24/05/2011 13:12:12
Et si Biya changeait ?
Il est bien connu que tout le monde a le droit à la conversion. Même le président Biya qui, selon toutes les apparences, serait obnubilé par le pouvoir en même temps qu’insensible aux aspirations et aux souffrances de son peuple.
Le Messager
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Il est bien connu que tout le monde a le droit à la conversion. Même le président Biya qui, selon toutes les apparences, serait obnubilé par le pouvoir en même temps qu’insensible aux aspirations et aux souffrances de son peuple. Au bout d’un règne trentenaire auquel seuls les barons du Rdpc s’accordent à donner un quitus bien hypocrite de bonne gestion, mais qui  au moins a le mérite d’avoir octroyé aux Camerounais le droit de geindre sous le poids des souffrances inhérentes à l’extrême pauvreté du grand nombre et devant l’arrogance de ses oligarques, Paul Biya n’est sûrement pas trop vieux pour comprendre, ou être susceptible de comprendre qu’autour de lui, il n’y a que mensonge permanent dans le but de l’isoler de ceux pour qui il est au pouvoir. Et dans ce cas, il lui suffirait, même si ce n’est pas sans risque, de desserrer cette ceinture qui le maintient en otage hors d’atteinte de son peuple.

Qu’un menteur ne soit jamais cru lorsqu’il dit la vérité, ainsi que le veut le dicton populaire, ne lui enlève pas a priori le droit de devenir véridique. Il n’est pas interdit non plus d’être d’accord quelquefois avec  St Augustin que « pour rendre un homme meilleur il faut s’obstiner à le croire bon ». Pourquoi donc forcément penser qu’au soir de sa vie, Paul Biya ne soit pas capable de prouver qu’il a été induit en erreur et son projet démocratique dévoyé par des compagnons en qui il croyait ? Au contraire, on y croirait ferme si au-delà de ce qui ressemble à sa conversion au dialogue politique, il ne continuait pas à jouer à l’accordéon avec les lois électorales, et ne dansait pas le tango italien avec Elecam ! C’est ce positionnement de « joueur » machiavélique à « qui perd gagne », qui introduit l’incertitude dans les significations possibles de ses gestes symboliques à l’égard de l’opposition.

Que le chef d’un Etat républicain reçoive les opposants à son gouvernement dans le cadre d’une visite officielle en région, ou en les invitant au Palais présidentiel, ne devrait pas constituer un scandale.

Sauf à considérer qu’un parti d’opposition n’est pas  d’abord une force de proposition, et que les rapports entre l’opposition et le pouvoir sont des rapports de guerre et donc d’ennemis, sans aucune urbanité  Dans l’hypothèse opposée, on doit à la démocratie de considérer, jusqu’à preuve du contraire, que le flirt entre Biya et Fru Ndi n’est pas la face visible d’un deal impur conclu sur le dos des Camerounais, soit en vue d’un prochain partage de prébendes, soit en vue d’un passage de témoin qui nécessiterait bientôt une nouvelle manipulation constitutionnelle.

On peut par ailleurs se demander ce qui fait forcément croire que les responsables des partis d’opposition qui siègent à la tribune du 20 mai à Yaoundé y vont pour faire allégeance au président Biya,  du moment où tous les partis politiques camerounais considèrent sans réserves exprimées que le 20 mai est « la fête nationale » et qu’il faut y aller regarder défiler l’armée nationale.

En réalité, les rapports entre le pouvoir et l’opposition camerounaise devraient être plus conviviaux et sans compromission si tous recherchaient le bien commun du pays à travers un dialogue sincère. Le problème, c’est qu’ils sont tous moins préoccupés par ledit bien commun que par les moyens de conquérir le pouvoir, ou de s’y maintenir pour eux-mêmes, sans le peuple ou contre le peuple si besoin est.

Cela se traduit dans l’opposition par la crispation des leaders sur leurs positions souvent passionnelles, et donc belligérantes ou dérisoires, et dans le Rdpc par la privatisation du pouvoir d’Etat que permet le cumul des fonctions de président du parti et de président de la République. Privatisation qui donne impunément au parti au pouvoir la latitude de transformer l’administration publique en simple appareil partisan.

« Le paysage politicien » camerounais montre ainsi une opposition atomisée dont les particules impuissantes gravitent autour d’un parti administratif (ou parti-Etat selon certains)  qui monopolise les moyens humains et matériels de l’Etat à son seul profit, et en parfait outrage à la république. Dans une telle situation, si tous les partis sont persuadés comme il s’avère, que chacun d’eux n’a que ses militants comme électeurs, ou que les électeurs qu’il aura inscrits, il va de soi que M. Biya soit déjà considéré comme réélu en octobre 2011. Cela peut justifier aussi que Paul Biya soit suspecté dans toute attention qu’il porte aux partis d’opposition, de vouloir s’allier ceux  d’entre eux qui ont une base populaire achetable.

De là à penser que John Fru Ndi veut dérouler le tapis rouge devant Paul Biya en octobre prochain en s’organisant une abstention qui empêcherait ses militants d’aller voter, il n’y a qu’un pas que beaucoup franchissent déjà. D’autant plus que l’ambiguïté de son discours n’est pas de nature à démontrer le contraire. Dire, à cinq mois de l’élection présidentielle, qu’elle n’aura pas lieu si Elecam n’est pas revue et s’il n’y a pas de refonte des listes électorales, cela veut dire quoi exactement ?

Cela veut dire que : soit le leader du Sdf est informé que Paul Biya  qui a parlé récemment d’élections au pluriel mijote un report aux fins de satisfaire ces exigences qui sont celles de toute l’opposition et de la société civile, et de coupler la présidentielle avec les sénatoriales ; soit il sait que M. Biya va passer outre ces exigences comme il en est coutumier dans son défi permanent contre son peuple, et lui  Fru Ndi a les moyens d’empêcher l’élection (mais lesquels ?).

En somme entre l’énigmatique Fru Ndi qui semble jouer avec une toupie, et le flegmatique Paul Biya qui continue de croire au mensonge de ses notables selon lequel le peuple camerounais est confiné à la dimension Rdpéciste, quelque chose oscille pour les deux hommes, entre un manque d’assurance et un poker menteur.

Pour que Paul Biya promulgue aujourd’hui de nouvelles lois électorales allant dans le sens exactement contraire de la transparence que l’on attend de la prochaine présidentielle, il faut qu’il ait le désir incompressible de se faire élire sans coup férir. Ou alors qu’il veuille mettre à l’étrier le pied d’un successeur à la tête du parti qui en serait forcément le candidat naturel. Ce serait sa surprise de fin de règne, comme lui il fut celle de son « illustre prédécesseur ». Mais, revenons sur terre !!!

Jean Baptiste Sipa

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