01/06/2011 04:29:04
Cameroun : Un peuple fatigué et blasé?
Cette fois ci, que Paul Biya gagne ou ne gagne pas, il partira. Car il est déjà écrit qu'il doit partir. Une récréation ne peut s'éterniser. Comme le printemps arabe venant du Nord, il y a un mouvement irréversible de départ des dictateurs qui est en marche. Et Biya, que qui d'autre, le sait bien. Il n'échappera pas à ce vent de changement.
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C'est devenu une ritournelle que d'entendre dire que les Camerounais sont fatigués des élections présidentielles. Des changements qui ne changent pas. Et, bien sur, de la démocratie qui tourne en rond, cela au profit d'un même homme qui refuse ostentatoirement de partir.

Pourquoi donc faire des élections? Peut-on parler d'une volonté des autorités actuellement au pouvoir, de vouloir vraiment que les choses changent un jour à Étoudi et au Cameroun? Et de l'autre côté, ne doit-on pas affirmer qu'une bonne franche de l'opposition, comme la majorité de la population camerounaise souhaite aussi le changement?

Oui. Et c'est clair, car tout le monde le sait. Le statu quo arrange une poignée de camerounais qui tirent profit de la situation actuelle. Et s'il faut en croire la Loi de Pareto (80/20), ce petit nombre, soit 20% de camerounais, est la source de tous les blocus. Ce sont eux qui signent des motions de soutiens sans fondement par ci, par là, à la veille de chaque présidentielle. C'est dans ce quarteron qu'on retrouve ceux qui bloquent Elecam.

En avril 2008, ce sont eux qui ont conçu et appuyé la modification de la Constitution en deux temps deux mouvements pour garder Paul Barthélemy Biya'a Bi Mvondo au pouvoir afin de protéger leurs intérêts. Brisant ainsi l'entente de la Tripartite de 1991, consigné dans la constitution de 1996, et qui mettait Paul Biya hors course à la présidence cette année après ses deux mandats de 7 ans.
 
Cette même frange débat actuellement et épanche, à qui veut l'entendre, que Paul Biya doit se représenter. Alors qu'on sait très bien que la loi n'étant pas rétroactive, Paul Biya ne devrait normalement pas être candidat à sa succession, dans la mesure où il aura épuisé ses 2 mandats de 7 ans cette année. Ainsi, l'ancienne loi électorale s'applique à lui et,  par conséquent, le disqualifie.

Mais, ce sont ces mêmes 20% qui, coûtent que coûteront en vies humaines, entendent museler 80% de camerounais, même par la brutalité, dans leur volonté de voter pour un nouvel homme, frais et rassurant, à la tête du pays en octobre prochain.

Voilà pourquoi, comme des champignons de printemps sortant de terre, cette minorité est déjà en pré campagne avec qui des motions par ci, qui des appels du peuple par là, donc le but non avoué est de rester dans la mangeoire.

Cependant, qu'en est-il vraiment de la fatigue du peuple face aux élections?

C'est bien pourtant très simple, puisque le problème est lexicologique. Tenez-vous tranquille. Les camerounais ne sont pas fatigués. Nous sommes une eau tranquille.. Ce qui n'est pas la même chose qu'être fatigués. Nous sommes blasés d'être pris pour des imbéciles. Un point c'est tout. Blasés de voir notre environnement pollué par ces discours de prétentieux «courtisans du roi» dotés d'un gros ego, bien souvent souffrant d'une névrose narcissique, veulent endormir la population en leur faisant croire que le Cameroun est à eux. Non Messieurs, les Égyptiens ont démontré que l'Égypte n'était pas la propriété des Hosni Moubarak. La Tunisie a prouvé brillamment que la Tunisie n'était pas la terre privée des Ben Ali.

Les camerounais sont blasés des discours vides de cette poignée qui promettent de tout changer sans en avoir les moyens. Blasés que, d'une élection présidentielle à l'autre, ce soit du pareil au même. Si non, qu'ont-ils changé depuis la dernière élection de Paul Biya? Rien. Pourtant cela fait bien 7 ans, pour ne pas dire 29 ans qu'il dirige le Cameroun. Ils vont nous dire que le Camerounais est devenu, sous Paul Biya, un grand pays exportateur de matières premières. So what ! Avez-vous vu un changement dans votre vie quotidienne?

Pire, le choléra est toujours là par manque d'eau potable. Les braqueurs sont toujours là pour cause d'insécurité. Il y a toujours des morts sur nos routes au point où ces accidents mortels sont sur le point de ravir la première place des causes de mortalité au Cameroun pour manque d'un programme nationale d'infrastructures et de sécurités routières.

Les jeunes et autres diplômés universitaires  abandonnés à leur sort sont de plus en plus benskyneurs comme seul espoir de travail. En février dernier, il a fallu l'annonce d'une marche suite à la menace du printemps arable sur le Cameroun, pour que Paul Biya se réveille d'une hypersomnie donc lui seul détient le secret, pour annoncer 25 000 emplois. Comme quoi, demandez et vous l'aurez. Bien que ces 25 000 postes à créer ne pourront pas être occupés avant des années.

