25/05/2011 13:24:33
Cameroun: Un parti politique annonce des villes mortes pour le 1er juin
La Révolution camerounaise du peuple uni (Rcpu) qui revendique la férule d’un Conseil national de transition pour la démocratie exige la démission de Paul Biya et la mise en place d’un gouvernement de transition dirigé par l’armée pour surseoir à son projet de désobéissance civile.
Le Messager
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

La Révolution camerounaise du peuple uni (Rcpu) qui revendique la férule d’un Conseil national de transition pour la démocratie exige la démission de Paul Biya et la mise en place d’un gouvernement de transition dirigé par l’armée pour surseoir à son projet de désobéissance civile.

« Il va démissionner ! Ne vous inquiétez pas. Je vous dis qu’il va démissionner ». C’est la seule réponse que donne Abba Aboubakar, le président de la Rcpu aux journalistes invités à la va-vite à son domicile du quartier Kondengui à Yaoundé  hier, 24 mai 2011. Les hommes de médias voulaient savoir quelle stratégie il compte mettre en œuvre pour accéder à la demande de démission qu’il a adressée au chef de l’Etat. Mais, c’est finalement acculé par la presse qu’il confie que si jusqu’au 31 mai 2011, l’homme du 6 novembre 1982  n’était  parti du palais de l’Unité l’on assistera à une opération ville morte et de désobéissance civile qui se fera, précise-t-il sans aucune effusion de sang ou de manifestation violente.

En effet, le Rcpu agissant sous la houlette du Conseil national de transition pour la démocratie (Cntd) nouvellement créé,  a en effet saisi le 23 mai 2011 le président de la République par un courrier dont la mention en objet est « votre démission immédiate ». Dans le corps de la correspondance déposée au service du courrier (en atteste la décharge), son expéditeur indique à l’attention de son illustre destinataire qu’il a « trahi le peuple camerounais par un faux serment ». Abba Aboubakar renchérit que Paul Biya a lui-même compromis sa légitimité en refusant  délibérément d’appliquer la loi qu’il a juré de protéger. Il s’agit notamment des dispositions de la loi n° 91-20 du 16 décembre 1991 fixant les conditions d’élection des députés à l’Assemblée nationale modifiée et complétée par la loi n° 97-13 du 19 mars 1997 et n° 2006-009 du 29 décembre 2006 en ses articles 10 et 67. Ces textes prévoient substantiellement l’organisation d’élections partielles pour le remplacement des députés décédés. Eu égard à ce que cette formation politique et certains alliés qu’elle dit tapis dans l’ombre taxent  de violation de la loi et de la constitution, elle demande la démission de Paul Biya soulagé  désormais de toute légitimité.

Fanfaronnade

Seulement,  le Rcpu qui revendique une coalition de 39 autres partis politiques et des leaders de la société civile promet qu’à terme,  elle assurera la gestion des affaires publiques jusqu’à l’organisation d’une élection présidentielle. Mieux, que ladite coalition agira sous la coupole d’un officier supérieur de l’armée dont le nom est tenu secret. Fanfaronnade ? Abba Aboubakar qui a également demandé la démission du président de l’Assemblée nationale précise aux journalistes qu’en couvrant son point de presse, ils assistent à quelque chose d’historique. Car, « Paul Biya qui n’a pas le choix va démissionner ». Mais prévient-il, il ne faut pas voir derrière son action la volonté de quelque puissance étrangère que ce soit, comme essaye de diffuser  au sein de l’opinion certaines pontes du régime de Yaoundé. Question de journaliste : « Pourquoi ne pas attendre l’élection prévue pour la fin d’année pour battre Biya à la régulière ? » Réponse : «  Il s’est lui-même mis en posture d’illégalité et d’illégitimité. Le monde entier le sait. Sa démission est attendue ». On saura le 1er juin 2001 s’il s’agit d’une autre forfanterie...

Focal: Menaces dérisoires...

La sortie d’Abba Aboubakar pourrait faire sourire si le sujet lui-même n’était si important. D’un côté, une revendication légitime consacrée par la Loi , mais bafouée par le pouvoir au nom des intérêts égoïstes et partisans : l’obligation de procéder au remplacement des députés décédés en cours du mandat. Une nécessité qui provient de l’exception bien camerounaise qui veut que le suppléant ne puisse pas remplacer le titulaire au risque que le premier, usant de cette préogative, ne recherche la mort du second ! On se demande alors pourquoi dans ce cas, l’affluber de l’épithète de ‘suppléant’ s’il ne peut, en cas d’empêchement ponctuel ou définitif, prendre la place du titulaire.Passons.

De l’autre côté, On ne peut banaliser le discours de la Rcpu pour au moins deux raisons : d’abord, il s’agit d’un appel à la démission du chef de l’Etat, une institution protégée par les mêmes lois que les concernés invoquent. La démarche aboutissant à leur appel obéit-il à la procédure légale en la matière ? Qu’il s’agisse de la vacance ou de la haute trahison entre autres, le cas doit être dûment constaté par le Cour constitutionnelle. Un rôle actuellement dévolu à la Cour suprême, en attendant la mise en place des nouvelles institutions prévues par la Constitution. Or , on se souvient justement que la cause défendue par le Rcpu a été portée devant cette juridiction, sans résultat probant pour l’instant.

Ensuite, l’appel d’Abba Aboubakar à la ville morte, outre qu’il pourrait réveiller de vieux démons, se place en porte à faux avec l’opposition républicaine. Celle qui doit conquérir le pouvoir à la régulière, c’est-à-dire par les urnes. Cette perspective ferait-il peur à ce parti ? L’évocation d’un militaire tapi dans l’ombre n’est, en tout cas, pas pour rassurer l’opinion et pourrait même produire un effet boomerang.

Par ailleurs, ce moyen peut apparaître dérisoire pour faire plier un régime qui, en plus de 29 ans, a su résister à toutes les bourrasques, pliant parfois au gré de la conjoncture, mais ne rompant jamais. De quel moyen coercitif dispose la Rcpu pour contraindre Paul Biya à quitter Etoudi ? Un clan qui n’a pas hésité à tirer sur des manifestants aux mains nues pour conserver son pouvoir pourrait-il céder devant les menaces dérisoires d’un parti à la représentativité aléatoire ? On peut en douter, et se demander quelles sont les véritables motivations des auteurs de l’appel à la démission de Paul Biya dont même la pression internationale n’arrive toujours pas jusqu’ici à avoir raison de la soif du pouvoir éternel. Et s’il s’agissait d’un simple bluff destiné à animer la galerie ?

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE