08/06/2011 02:53:04
«Les « grandes ambitions »de Biya hypothèquent dangereusement l'avenir du pays »
... Le Cameroun demeure une République bananière (Etat où le pouvoir réel est aux mains de puissances économiques extérieures selon le petit Larousse grand format). Un tel pays ne peut que se porter mal pour ses habitants !
Le Messager
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Né à Batié au Cameroun, Hubert Kamgang est  ingénieur statisticien économiste dans le civil. L’ancien  directeur du département des statistiques et de l’informatique au secrétariat général de l’Udeac (Bangui) a été candidat aux élections présidentielles de 1997 et 2004.  Il est auteur de deux ouvrages : « Au-delà de conférence nationale – Pour les États-unis d’Afrique » et «Le Cameroun au XXIème siècle – Quitter la Cemac , puis œuvrer pour une monnaie unique dans le cadre des États-Unis d’Afrique».

Hubert Kamgang compte reprendre du service à l’occasion de l’élection présidentielle de cette année, en amplifiant son programme politique essentiellement tourné vers le panafricanisme. Il nous livre ici, avec la verve qu’on lui connaît, sa vision du Cameroun de demain. Parole au candidat à la présidentielle de 2011.

 
Comptez-vous vous représenter cette année, à l’élection présidentielle ou bien votre parti a-t-il opté pour le choix d’un autre candidat ?

Je demeure le meilleur porte parole du panafricanisme, dont le projet politique est de libérer le Cameroun du pacte colonial, c’est-à-dire mettre fin à la domination néocoloniale de la France sur notre pays, puis œuvrer pour la création des Etats-unis d’Afrique dotés dès le départ d’une monnaie unique. Aussi mon parti a-t-il décidé que je porterai à nouveau son drapeau à la prochaine présidentielle.

Quel qu’en soit le cas, en tant que leader d’opinion, vous serez en plein débat sur la présidentielle. Que pensez-vous des instruments tels qu’Elecam et le code électoral ?

Bien qu’Elecam et la loi électorale soient verrouillées pour que Paul Biya soit proclamé élu, une mobilisation autour de mon projet – qui est le plus cohérent et le plus complet avec une vision à long terme – peut changer la donne.

Le débat tournera certainement autour des questions économiques. Pour l’observateur et homme politique que vous êtes, comment va le Cameroun sept  mois avant le début du nouveau septennat ?

Le Cameroun demeure une République bananière (Etat où le pouvoir réel est aux mains de puissances économiques extérieures selon le petit Larousse grand format). Un tel pays ne peut que se porter mal pour ses habitants !

En annonçant le recrutement de 25000 jeunes Camerounais à la fonction publique, le président Biya semble avoir privilégié les services dans un pays agricole aux potentialités industrielles énormes. Qu’en pensez-vous ?

Cette annonce de recrutement de 25000 jeunes dans la fonction publique n’est qu’une propagande électorale. Ce n’est pas comme cela qu’en économie on crée des emplois ! M. Biya aurait mieux fait de mettre cet argent à la disposition des jeunes pour qu’ils créent leurs propres structures, y compris des unités de production agricole, qui créeront elles-mêmes des emplois.

Que pensez-vous de la politique actuelle qui consiste à créer un port en eau profonde et à exploiter les gisements tels que le pétrole, le fer, la bauxite etc. sans penser à la transformation locale ?

J’ai coutume de dire dans les médias que ce projet de port en eau profonde – qu’il soit à Kribi ou ailleurs–, destiné à exporter nos matières premières stratégiques sans transformation sur place afin de créer une valeur ajoutée, est synonyme de crime contre l’humanité par anticipation. En effet, ces matières premières sont épuisables et non renouvelables : les générations futures ne pourront plus disposer de matières premières leur permettant de créer des industries ; elles auront en plus des dettes à rembourser sans ressources à cet effet. Il faut arrêter M. Biya pendant qu’il est encore temps, car ses « grandes ambitions », s’il les met en œuvre, hypothèqueront dangereusement l’avenir de notre pays, voire de notre continent.

Dans son livre intitulé les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire, Cheikh Anta Diop esquisse l’industrialisation de l’Afrique, fondée sur l’exploitation de nos ressources du sous-sol. Le projet de société panafricaniste que je propose prend en compte cette vision de ce savant et égyptologue. Comme dit précédemment, toute exploitation de notre sous-sol non destinée à l’industrialisation équivaut à un crime contre l’humanité.

Si vous avez la charge du pays, quel serait votre programme politique ?

