17/05/2011 01:11:08
Manoeuvres pré-éléctorales: Biya fait distribuer 20 millions à 20 leaders politiques
Au nom du président national du Rdpc,  le Premier ministre  a accordé un soutien financier à quelques partis politiques de la majorité présidentielle.
Le Messager
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L’affaire s’est presque passée en douce. Pas d’annonce dans les médias d’Etat, pas de convocation formelle, certains cadres compétents des services du Premier ministre exclus de sa préparation. Pourtant, la rencontre entre le Premier ministre et quelques hommes politiques se tramait longtemps avant le mardi 10 mai 2011, date à laquelle 20 leaders de partis politiques ont été reçus à l’immeuble Etoile par le maître des céans.

Officiellement, l’objet du conclave portait sur l’appui de l’Etat aux partis politiques prenant part au défilé du 20 mai 2011. Mais selon l’avis même de certains leaders politiques présents à ladite réunion, il s’est agi en réalité d’un soutien financier du chef de l’Etat aux partis de la majorité présidentielle souhaitant participer à la phase réservée à la parade civile de la  fête nationale du 20 mai. Aussi, séance tenante, les 20 leaders conviés ont-ils  reçu du chef du gouvernement la somme d’un million Fcfa chacun. Ces fonds devraient leur servir à régler les charges logistiques attachées à leur préparation et à leur participation au défilé de vendredi prochain.

Tractations

Joint au téléphone, Kari Ahmadou, président du Mouvement social du Cameroun (Msc), l’un des bénéficiaires de cette libéralité présidentielle, affirme qu’elle tombe à point. Car, la préparation du défilé demande beaucoup de moyens financiers en sus de la mobilisation humaine. La manne accordée par le régime de Yaoundé est en gros jugée bienvenue pour régler certains détails par ces partis politiques de la majorité présidentielle.  Sauf qu’un cadre du Msc, s’exprimant sous anonymat, trouve suspect que ce soit le chef du gouvernement qui conduit la manœuvre en lieu et place d’un haut cadre du Rdpc. Une appréhension jugée juste par Mathias Eric Owona Nguini. Le politologue joint au téléphone par Le Messager estime que l’instrumentalisation du Premier ministre qui n’occupe même pas une position stratégique au sein de l’appareil du Rdpc au pouvoir, est une manœuvre pour montrer aux leaders politiques bénéficiant de ce cadeau présidentiel qu’ils font l’objet de l’attention du régime au plus haut niveau. Comme lui, de nombreux observateurs y voient une manœuvre politique qui, au-delà de la fête du 20 mai 2011, vise  l’élection présidentielle de cette année.

Cet avis n’est pas partagé par Guy Roger Malanga, président de la Force populaire du Cameroun (Fpc), autre bénéficiaire de la dotation du président de la République. Pour soutenir que l’acte du régime de Yaoundé ne vise pas spécifiquement le scrutin annoncé en fin d’année, il indique que très souvent, à la veille de la fête nationale, les partis politiques de la majorité présidentielle reçoivent un appui financier pour mieux préparer leur participation au défilé du 20 mai. Mieux, que son parti entend investir un candidat à la présidentielle de 2011, pour faire face à Paul Biya. C’est ce fil rouge que suivent maître Men, président du Pouc et Abe Nna Fils, président du Pur tous bénéficiaires des largesses du chef de l’Etat. Un argumentaire qui  laisse toujours dubitatifs de nombreux leaders politiques n’ayant pas été associés à la démarche. C’est le cas notamment du Bloc pour la reconstruction et l’indépendance économique du Cameroun (Bric) qui a choisi de ne pas participer au défilé du 20 mai après cette « mesure discriminatoire de Paul Biya qui se sert de l’argent public pour financer les activités de certains petits copains ».

Focal. Majorité présidentielle : une nébuleuse

Parmi les partis bénéficiaires de la libéralité de Paul Biya, ne figurent le nom d’aucun parti ayant pignon sur rue ou presque. Les 20 partis politiques triés sur le volet, auraient été recensés sur la base d’un acte de soutien au candidat du Rdpc posé au cours des consultations électorales précédentes à celles de cette année. C’est le cas du Msc qui revendique un soutien à Paul Biya, à l’occasion de la présidentielle de 2004 ou du Fpc dont le président national défend une ancienneté de 17 ans au sein de la majorité présidentielle. En dehors de ces actions par à coups,  la majorité présidentielle ne revendique pas une structure, ou une composition précise. Son cadre légal est inconnu de la plupart des états-majors des partis politiques qui profitent de ses juteuses attentions. De même,  nul ne connaît le nombre de partis qui la composent, les chiffres étant fluctuants au gré des évènements. 

Ernest Pekeuho, président du Bric n’hésite pas à la taxer de nébuleuse au vu de ces contours brumeux. Mais pour Eric Mathias Owona Nguini, la majorité présidentielle qu’il faut distinguer de la majorité gouvernementale (où l’on retrouve l’Undp, l’Andp, ndlr) n’est ni plus, ni moins qu’un « cartel d’acteurs politiques qui travaillent  pour la domination de Paul Biya en tant que chef de parti. Le nombre important de formations politiques associées à cette plateforme peut alors agir comme élément de cosmétique politique pour justifier la majorité écrasante du Rdpc ».

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