13/07/2009 15:12:32
Protocole de Maputo : Le Cardinal Tumi écrit Paul Biya
L’Eglise catholique a organisé une marche samedi dernier à Douala pour protester contre la ratification du Protocole de Maputo. Des pétitions remises au gouverneur de la région du Littoral, ainsi qu’un courrier au président de la République.
Le Messager
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C’est à 7h50 que le décor se plante véritablement à la cathédrale Saints Pierre et Paul de Douala. La chorale de circonstance lance les premières adorations. Ceux qui se trouvent dans l’enceinte à ce moment pour la messe relative à la marche de protestation contre la ratification du protocole de Maputo sont priés d’attendre encore dehors. « Les fidèles des différents groupes de dévotion sont priés de commencer le chapelet », entend-on dans les multiples baffles haut-parleur installés dans l’enceinte de la cathédrale. Les premiers groupes de fidèles catholiques ayant pris part à la marche le long de certaines artères de la ville de Douala arrivent aux alentours de 8h30. La particularité de ces groupes, conduits pour certains par des prêtres, c’est qu’ils suivent leur marche en priant.

Vers 9h15, la fièvre monte d’un cran, lorsque le cardinal Christian Tumi, archevêque de Douala, rejoint un groupe qui faisait son entrée dans le hall de la cathédrale. Aussitôt, les chants montent, adorations et louanges, eux qui sont une expression de joie, un signe de vitalité. Ce qui explique d’ailleurs la raison pour laquelle la messe est célébrée. Ici, on veut célébrer la vie, laquelle vie est en voie de destruction de par l’ouverture donnée par l’article 14 du protocole de Maputo, qui ouvre des perspectives pour l’avortement. Une disposition contraire à la doctrine de l’Eglise catholique. Les dignitaires de cette église dans sa province ecclésiastique de Douala ont tenu à exprimer leur désapprobation quant à la ratification de ce protocole. Ils ont organisé et obtenu des fidèles une marche silencieuse qui les conduisait de leurs paroisses jusqu’à la cathédrale.

Lutte pour la vie

La marche s’est déroulée sans heurt, puisque les forces de l’ordre, mobilisées en grand nombre pour la circonstance, assuraient l’ordre dans les carrefours et évitaient que cette marche ne connaisse de dérives. Pour ceux des fidèles qui se sont retrouvés avec des pancartes annonçant l’objet de la marche, ils ont été tout simplement éconduits, et les pancartes retirées. Même l’artiste musicien Joe la Conscience, l’activiste, qui s’est retrouvé dans l’enceinte de la cathédrale, a été sommé par la police de quitter les lieux. Il a été conduit par cette police dans un commissariat jusqu’à ce que finissent les cérémonies. En tout cas, ceux qui voulaient exprimer leur indignation face au protocole, étaient invités à signer une pétition sur l’un des 20 points installés dans l’enceinte de la cathédrale.

Pour sa part, le cardinal Christian Tumi, contrairement à ceux qui laissaient croire que cette marche n’était qu’une initiative des chrétiens, a démontré le contraire. Accompagné de Mgr Kleda et d’une bonne fourchette de prêtres de l’archidiocèse de Douala, il a réitéré la position de l’Eglise catholique par rapport à la ratification par le Cameroun du protocole de Maputo. « On ne peut pas, au nom des libertés, permettre à la femme de supprimer la vie au moyen des avortements. Nous sommes pour la culture de la vie et non de la mort. Nous proclamons notre foi en la vie, en Jésus-Christ qui en est le seul Maitre, et rejetons de fait tout ce qui lui est contraire ».

Interpellation de Biya

Et sachant que le combat ne sera pas facile, il balise les voies afin d’éviter tout amalgame. « Nous ne luttons pas contre les hommes ni les institutions. Ce serait contre la volonté de Dieu qui voudrait que tout le monde soit sauvé. Nous avons à lutter contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes ». Comme sentence finale, il déclare que « Les pensées véhiculées en ce moment vont contre Dieu. Le danger qui nous guette aujourd’hui est que les hommes ont tendance à prendre le mal pour le bien. Aucune raison ne peut être avancée pour provoquer l’avortement et l’infanticide qui sont des abominations».

C’est vers 13h que la marche en direction des services du gouverneur de la région du Littoral commence, avec à sa tête le cardinal Tumi. Des milliers de personnes ont ainsi pris d’assaut la route pour la remise des pétitions et du courrier adressé au président Paul Biya. Le cardinal sera reçu à l’entrée des services du gouverneur, sur l’esplanade par le secrétaire général de la région, Jean Abate Edi’i, le préfet du Wouri, Okalia Bilai, et le sous-préfet de Dla 1er, Etoa Mballa. Même si le cardinal n’a pas révélé la teneur de ce courrier, il est probable qu’il contienne la position de l’Eglise catholique par rapport à la ratification du protocole de Maputo, lettre qui circulait déjà il y a quelques semaines dans l’archidiocèse de Douala, et qui demandait au président Biya de signer un décret qui annule l’application de ce protocole. Il lui est par ailleurs dit que ce sont ses collaborateurs qui l’ont induit en erreur et qu’il faudrait qu’il se rattrape.

Joe la Conscience arrêté puis relâché

L’évènement qui a failli créer l’amalgame dans la marche de protestation organisée par les dignitaires de l’Eglise catholique aura été incontestablement l’interpellation de l’activiste et artiste Joe La Conscience. Dans sa traditionnelle tenue aux couleurs du drapeau du Cameroun, vert rouge et jaune, il est arrivé dans l’enceinte de la cathédrale Saints Pierre et Paul avant 8h, et portant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire entre autre qu’il ne faut pas abandonner le pays aux mains des homosexuels. Sa présence est diversement interprétée. Pour certains fidèles catholiques, cette présence est la mal venue. Elle jette du trouble aux objectifs poursuivis par l’archidiocèse de Douala. « Nous n’organisons pas un meeting politique. C’est une marche ordinaire et silencieuse organisée pour exprimer notre refus face à une situation. Nous n’avons pas besoin de soutien des activistes politiques ». Pour la police, l’artiste Joe la Conscience se présente en récupérateur politique. C’est pourquoi il est interdit de prendre part à cette manifestation. Il sera interpellé et interné dans les locaux du commissariat du 4ème arrondissement de Douala. Il sera par la suite relâché dans l’après-midi sur instruction, apprend-t-on du délégué régional de la sureté nationale du Littoral, le commissaire divisionnaire Joachim Mbida Nkili. Pour l’artiste, il n’a jamais été question d’une quelconque récupération politique. « Je suis venu prendre part à une marche citoyenne qui a des revendications citoyennes. Il n’a jamais été question pour moi de récupérer quoique ce soit ». Même les dignitaires de l’Eglise catholique ne se sont pas attardés sur cette interpellation. Eux qui ont demandé que la marche soit silencieuse et sans pancartes. Les pancartes que brandissaient certains fidèles ont été récupérées par la police. « Une marche silencieuse se fait silencieusement, sans messages écrits ou parlés. Il n’y a que la prière qui est autorisée dans ce cas. C’est une stratégie qu’a voulue le cardinal Tumi pour éviter tout affrontement avec la police », explique un membre du comité d’organisation de la marche.

Robert NGONO EBODE

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