandant des informations.

Selon le New York Times, M. Panetta n'a été lui-même mis au courant de ce programme que le 23 juin. Il a alors immédiatement ordonné sa suspension. Personne n'a été en mesure de révéler en quoi exactement consistaient ces mesures. Peter Hoekstra, le représentant républicain du Michigan, qui siège à la commission, a indiqué que le Congrès aurait certainement approuvé le programme dans la panique post-11 septembre 2001, mais probablement pas plus tard. Le New York Times a affirmé que le projet n'avait jamais été mis en oeuvre et ne concernait pas les interrogatoires. Quatre jours plus tard, les Américains ne connaissaient toujours pas les raisons de la polémique.

EN INFRACTION

Selon le quotidien, c'est Dick Cheney, l'ancien vice-président, l'homme à tout faire de la présidence Bush en matière de sécurité nationale, qui a donné l'ordre aux responsables de la CIA de taire l'existence du programme dans leurs explications régulières au Congrès. La loi impose au président de s'assurer que les parlementaires qui supervisent le renseignement sont "complètement informés" des activités des services américains, sauf cas "exceptionnellement sensibles". La sénatrice démocrate Dianne Feinstein, l'une des rares à connaître le contenu du programme, a estimé, dimanche 12 juillet, que M. Cheney s'était placé "en infraction".

Il y a quelques semaines, Nancy Pelosi, présidente démocrate du Congrès, s'était trouvée sous le feu des critiques pour avoir affirmé qu'elle n'avait jamais été informée de l'utilisation du waterboarding (méthode de torture simulant la noyade) alors que les registres de la CIA montraient qu'elle avait été "briefée" à deux reprises à ce sujet. Elle avait déclaré que la CIA avait "induit les parlementaires en erreur", ce qui avait suscité un tollé jusque dans les rangs démocrates, scandalisés que l'on puisse mettre en cause des agents américains.

Ces nouvelles révélations viennent alimenter le débat autour de l'ouverture d'une enquête sur les violations des libertés publiques sous l'administration de George Bush. Le gouvernement de Barack Obama est divisé sur la question. Eric Holder, le ministre de la justice, et ami du président, pencherait désormais en faveur de la désignation d'un procureur spécial. Celui-ci serait chargé d'établir si la CIA a torturé des suspects au-delà du seuil fixé par les juristes de MM. Bush et Cheney.

Corine Lesnes

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