En 2004, j’avais proposé de réaliser le miracle économique camerounais. Je maintiens ces propositions. Concrètement, je propose aux Camerounaises et aux Camerounais de se faire inscrire en masse sur les listes électorales, de voter pour moi et je ferai en sept ans ce qui suit :

1. Dénoncer les traités, accords et conventions qui lient notre pays à la France , ce qui aura pour conséquence que le Cameroun devra quitter la Cemac , créer sa monnaie – le Um, comme Um Nyobé – lui permettant d’organiser son économie dans le sens des intérêts de ses populations. D’où le terme de miracle économique s’inspirant des modèles des dragons et tigres d’Asie du Sud et de l’Est (Corée du Sud, Taiwan, Singapour, Malaisie, etc.) ; ceci passe par la mise en place d’une superstructure monétaire digne de ce nom (Banque centrale entourée de banques spécialisées) et l’application des politiques de « plein emploi » bien connues et qui sont infaillibles s’agissant de leur aptitude à sortir le pays du sous-emploi massif.

2. Organiser une assemblée constituante avec à la clé l’adoption d’une vraie constitution emportant un consensus, car jusqu’ici c’est toujours le régime néocolonial qui a imposé les vues de ses maîtres à notre peuple, entendu que le Cameroun se posera comme un Etat pilote sur le chantier de la création et de la consolidation des Etats-unis d’Afrique (dans le cadre de ma diplomatie) ;

 3. Organiser une Commission Vérité, Justice et Réconciliation destinée à passer en revue tout ce qui a divisé – et divise encore – le Kamerun depuis 1916, y compris le problème anglophone, le clivage nationaliste contre fantoches acquis aux intérêts de la France (ce qui a conduit à ce qu’on a appelé rébellion, alors qu’il s’agissait de résistance), et dans le camp de ces fantoches les plaies dues à la tentative de putsch du 6 avril 1984. Bref le Cameroun doit se réconcilier avec lui-même !

L’Opération Epervier, telle qu’elle est menée actuellement, pensez-vous que ce soit une épuration politique, l’assainissement des moeurs publiques ? Quel bénéfice l’État tire-t-il d’une telle opération ?

M. Biya a, de façon machiavélique, laissé la corruption prospérer, car il en avait besoin pour se maintenir au pouvoir en faisant chanter tous ceux qui peuvent représenter un danger pour ledit pouvoir. La preuve en est qu’il ne fait emprisonner que les membres (vrais ou supposés) de la nébuleuse G11, les autres étant invités par le Contrôle supérieur de l’État à rembourser les sommes volées sans être traduits en Justice.

La sous-région Afrique centrale ne semble pas avancer télé commune, brassage des populations, voies de communications sont inexistant 50 ans après, à l’inverse de l’Uemoa qui fait de grands progrès. Qu’est ce qui fait problème ? et que faire pour arriver à une intégration ?

L’Uemoa est la sœur jumelle de la Cemac. L ’Uemoa est le nouveau nom de l’Afrique occidentale française (Aof), tandis que la Cemac est une survivance de l’Afrique équatoriale française (Aef). Les deux sont caractérisées par leur emprisonnement dans le carcan de la zone franc. Je ne dirais donc pas que l’Uemoa fait de grands progrès. En revanche, la Cedeao en Afrique de l’Ouest – dont l’équivalent est la Ceeac en Afrique centrale – marche effectivement mieux que sa jumelle. Cela tient au fait que l’Afrique de l’Ouest a une longue tradition de brassage des populations antérieure à la colonisation. Cela dit, il faut aller au-delà des clivages sous-régionaux et œuvrer pour les Etats-unis d’Afrique par-delà les héritages coloniaux et les cloisons sous-régionales. C’est ce que j’exprime dans mes ouvrages, dont notamment le Cameroun au XXIe siècle – Quitter la Cemac , puis œuvrer pour une monnaie unique dans le cadre des États-unis d’Afrique, Éditions Renaissance Africaine, Yaoundé, 2000.

Quelle vision pour le Cameroun en 2035 ?

 M. Biya et ses idéologues ont publié en février 2009 un document intitulé : Cameroun Vision 2035. Outre que l’objectif d’un Cameroun émergent à cet horizon-là n’est pas pertinent – le pays n’a pas la masse critique nécessaire à cet effet –, le document relève à la page 56 que l’appartenance à la zone franc « obère » la compétitivité de l’économie, sans en tirer la conclusion logique que notre pays doit quitter la Cemac – puis œuvrer pour une monnaie unique dans le cadre des Etats-Unis d’Afrique. Or, le projet d’Hubert Kamgang part justement du constat qu’un Etat néocolonial ne peut pas se développer et, dès lors, pose la « dénéocolonisation » du Cameroun comme un préalable à son développement. Le projet de Kamgang vise l’horizon de la puissance !

Avec Edouard Kinguè

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