06/06/2011 02:54:17
Yaoundé: Affrontements entre populations et forces de l'ordre
Des milliers de supporters frustrés ont tenté d’empêcher les Lions Indomptables de sortir du stade. La police a chargé. Des sources parlent de 4 morts et de nombreux blessés.
Le Messager
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Après le match Cameroun – Sénégal dans la cuvette de Mfandena à Yaoundé, une autre rencontre, beaucoup plus rude s’est déroulée dans les rues de la capitale camerounaise. Tout commence autour de 18 heures. Les Lions sont encore dans les vestiaires. Des groupes de supporters sont restés dans les gradins. Des milliers d’autres sont dehors, attendant leurs joueurs pour les conspuer. Vers 18 heures et demie, alors que le crépuscule pointe, les Lions entrent dans leur autobus à la sortie de vestiaires. Des dizaines de supporters scandent en chœur : « Eto’o, mouilleur ! ». L’autobus démarre et s’engage dans le tunnel. C’est sans compter avec la détermination des populations frustrées qui forment une véritable barrière humaine.

Dehors, l’ambiance est déjà surchauffée. On a l’impression que personne n’est rentré chez lui après le match. La police tente de disperser la foule. Sans succès. Le camion anti-émeute, que l’on a surnommé « Abraham » au Cameroun, propulse des jets d’eau sur la horde humaine. Rien n’y fait. Ces derniers répondent par des jets de pierre. Entre temps, plusieurs véhicules sont pris à partie dans cette montée de violence. Un taxi est attaqué et ses passagers sont blessés. Des dizaines de véhicules personnels sont endommagés. L’un des jeunes qui s’en prennent aux voitures nous fait savoir que le pare-brise arrière du véhicule d’Albert Roger Milla aurait été endommagé. Un 4X4 qui appartiendrait à un colonel de l’armée est lui aussi détruit. Des cailloux sont jetés sur les conducteurs de motos.

Environ une heure après le début des troubles, des renforts de la police arrivent. On enregistre déjà des blessés dans la foule. Plusieurs « Abraham » font des aller et retour depuis la base du Groupement mobile d’intervention (Gmi). La foule ne veut pas se disperser et continue de répondre aux jets d’eau par des jets de cailloux. Sur l’axe qui mène au quartier Elig Edzoa, les gens érigent une barrière avec des ordures ménagères, fûts, balustres, planches, etc. Le tout agrémenté par le feu qu’ils allument avec des vieux pneus de voitures. Idem sur l’axe « Nouvelle route Omnisports », au carrefour Fouda et à « Mobil Omnisports ». Les renforts du côté de la sécurité affluent. Il y a désormais sur place trois corps : la gendarmerie, la police à certains carrefours, et l’armée avec des éléments venus du quartier général (Qg).

Alors qu’il est environ 20 heures, les raisons de la contestation populaire changent : « le pays va mal », scandent les jeunes. La répression se fait plus forte. Des coups de feu sont tirés en l’air. Le gaz lacrymogène est jeté dans la foule. Des éléments des équipes spéciales d’intervention rapide (Esir) vont jusqu’à pourchasser des jeunes dans les domiciles. Une femme enceinte, après avoir inhalé du gaz lacrymogène s’écroule et est conduite de toute urgence dans un centre hospitalier à Ngousso. On apprendra plus tard qu’elle a fait une fausse couche.

Du côté des forces de l’ordre, on enregistre des blessés. Deux policiers pris à partie par la foule sont grièvement blessés. L’un d’eux est conduit dans un petit centre hospitalier juste à côté de la Texaco Omnisports. Plusieurs personnes, pour avoir porté le maillot floqué « Eto’o », sont molestées. Des dizaines de jeunes sont blessés, après être tombés après avoir reçu des coups de matraque. Les reporters de Le Messager paient également les frais de cette déferlante. Alain Noah, Edouard Tamba et un employé de la fécafoot seront tabassés par les forces de l’ordre, avant même d’avoir le temps de montrer leurs badges. Christian Tchapmi, lui aussi accompagné de confrères, recevra le gaz lacrymogène et sera conduit à la clinique Fouda. Annie Payep (Vox Africa) et Joséphine Abiala (Mutations) seront sauvées à la faveur de leur nature de femme.

Le mouvement de contestation autour du stade Ahmadou Ahidjo va baisser d’intensité autour de 23 heures. Permettant aux Lions Indomptables de sortir en toute sécurité. Dans la matinée de dimanche, des sources nous indiquaient qu’il y aurait eu quatre morts du côté d’Elig-Edzoa et Omnisports. Des agressions et des viols auraient également été commis au cours de cette soirée. Tout cela à cause d’un penalty manqué. Football quand tu nous tiens !

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