10/06/2011 01:46:02
Bavure: 11 policiers attentent la vie de Nyemb Popoli
Le patron du groupe Popoli a été violemment agressé par des flics pendant un contrôle de routine dans la nuit de mercredi 8 à jeudi 9 juin 2011.
Le Messager
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Le patron du groupe Popoli a été violemment agressé par des flics pendant un contrôle de routine dans la nuit de mercredi 8 à jeudi 9 juin 2011.

Une lèvre fendue. Des bosses sur le crâne. Le nez saignant. Un œil au beurre noir. Des boursouflures, blessures graves et éraflures sur tout le corps. Telle est la nouvelle physionomie de Nyemb Ntoogue Paul Louis (photo), plus connu sous le nom de Nyemb Popoli, taillée sur mesure par la police.

Arrêté, violenté, tabassé par les policiers en service au commissariat de sécurité publique du 11è arrondissement de la ville de Douala, il n’est plus que l’ombre de lui-même, cherchant en vain un chirurgien à même de lui refaire le portrait. El Pacho, directeur exécutif du premier quotidien satirique du Cameroun, et présenté comme un proche de ce dernier témoigne. «Il prenait un pot avec son ami Mbappè (infographe trentenaire connu de la scène médiatique ndlr) lorsque les policiers sont arrivés non loin de la station Total Logbaba, pour demander les cartes d’identité. Ce qui a été fait, mais il y avait une fille près d’eux, qui n’en avait pas. Elle a la vingtaine et s’appelle Bayoï. Les policiers n’ont rien voulu comprendre. L’un d’eux a violemment arraché la bouteille de bière de sa bouche pour la fracasser sur la table et la bière a arrosé Popoli et Mbappè. Ces derniers se sont aussitôt levés par réflexe pour demander ce qu’il n’allait pas».

Poursuivant, Joseph Mbappè parle de capharnaüm. «C’est le moment choisi par un policier pour donner un coup de tête à Popoli qui a immédiatement riposté. Par solidarité, les autres policiers ont foncé sur lui. Les mots me manquent pour exprimer la barbarie avec laquelle il a été traité. Ils l’ont roué de coup, tapé la crosse du fusil sur sa tête. Je suis surpris qu’il soit encore en vie à ce moment car il ne ressemblait à rien. Même sa mère ne pouvait pas le reconnaître. Lorsque j’ai voulu intervenir, l’un d’eux m’a asséné un coup aux testicules».

C’est ainsi qu’amoché par les «poulets», il sera conduit au commissariat pour être embastillé, alors qu’il saignait abondamment. Interdit de visite, bien que mal en point et inapte au langage articulé, il a fallu l’intervention des patrons de presse qui ont saisi le commissaire central II qui a ordonné la libération immédiate du patron du groupe Le Popoli aux premières heures du jeudi 9 juin 2011. L’infortuné sera immédiatement conduit dans un centre hospitalier pour y recevoir les premiers soins. D’injection en perfusion en passant par des antalgiques, il sera progressivement remis sur pied.

A la clinique de l’université où il est sous soins intensifs, le médecin traitant ne cache pas la gravité de l’acte. «Il faut d’abord faire des examens de radiologie, scanner, et d’ophtalmologie. C’est en fonction de ces résultats que nous allons nous prononcer, entrer en action et intervenir. Ce qu’ils ont fait n’est pas honorable». Joint au téléphone hier, l’infortuné reprend difficilement l’usage de la parole. Qui payera la note salée des frais médicaux et des examens, le préjudice moral et matériel (il sera indisponible pendant plusieurs jours) de cette tribulation? Qui pansera les plaies de cet incident ? Plus que jamais, les exactions policières reprennent droit de cité. En attendant, le sort de Nyemb Popoli dépend maintenant de la qualité des soins médicaux qui vont lui être donnés, mais aussi et surtout du Destin.

Focal: Et si c’était un acte prémédité?

Réputé comme grand critique qui «passe son temps à dessiner les gens», Nyemb Popoli serait depuis des mois dans le viseur de certaines personnes qui n’apprécieraient pas son action citoyenne. Même si son amie Joseph Mbappè qui se trouvait sur les lieux écarte l’hypothèse d’un attentat, des voisins et clients du débit de boisson n’écartent pas cette hypothèse. «Si ces policiers voulaient embarquer la fille, ils pouvaient le faire sans brutaliser Popoli. Ils ont tout fait pour le provoquer alors qu’il n’avait rien à voir dans ce problème. Et ils l’ont battu comme pour se venger de quelque chose », argue-t-on dans le voisinage de ce débit de boissons.

Etame Kouoh

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