13/06/2011 02:38:33
Nécrologie: Adjibolo Philémon est mort
Le vice-président de l’Assemblée nationale, ancien président de la Chambre d’agriculture, a rendu l’âme hier en début d’après midi à l’hôpital Gynéco-obstétrique de Yaoundé. Paul Biya perd ainsi l’un de ses grands soutiens dans la région de l’Est.
Le Messager
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Le vice-président de l’Assemblée nationale, ancien président de la Chambre d’agriculture, a rendu l’âme hier en début d’après midi à l’hôpital Gynéco-obstétrique de Yaoundé. Paul Biya perd ainsi l’un de ses grands soutiens dans la région de l’Est.

Hier, 12 juin 2011, dimanche de la Pentecôte était un jour plutôt triste pour celle que tous ses enfants appellent affectivement «maman Nicole». L’épouse du député Rdpc de la Kadey , Philémon Adjibolo entouré des proches parents et amis était en effet inconsolable à l’hôpital gynéco-obstétrique. Celui avec qui elle partage sa vie depuis plus de 24 ans venait en effet de rendre l’âme après plusieurs semaines d’hospitalisation. Du coup une vive émotion a traversé toute la famille présente, dont naturellement « maman Nicole » qui s’était jurée de tout mettre en œuvre afin que son épouse guérisse.

En fait, depuis le début de la présente session parlementaire, on n’avait pas vu l’honorable Philémon Adjibolo au palais de l’Assemblée nationale. Interrogé, un des collègues députés de la région de l’Est avait alors dit au reporter Le Messager que « le président Adjibolo est très malade. Il souffre d’une infection pulmonaire. Nous ne savons pas si ça va aller, mais nous continuons de prier afin que Dieu fasse sa volonté ». Cette volonté divine est donc intervenue ce dimanche, 12 juin 2011 aux environs de 15h30.

Un baobab est tombé

Philémon Adjibolo fait partie d’une génération de vieux briscards de la politique camerounaise. Cet ancien instituteur dans les années 50 et 60, était un ancien nationaliste de la première heure. Ses proches affirment qu’il aurait avant l’indépendance sympathisé avec l’Union des populations du Cameroun (Upc). Avant de rejoindre l’Union camerounaise (Uc) de feu le président Ahmadou Ahidjo. Il entre par la suite dans l’Union nationale camerounaise (Unc) dont il deviendra l’un des grands barons au fil des ans. Membre fondateur du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, Philémon Adjibolo était l’un des hommes clé du régime Biya dans la région de l’Est.

En fait, c’est après le retrait et la mort de l’ancien président de l’Assemblée territoriale camerounaise, Marigot Mboua que Adjibolo est devenu l’homme incontournable du régime Ahidjo, puis de Biya dans le département de la Kadey. Connu pour son franc parlé, il était redouté par ses adversaires politiques aussi bien dans son fief Batouri qu’à l’Est en général. Seul membre titulaire du bureau politique du Rdpc dans la région du Soleil Levant, Il a soufflé le chaud et le froid sur le plan politique pendant de longues années à l’Est en général et dans la Kadey en particulier. Maire de Batouri pendant plus de 20 ans, il était aussi le plus ancien parlementaire de la région de l’Est avec au mois dix mandatures. Ce septuagénaire qui quitte ainsi la scène politique pour l’au-delà avait l’habitude de dire à ses adversaires politiques de l’opposition que « ne faite aucune illusion, je vous le dis, le Rdpc a son titre fonction à l’Est et dans la Kadey. »

Il savait gérer les intrigues politiques

Adjibolo Philémon était un homme qui savait maîtriser les intrigues politiques dirigées contre lui. Ses proches disent de lui qu’il savait infiltrer ses adversaires, y compris dans son propre parti le Rdpc, en les faisant venir vers lui pour mieux les contrôler et les dompter. Homme nanti d’une éloquence déroutante, il savait haranguer les foules lors de ses meetings politiques partout où il passait à travers la région de l’Est. Le reporter Le Messager se souvient encore de cette réunion des députés Rdpc de l’Est qu’il avait organisée à Batouri en avril 2002 et qui lui avait valu toutes les inimitiés et les intimidations aussi bien de la hiérarchie administrative de son parti, alors dirigé par le ministre Joseph Charles Doumba, que les services de renseignements qui redoutaient qu’il ne demande à ses collègues Rdpc de démissionner en bloc du parti au pouvoir. « Allez dire à ceux qui vous ont envoyés de venir nous épier que nous, députés de l’Est, sommes à 150% derrière le président Paul Biya. Nous avons tout juste voulu nous concerter pour aider le président à consolider son bastion de l’Est », avait alors lancé Philémon Adjibolo publiquement à l’endroit des membres des services de renseignement qui avaient inondé la maison du parti de Batouri.

Pendant longtemps aussi Philémon Adjibolo a été président de la Chambre d’agriculture du Cameroun. Il y a vécu des moments très difficiles lors des mouvements de grève du personnel intervenus au milieu des années 2000. Certains de ces membres du personnel qui réclamaient plusieurs mois d’arriérés de salaires étaient même allés jusqu’à fabriquer son cercueil et le déposer à l’entrée du siège de la Chambre d’agriculture. L’honorable Philémon Adjibolo en a beaucoup souffert. Surtout que la Chambre d’Agriculture connaissait une situation financière critique. Il avait plié, mais n’avait pas rompu. Petit à petit, grâce à ses entrées auprès du président de la République , il a pu remettre passablement la Chambre d’Agriculture sur pied avant que ne lui soit imposé le principe de non cumul des fonctions avec son mandat de député.

A ce niveau, Philémon Adjibolo, en bon professionnel politique a choisi de rester député. Un choix judicieux, du moins aux yeux de Paul Biya qui va faire de lui après les élections législatives de 2007, vice-président de l’Assemblée nationale. Ces derniers mois, il travaillait âprement à la réélection de son champion « quelles que soient les montagnes à soulever », nous disait il. Il y a environ un mois, il se vantait à Abong-Mbang lors de la réunion générale d’évaluation de la campagne d’intensification des inscriptions sur les listes électorales à l’Est dont il était le président de la commission régionale, d’avoir pu ramener les électeurs en grand nombre vers Elecam.  Hélas le destin n’a pas voulu qu’il puisse vivre cette prochaine élection présidentielle. En tout cas l’annonce de son décès hier a créé une onde de choc dans toute la région de l’Est, selon les échos parvenus à la rédaction de Le Messager. A son épouse « Maman Nicole » fidèle lectrice de Le Messager, mais aussi à toute sa nombreuse famille de la Kadey , nous présentons toutes nos condoléances.

Jean François CHANNON    

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