03/06/2011 01:00:32
La dernière coupe de Thérèse Ngann
L’icône camerounaise de la couture et de la mode décédée le 30 mars 2011 sera inhumée demain samedi, 4 juin 2011 à Matomb.
Le Messager
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L’icône camerounaise de la couture et de la mode décédée le 30 mars 2011 sera inhumée demain samedi, 4 juin 2011 à Matomb.

Le magazine Héra dans sa livraison n°001de janvier-février 2011, a fait sonner le tocsin. «Une icône se meurt... aidons celle qui a tant donné à notre pays et à la haute couture africaine !». C’est que Thérèse Ngann, la plus grande styliste modéliste camerounaise avait été éjectée de la résidence qu’elle habitait depuis 1963, sise à l’avenue De Gaulle à Bonapriso-Douala. Une niveleuse ensuite a fait le reste. Résultat des courses, la belle bâtisse a été rasée. Sans coup férir! A 83 ans, elle a été contrainte de squatter un réduit dans le quartier malfamé de New-Bell.

La haute couturière engageait là une ultime descente aux enfers avant qu’une vilaine maladie ne vienne lui porter l’estocade finale le 30 mars 2011 à la polyclinique Muna où elle était internée. Demain samedi 4 juin 2011, la terre des ancêtres de la bourgade de Matomb va se refermer sur la vie d’une artiste aux talents incommensurables et à la trajectoire exceptionnelle. Promotrice d’Elégance couture, Thérèse Ngann qui a eu le privilège d’habiller deux premières dames du Cameroun, Germaine Ahidjo, Jeanne Irène Biya et d’autres têtes couronnées de la planète terre, a cravaché dans son domaine de prédilection. La mode, la haute couture, le stylisme.

C’est elle qui met le pied à l’étrier à une bonne fourchette de générations de stylistes, non sans faire éclore moult talents de mannequins. Esterella, l’une des stylistes modélistes ayant été moulée au sein de l’écurie de Thérèse Ngann est tétanisée en ce mercredi 2 juin 2011, jour de la levée de corps de celle qu’elle appelait affectueusement maman, dans les installations de la morgue de l’hôpital militaire de Douala. «Maman Thérèse Ngann est une icône de la mode africaine. Je suis à ses côtés depuis plus de 15 ans. J’ai bénéficié de ses précieux conseils. C’était une sagesse qui ambitionnait d’installer toutes ses collections au musée national. Dommage qu’elle n’a pas pu réaliser ce rêve. Néanmoins, Thérèse Ngann avait la haute couture au bout des doigts. Elle a travaillé toute sa vie à faire sortir la couture camerounaise de l’ombre,  à valoriser le tissu africain. C’est une grosse perte pour toute l’Afrique et le monde de la haute couture».a-t-elle pu déclarer entre deux sanglots.

Thérèse Ngo Ndjack, le nom de jeune fille de l’indémodable reine camerounaise de la mode, fait une entrée historique dans les dédales alambiqués du tissu, des conceptions, de la coupe et de la haute couture. Nous sommes alors en 1969 à Douala où elle fait son premier défilé de modes. Le public est séduit. Les clameurs de cette belle entrée atterrissent dans les salons feutrés de la présidence de la République. Thérèse Ngann âgée de 43 ans remet le couvert à Yaoundé 24 mois plus tard. Une collection de 45 modèles défilent sur le regard admiratif du président Ahmadou Ahidjo (de regrettée mémoire) et de son épouse Germaine Ahidjo qui parrainait alors la cérémonie.

A la vérité, Thérèse Ngo Ndjack apprend les ficelles et les rouages du métier aux côtés de Mme Clavery, ancienne pensionnaire de Christian Dior autour des années 1950. Des cours par correspondances à l’école de coupe et couture de Paris lui permettent d’affiner son génie, d’affermir son talent, de revigorer son art. Chemin faisant, elle enrichit son portefeuille clients et devient, au fil du temps, incontournable. Des médailles et récompenses sont glanées à la pelle. La louve camerounaise du glamour participe à plusieurs cérémonies et autres salons spécialisés en terre française et autres.

Elle reçoit le prix «Epi d’or» des mains de feu Léopold Ferdinand Oyono, alors ministre de la Culture ,  au festival national des arts et de la culture (Fenac), le prix Chantal Biya en 2002, le prix Massao en 2002 lors du Festival des voix de femmes. Thérèse Ngann décide alors de prendre une retraite bien méritée. En guise de reconnaissance, d’hommage rendu à une pièce maîtresse de la haute couture, les couturiers, stylistes, modélistes, mannequins de Douala organisent en 2008, le 80eme anniversaire de la reine de la mode. Thérèse Ngann quitte donc la scène de la haute couture, le 30 avril 2011, étant aphone.  Avec ses ciseaux en mains. Adieu !

Alain Njipou

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