Dans la mesure  où on ne créé pas 25 000 emplois à la fonction publique d'un coup de tête magique. La création d'emplois doit être planifiée et faire partie d'un programme national d'insertion au marché du travail et de la gestion de la retraite. Il faut un partenariat solide et sincère avec le secteur privé. Entente préparée sur la base de la mise sur pied d'incitatifs pour le recrutement des jeunes finissants.  Souvenez-vous des 1500 diplômés recrutés chaque année par le régime Ahidjo et que malheureusement le régime Biya, dans son mépris et abandon de la jeunesse, avait mis fin sans raison alors qu'on sait que plus de 2000 fonctionnaires camerounais devraient en principe prendre leur retraite chaque année.

À bien y penser, absorber 25 000 employés d'un coup reviendrait en moyenne à environ 1000 recrus par ministère. Véritable casse tête n'est ce pas. Sans compter les 13 000 déjà prévus avant l'annonce du chef de l'État, comme se vante le Ministre de tutelle, se croyant capable de redresser la situation en moins de 12 mois. On verra, voici déjà le 6ème  mois de l'année en cours. Et rien n'est fait à mi-parcours. Qui plus est, s'il y avait tant de postes à la fonction publique, pourquoi avoir traîné les camerounais dans le chômage et la misère pendant 30 ans?

Biya : des promesses et toujours des promesses sans lendemain

Les Camerounais sont blasés du cynisme. Blasés de ces déclarations volubilitées des maîtres de la langue qui servent aux citoyens le contraire de la vérité sans pour autant risquer d'être convaincus de leur mensonge. Blasés du comportement belliqueux de ces 20% de personnes qui se croient investis par Dieu pour nous gouverner. Blasés d'être méprisés chaque fois qu'un chef de parti, fût-il le président de la république Paul Biya, lui-même, ment à ses compatriotes.

Où en sommes-nous avec l'exigence de la double citoyenneté et du droit de vote promis par Paul Biya à la diaspora en 2010 lors de sa visite en France et donc la sous section RDPC de France s'en était vantée?  Plusieurs mois après, la diaspora attend toujours le rapport de la tournée en Europe, Amérique et Afrique du «Comité interministériel de haut niveau», et donc le plus sérieux et le plus franc d'entre eux avait perdu son poste dès son retour au pays.

Où en sommes-nous avec l'académie du football promise aux jeunes amateurs, le 10 février 2010, à la veille de la fête nationale de la jeunesse? Plus d'un an après, l'ancien gardien de but, Bell Joseph Antoine désigné pour présider le comité de suivi, continue à présider une commission morte née, qui ne s'est jamais tenue et qui, connaissant les promesses pompeuses de Paul Biya, pourrait ne jamais se tenir. C'est tout simplement un autre serment pour leurrer les jeunes n'est ce pas.

Où en sommes-nous avec  le Sénat promis dans la constitution de 1996? Un Sénat qui même s'il était institué serait encore une source de gaspillage des impôts des concitoyens et de récompense des amis. À quand la déclaration des biens des élus prévus dans la Constitution Biya? Etc. etc.  Non. Nous ne sommes pas dupes de ces plaisanteries qui ont assez durées.

L'Octobre camerounais arrive
Fatigué vous dites?  Pas du tout. Car le camerounais «blasé» utilisé ici ne veut pas dire «fatigué». La définition que donne le dictionnaire Robert est, beaucoup plus proche de la réalité : qui en a assez, qui a dépassé la limite de sa tolérance. De même, si la liste des synonymes qu'en donne le même dictionnaire contient bien le mot «fatigué », les autres équivalences  du mot fatigué que sont blasé, dégoûté, désabusé, écœuré, qui en a assez, saturé, traduisent mieux, selon moi, les véritables sentiments qui amines, aujourd'hui, tous les camerounais, que l'on croit fatigués. Mais qui, il faut le dire, vont se réveiller. Vous pouvez en être certains, au lendemain de la prochaine élection présidentielle.

Tenez-le bien pour dit. Cette fois ci, que Paul Biya gagne ou ne gagne pas, il partira. Car il est déjà écrit qu'il doit partir. Une récréation ne peut s'éterniser. Comme le printemps arabe venant du Nord, il y a un mouvement irréversible de départ des dictateurs qui est en marche. Et Biya, que qui d'autre, le sait bien. Il n'échappera pas à ce vent de changement. Se retirer après 30 ans de pouvoir sans partage et ne pas se représenter en octobre prochain serait une action bienfaisante  pour sa santé physique et morale. Car il mériterait un repos salutaire. Pour le peuple, une transition en paix serait amorcée et les camerounais lui revaudront ce départ sans anicroche. Le contraire pourrait être fatal.

Martin Stéphane Fongang
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Martin Stéphane Fongang

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