25/05/2011 03:52:22
La croisade de Sarkozy contre la Libye - Les bombardements continuent
Présentée au départ comme une opération de sauvegarde humanitaire, l'intervention armée de la France, de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis et de l'OTAN contre la Libye est devenue une véritable guerre contre l'Etat libyen, un soutien affirmé à une rébellion, une entreprise de destruction ruineuse et meurtrière pour un peuple.
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Libye. | REUTERS/© Goran Tomasevic / Reuters

 

A un moment où la rébellion avait une apparence de succès, où Khadafi qui semblait aux abois menaçait Bengazi, la capitale de la sédition, de représailles par les bombes, une opération internationale pour une zone d'exclusion dans l'espace aérien était justifiée. Mais l'opération devait se limiter strictement à empêcher le survol de bombardiers lybiens autour de la ville de Bengazi.

Le flou de la résolution 1973 adoptée sans veto certes mais sans l'accord de la Chine ni de la Russie a permis cette succession de frappes des avions de la France puis de l'OTAN à laquelle nous assistons depuis maintenant près de trois semaines et qui fait un vaste champ de bombes d'un territoire dont on voulait exclure les bombardiers. Convois militaires détruits, soldats tués en nombre, civils pas épargnés, bombardements sur Tripoli autour de la résidence de Khadafi, bombardement sur Syrte également, sa ville natale : les avions de l'OTAN, soutenus par les croiseurs US au large de la Libye qui expédient leurs tomahawks, font tomber du ciel une pluie de feu sur la terre libyenne. Un feu dont on est très loin de connaître à l'heure actuelle tous les ravages. Il faut savoir cependant que les missiles américains sont fortement suspects de contenir de l'uranium appauvri.

A cette guerre militaire, destructrice et meurtrière, s'ajoute une guerre médiatique qui ne dit pas son nom mais dont l'efficacité est redoutable parce qu'elle paralyse les opposants. Il s'agit d'accréditer l'idée que cette opération libyenne serait une action de soutien à un peuple révolté unanimement contre son oppresseur. La Libye serait une immense place Tahrir où une foule de civils désarmés criant leur colère serait menacée de massacre par les sbires d'un tyran. Ce qui se passe en Libye n'a absolument rien à voir avec ce qui s'est passé en Egypte. La Libye est un pays plutôt riche, relativement développé où les travailleurs tunisiens et égyptiens venaient chercher des salaires beaucoup plus élevés que ceux qu'ils pouvaient espérer dans leur pays. Khadafi n'est pas le tyran excécré par l'ensemble du peuple qu'on veut nous peindre, il l'est certes par la plupart des membres de la tribu Warfallah dans la région de Bengazi qui s'estiment loin d'avoir pu profiter comme les autres libyens du développement du pays, mais il s'agit d'un mouvement de dissidence, non d'une révolte de tout un pays contre son chef.

Cette dissidence qu'on veut nous présenter sous le jour le plus favorable, pleine de vertus démocratiques, regroupe en fait un agrégat composite parmi lesquels on trouve des libyens très occidentalisés, soutiens des anglo-saxons, mais aussi des djihadistes qui ont combattu en Irak, des extrémistes islamistes très proches d'Al Qaida. Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) a assuré les rebelles libyens de son soutien total. Elle lorgne bien sûr sur les puits de pétrole de l'est. D'après le président tchadien, elle se serait emparé de missiles sol-air exfiltrés dans leur sanctuaire de Ténéré grâce à des complicités parmi les révoltés de Libye.

Il ne s'agit pas bien sûr ici de condamner la rébellion ni d'approuver quelque répression que ce soit. Mais il s'agit de dénoncer le mythe qu'on veut construire d'un peuple désarmé, uni, épris de liberté et de démocratie, luttant contre un tyran féroce qui n'aurait le soutien que de quelques fous. Si une grande partie du peuple libyen ne soutenait pas Khadafi, son armée ne serait pas victorieuse malgré les coups terribles que lui infligent les armes occidentales. La Libye est dans une situation de guerre civile et le camp rebelle n'apparaît nullement en situation de l'emporter contre le camp du pouvoir légitime. Il faut prendre acte de cela.

Bien loin d'en prendre acte, de tout entreprendre pour aider à des négociations internes qui permettraient justement d'éteindre le feu de la guerre civile, les coalisés, Français et Anglais en tête, veulent intensifier les bombardements, terroriser les libyens fidéles à Khadafi pour les contraindre à lâcher leur chef. On parle beaucoup de folie à propos de Khadafi. Mais en l'occurence c'est ce but de guerre qui est fou, tout en étant criminel. Et en plus stupide. Plus les avions français et anglais déversent inconsidérément les bombes, plus Khadafi apparaît comme l'homme de la résistance d'un peuple contre l'agression étrangère. Plus les rebelles apparaissent les complices des "croisés". Plus la réconciliation nationale éminemment souhaitable en Libye apparait compromise.

Jeudi, Sergueï Lavrov, ministre russe des affaires étrangères jugeait d'une "importance absolue" de ne pas forcer par la force les décisions en Libye comme dans les pays arabes. L'Allemagne est dans une position proche de la Russie. Pas la France. Allemagne, Russie, France, c'étaient les trois grands pays à mener l'opposition contre la guerre en Irak. Les choses ont bien changé depuis. Sarkozy qui a accentué la participation de la France à la guerre en Afghanistan, qui fut un soutien à l'intervention américaine en Irak et qui semble avoir un compte personnel à régler avec Khadafi comme Bush semblait en avoir un avec Saddam Hussein conduit désormais à sa guise la politique française. Il est grand temps de dire très fort que la politique guerrière en Libye, contraire à tous les droits et porteuse de tous les dangers, n'est pas acceptable.

Clément Dousset

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