16/05/2011 15:24:54
La barbarie a changé de bord
Après les bombes, les menaces, après l'avalanche des salves médiatiques au cours desquelles les leçons de morale ont succédé aux paradigmes bons à penser, les nouveaux barbares tombent les masques : la morale n'existe plus, seule la force fait loi et tient lieu de code déontologique. Ce monde est fou! Ce monde tourne à l'envers...
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Après les bombes, les menaces, après l'avalanche des salves médiatiques au cours desquelles les leçons de morale ont succédé aux paradigmes bons à penser, les nouveaux barbares tombent les masques : la morale n'existe plus, seule la force fait loi et tient lieu de code déontologique. Ils pilonnent des pays, piétinent les droits de l’homme, ferment les yeux sur les viols, le pillage et les assassinats. L’occident, autrefois bien-pensant, s'est mué en une horde de barbares s'ingéniant à « sauver » le reste du monde en le pillant ! Tuant, torturant, tissant des mensonges insensés pour arroser de balles des pays récalcitrants à leur danse macabre.

En 1989, le chanteur et compositeur camerounais, Djala Li Lon, alias Yves Beng, écrivit un texte sur l’absolu absurdité et cruauté des massacres de Tien a amen, en Chine. Ce pogrom politique organisé contre la jeunesse était une démonstration de puissance par l'absurde des autorités chinoises : malheur à qui oserait s'opposer à l'ordre dominant. Il serait écrasé sans ménagement. Sans aucun égard pour son humanité ! Un tel événement, disait le chanteur, prouvait que « ce monde est fou, ce monde tourne à l’envers »... Que son humanité était en train de se perdre pour basculer dans un néant d'indicible cruauté. Que les hommes n'étaient plus que des machines sans autre ressorts que la survie des systèmes et l’acceptation de la logique punitive et coercitive d’un ordre à respecter.

Depuis les massacres de Tien a men, il y a eu l’attentat du World Trade Center. Il y a eu la crise financière. Il y a eu tant de cataclysmes que le monde civilisé n’a plus de repères. Il est fou et tourne à l'envers : c'est le retour à la barbarie. Malgré les rodomontades de Barak Obama ou les frétillements de Nicolas Sarkozy, le monde est fou et il tourne à l’envers. Pour avoir la paix on fait la guerre et pour faire supporter la guerre on simule la paix. On bombarde. On camoufle. L’humanité semble divisée en deux, écartelée entre des visions du monde où l’éthique n’a plus sa place et que seule compte la force des bombes.

Le politique est dépassé par la logique des multinationales et la soumission des plus grands Etats du monde aux puissances économiques. A Davos, ce sont les puissances d’argent qui dictent le sens de la politique. Les chefs d’Etat sont devenus des marionnettes entre les mains des grands argentiers ! Ce qui explique l’incohérence de leurs attitudes, leurs maximalismes et leurs attitudes va-t-en-guerre. Obama, peu de temps après avoir fait assassiner Ben Laden, sort de sa réserve et parle aux américains comme un cow-boy: «  malheur à qui s’en prend à l’Amérique ». Sarkozy, poussé à bout n’en dit pas moins de la France. Leur espace territorial serait devenu propriété foncière du clan et chaque chef d’Etat perd totalement le sens de la mesure. De la grandeur et de l’honneur. Ouattara en Côte d’Ivoire est pris par les mêmes syndromes. Simple marionnette entre les mains du monde, réduit au silence faute de courage. Le monde est fou. Il tourne à l’envers.

Dans ce tourbillon, que devient le Cameroun ? Où va-t-il ? Comment se porte-t-il et comment prépare-t-il cet octobre présidentiel que le Sdf semble prédire mois de tous les troubles ?

Les acteurs politiques vaquent à leurs occupations sans rien apporter dans leur manière de convaincre les Camerounais. Veulent-ils vraiment vaincre et que le pays change ? On en doute lorsqu'on examine les voies qu'ils choisissent : sectaires et partisanes. Egoïsmes individuels. Kah Wallah a fini par accepter d’être investie par un parti inconnu et régionaliste tandis que Jean-Jacques Ekindi traque toujours le Lion. Le Sdf, quant à lui, vient d'abattre une carte qui traduit son désarroi et l’impasse, comme l'Upc en 1956 : rendre le pays ingouvernable afin qu’il n’y ait aucune élections ! Mais avec quelle armée ? Pour quelle alternative ? On voit que la conception de la démocratie de ce parti est loin d’être au point. Et on comprend que les logiques partisanes loin de promouvoir le bien-être des peuples ont comme enjeu et seulement celui-là, l’épanouissement doctrinaire de ceux qui se lancent en politique. Lorsqu’on regarde les textes et programmes des partis, lorsqu’on écoute les déclarations des politiques, il y a un malaise qui subsiste : ils luttent pour qui ? Est-ce le peuple américain qui a demandé à Obama d’aller assassiner Ben Laden ? Est-ce lui qui lui a demandé de bombarder la Lybie ? La Côte d’Ivoire ? Lorsque le Sdf décide d’empêcher les élections par tous les moyens, le fait-il au nom du peuple ?

La  politique est ce champ fragmenté de factions et d’opinions diverses où chaque groupe s’arroge le droit d'ingérence pour infléchir l'avenir d'un pays, d'une nation. Les groupes les plus forts finissent par imposer leur vue : comme aujourd’hui une partie de la Communauté Internationale, constituée de barbares reconvertis au christianisme puritain sous le diktat des multinationales. Les nouveaux barbares sont à nos portes.

Le philosophe français, Etienne Balibar, les avaient vus venir. Lorsqu’il disait la décadence du capitalisme, décrivant une phase flottante où aucun ordre ne pourra s’affirmer,  il postulait qu'il règnera alors, le temps des prédateurs : les nouveaux barbares. Il disait que le 21ème siècle serait un tournant de l'humanité du monde et que l'occident perdrait pied et valeurs ! Que celui-ci s’essaiera à de nouvelles guerres coloniales et qu’il tentera en inventant une dichotomie (l’axe du bien et du mal) de diffuser de nouveaux concepts : comme le devoir d’ingérence ! Autrement dit le droit de venir tuer en toute impunité des populations d’une Afrique souffreteuse en prétendant vouloir instaurer la démocratie.

Les nouveaux barbares aujourd’hui n’ont plus honte : ils ont ôté les masques et avancent à visages découverts. Ils forment l’ossature de l’Union européenne. Ils sont au Conseil de sécurité des Nations unies et ils ont leur instrument de propagande et leurs armes de dissuasion massive. Ils ont des leaders : Obama, Sarkozy. Ils ont des territoires. Mais ils ont aussi leurs limites : ils n'ont pas le monopole de la barbarie, d'autres peuples avant eux l'ont pratiquée et peuvent leur répliquer de la même manière, au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes!

Suzanne Kala Lobe

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