17/05/2011 01:18:23
Diplomatie: Yaoundé fait les yeux doux à Paris
Le chef de l’Etat camerounais multiplie les gestes de séduction vis-à-vis de son homologue français. Lequel ne le porterait pas dans son cœur. Dans la perspective de la prochaine présidentielle ?
Le Messager
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Le chef de l’Etat a regagné le Cameroun hier lundi, 16 mai 2011 au soir après plus de deux semaines d’une escapade à l’étranger. Parti fin avril dernier en visite officielle au Vatican, à l’occasion de la béatification du Bienheureux Jean Paul II, le président de la République qu’accompagnait son épouse Chantal Biya n’a pas cru bon de regagner le Cameroun immédiatement après, comme la plupart de ses homologues africains qui ont pris part à cet évènement religieux très couru. De manière officieuse, on apprendra ainsi que Paul Biya a préféré se rendre en Suisse, précisément dans la ville de Genève.

 Mais avant de se rendre en Suisse, des sources bien introduites affirment que Paul Biya aurait eu une intense activité diplomatique à Rome. D’abord, il a visité la résidence du Cameroun (en état de délabrement), et a rencontré des membres de la communauté camerounaise vivant en Italie. Tout comme Paul Biya aurait mis à profit son séjour au Vatican pour intensifier et densifier des contacts et des consultations en vue de la prochaine présidentielle au Cameroun. D’aucuns parlent ainsi « d’une importante opération de lobbying », dont on pourrait voir les effets dans les prochains jours.

Le retour de Paul Biya n’est pas un hasard du calendrier. Il a été dicté par la célébration, le 20 mai, de la fête nationale à laquelle le président qui aurait sans doute aimé prolonger son séjour vacancier, ne pouvait y couper. Comme d’habitude donc, le chef de l’Etat devrait donc présider la cérémonie pour laquelle le Rdpc, le parti présidentiel, qui depuis multiplie des appels pressants pour qu’il puisse présenter sa candidature à la prochaine élection présidentielle, entend faire valoir sa mobilisation. Dans l’entourage de Paul Biya, on veut se saisir de cette occasion pour « montrer au monde que le peuple camerounais tient encore, plus qu’hier, au président Paul Biya et réclame avec détermination sa présence à la tête du pays ». La présence de 15 journalistes français (ils arrivent ce 16 mai 2011), au Cameroun, participe ainsi que l’a révélé notre confrère Le Jour, de cette campagne de kilav du régime en place.          

Convaincre Sarkozy ?

C’est que paradoxalement, Paul Biya semble embêté d’être presque le favori de la prochaine présidentielle devant la déliquescence de l’opposition, visiblement incapable de fédérer ses forces. «L’adversaire actuel du président se trouve à l’étranger. Il se dit de plus en plus que la France de Nicolas Sarkozy ne serait pas très favorable au fait qu’il puisse se représenter. Et que le président serait usé par 29 ans de pouvoir », reconnaît un politologue proche du pouvoir. Une telle perspective ne déplaît pas aux idéologues du régime qui comptent sur le sentiment anti-français des Camerounais pour légitimer le candidat Biya...

Lors de son séjour à Rome, on a vu Paul Biya échanger avec des membres de la délégation française, tels que le Premier ministre français François Fillon, le ministre de l’Intérieur (et non moins ancien conseiller très écouté de Nicolas Sarkozy) Claude Guéant, et le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, ami du président Biya. Le « Nnom Ngi » structurerait-il quelques poches de rapprochements avec ces personnalités qui font partie du sérail politique français, et que Nicolas Sarkozy consulte quotidiennement ?

Ces derniers mois, avec la diplomatie de prudence que mène Paul Biya, on a semblé entrevoir quelques divergences dans les dossiers de la crise post électorale en Côte d’Ivoire et de la guerre que mène en Libye les Occidentaux (principalement la France ) contre le régime du colonel Kadhafi. Paul Biya serait-il dans une logique d’apaisement avec les dirigeants français qui pourraient bien avoir quelques états d’âme à son endroit ? Les félicitations adressées à Alassane Dramane Ouattara pour  « sa prestation de serment » et l’annonce de sa présence effective à Yamoussoukro le 21 mai prochain pour l’investiture du successeur de Laurent Gbagbo seraient ainsi les premiers signes visibles que Paul Biya met de l’eau dans son vin.

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