05/06/2011 08:17:30
Dernière heure: Violents incidents à Yaoundé
Dans la foulée, outre les casses des véhicules de particuliers parmi lesquels des grosses cylindrées, des taxis et même des camions antiémeutes de la police et de la gendarmerie, de nombreux autres spectateurs ont été agressés dont certains ont carrément été déshabillés. Visés, les Lions Indomptables ont quitté le stade par un véhicule autre que leur bus sous bonne escorte policière.
Xinhua
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

De graves incidents, avec des véhicules incendiés et des passants attaqués par des dizaines de supporters en colère, ont été enregistrés samedi à Yaoundé après le match nul du Cameroun contre le Sénégal lors de la quatrième journée des éliminatoires de la Coupe d'Afrique des nations(CAN) de football de 2012 au Gabon et en Guinée équatoriale.

Pendant au moins quatre heures, des groupes de fans des Lions Indomptables ont paralysé la zone autour du stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé, furieux contre le capitaine Samuel Eto'o Fils pour son pénalty manqué et de ce qui pour eux apparait comme une élimination de la sélection nationale pour la prochaine CAN,qu'ils sont allés soutenir par dizaines de milliers pour la pousser à la victoire.

Dos au mur, le Cameroun, avec quatre points, au même titre que la République démocratique du Congo (RDC), derrière son adversaire du jour qui, lui, totalisait déjà 9 points grâce à ses trois matches gagnés de la phase aller des éliminatoires, n'a pas pu faire offrir à son public la victoire tant attendue pour relancer ses chances de qualification, malgré une prestation du reste encourageante.

Dans un pays où le football se vit pratiquement comme une religion et où les Lions Indomptables sont célébrés comme un symbole national, beaucoup de supporters n'ont pas digéré le faux pas fatal de leur équipe nationale. Défiant les forces de l'ordre déployées avant le match pour prévenir les débordements, des jeunes gens incontrôlés, à vue d'oeil drogués pour bien d'entre eux, se sont livrés à des actes de violence et de vandalisme en tous genres.

Dans la foulée, outre les casses des véhicules de particuliers parmi lesquels des grosses cylindrées, des taxis et même des camions antiémeutes de la police et de la gendarmerie, de nombreux autres spectateurs ont été agressés dont certains ont carrément été déshabillés. Visés, les Lions Indomptables ont quitté le stade par un véhicule autre que leur bus sous bonne escorte policière.

"C'est Eto'o que nous voulons. Nous voulons le tuer", disaient les vandales. Parfois, leurs propos sonnaient comme un avertissement aux autorités du pays pour leur annoncer la couleur de situations futures plus explosives. "C'est un exemple de ce qui va se passer", entendait-on encore. Et des allusions à la crise postélectorale ivoirienne. "C'est la milice de Ouattara qui arrive ", lançaient-ils aussi, s'adressant aux forces de l'ordre.

Pendant de longues heures, avant que les forces de l'ordre ne se décident à faire usage de gaz lacrymogènes après des intimidations avec les camions antiémeutes, c'est eux qui dictaient la loi dans toute la zone autour du stade Omnisports Ahmadou Ahidjo. Des heures de calvaire pour beaucoup de spectateurs restés bloqués dans le stade, a constaté un journaliste de Xinhua.

"Vous marchez avec les mains sur la tête. On est en Côte d' Ivoire ici ? Baissez-les ! Et courez", ordonnaient-ils, en réaction aux ordres des forces de l'ordre, aux passants obligés de parcourir à pied une longe distance et se faufilant, dans bien des cas, au quartier. Ils ont même poussé le bouchon très loin en tenant en respect un colonel de l'armée camerounaise. Des expatriés, habillés aux couleurs de la sélection nationale, ont été également pris pour cible.

"Le sport est ainsi fait. Je profite déjà pour dire grand merci au public qui nous a supportés de la première seconde jusqu'à la dernière. Les dieux du football n'ont pas voulu que les trois points basculent du côté camerounais", a déclaré, visiblement abattu, le capitaine Samuel Eto'o Fils lors de la conférence de presse d'après-match.

Sans savoir ce que son coup de pied manqué de la 88e minute du match allait provoquer comme expression de violence au sein de ce public qui en avait pourtant fait son idole suite à ses belles performances passées avec la sélection et en club en Europe, l' attaquant camerounais et un des meilleurs de la planète foot en ce moment, a reconnu "le public camerounais très très exigeant".

"Il ne faut pas que ce jeune groupe qui est né soit pénalisé. J’assume entièrement mes responsabilités. Quand je marque souvent, vous me levez très haut et aujourd'hui que j'ai pris mes responsabilités, j'ai manqué le pénalty, j'assume jusqu'au bout. Mais, que ce groupe, je vous en prie, ne soit pas pénalisé", a-t- il supplié.

Un coup dur à supporter pour le numéro 9 camerounais qu'une partie du public national désigne aujourd'hui comme la principale cause de leur malheur. Comme pour se faire bonne conscience, il a fait état de problèmes longtemps masqués au sein de l'équipe qui nécessitent désormais des solutions appropriées.

"Nous avons pris l'habitude de voir gérer les problèmes immédiats. Et tout simplement, je vous dis que ce n'est pas la ligne à suivre. Quand j'étais beaucoup plus jeune, je suivais comme vous avec tristesse tous les problèmes de l'équipe nationale. Je suis arrivé dans cette équipe nationale avec un rêve et depuis un certain temps, cette équipe ne fait plus rêver (..) Nous allons amener les dirigeants camerounais à prendre leurs responsabilités", a-t-il dit. Mais, ses détracteurs et fans déçus pensent qu'il est l'un de ces problèmes non précisés. Alors que le coach camerounais Javier Clemente, technicien espagnol recruté après en 2010 après la Coupe du monde de football en Afrique du Sud, écartait l'hypothèse d'une démission, se disant "très content" de ses joueurs, son collègue sénégalais Amara Traoré, expulsé du stade par l'arbitre pour mauvais comportement tout comme deux de ses joueurs pour mauvais jeu, a salué ses poulains d'avoir été "héroïques", en tenant échec "une grande équipe camerounaise dans le passé". Seul le premier de chaque poule des éliminatoires et puis trois meilleurs deuxièmes seront qualifiés pour participer à la CAN gabonaise et équato-guinéenne. "Avec une maigre chance" que souligne avec peu d'emphase Samuel Eto'o, le Cameroun doit batailler encore plus dur pour pouvoir prétendre à une place dans cette dernière catégorie, en battant par des scores époustouflants la RDC et l'île Maurice. Mais à condition que la RDC ne prenne pas le large.

Pour nombre d'observateurs, après la débâche du Mondial sud- africain et de la CAN angolaise en 2010, le temps est venu de solder les comptes, à la fois à l'équipe nationale et à la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) pour assainir la gestion du "sport roi" au Cameroun en éjectant des acteurs improductifs, et permettre au Cameroun de retrouver sa gloire d' antan.

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE