10/08/2019 22:28:57
Cameroun- 8 mois après l'arrêt des poursuites contre des opposants, la justice de Biya les condamne à leur insu à 6 mois de prison ferme

On parlerait de feinte ou de dribble judiciaire au Cameroun, que cela ne serait qu'un doux euphémisme, rapporté au scandale  qui s'est produit le 8 août à Douala au Cameroun.

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On parlerait de feinte ou de dribble judiciaire au Cameroun, que cela ne serait qu'un doux euphémisme, rapporté au scandale  qui s'est produit le 8 août à Douala au Cameroun.

A l'issue d'un rodéo judiciaire que d'aucuns disent improvisé pour les besoins de la cause, la justice camerounaise vient de condamner lourdement 41 personnes en faveur desquelles elle avait pourtant ordonné un arrêt des poursuites le 4 décembre dernier.

Une peine privative de liberté d'une durée de 6 mois ! C'est le "tarif" infligé à 41 des 45 militants du MRC arrêtés lors de la marche inaugurale de protestation contre le hold-up électoral  du 27 octobre 2018 à Douala.

Arrêtées le 27 octobre 2018 lors de la marche pacifique de résistance nationale contre le "vol de la  victoire" du candidat à l'élection présidentielle Maurice Kamto, ces personnes dont l'avocate Michèle Ndoki avaient été libérées tard dans la soirée du même jour et mises en accusation par le Parquet du Tribunal de Première Instance de Douala Bnanjo pour des faits de « manifestation illégale », « incitation à la révolte », « apologie du terrorisme ». Jugées finalement le 4  décembre alors qu'ils comparaissaient libres, ces militants du MRC furent libérés, le ministère de la Justice ayant ordonné l'arrêt des poursuites à leur encontre.


Cette décision judiciaire que beaucoup considérèrent alors comme logique, les prévenus n'ayant rien fait d'autre qu'user de leurs droits civiques et constitutionnels de manifester avait-elle été prise à charge pour les « relaxés » de faire montre de gratitude en abandonnant leur combat ? On peut aujourd'hui répondre par l'affirmative, car depuis lors, non seulement toutes les autres marches de protestation s'inscrivant dans le cadre de la revendication de la victoire volée de Maurice Kamto sont violemment réprimées, les marcheurs arrêtés, sauvagement torturés,  et emprisonnés et jugés par le Tribunal militaire en violation de la loi et des traités et chartes internationaux ratifiés par le Cameroun, et bien plus, risquent la peine de mort pour quelques-uns.

C'est dans ce contexte de répression de l'opposition politique poussée à son comble que survient cette condamnation des 41 militants du MRC qui n'avaient même pas connaissance de la "révision de leur procès" pourtant déjà vidé il y a huit mois, par la justice camerounaise qui donne la preuve, comme des analystes l'ont souvent relevé fort pertinemment, qu'elle est à l'image de l'exécutif camerounais dont elle n'est à la réalité qu'un satellite : une justice par embuscade. Car la justice camerounaise donne le sentiment depuis le début de la crise postélectorale d'un loup dans les bois qui surgit à n'importe quel moment, bondit sur ses proies, leur fait des procès dont les tenants et l'aboutissants ne tiennent qu'à une seule chose : leur mise à mort.

Sandra Andeme

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