14/07/2009 14:46:43
Le Cameroun appauvrit sa population
L’exposé d’un expert financier, suscité par la plate-forme d’information et d’action sur la dette du Cameroun révèle le fossé criard qui existe entre la disponibilité des fonds et la misère dans laquelle vivent les populations.
La Nouvelle Expression
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Gouvernance

« Il est difficile de trouver dans le monde un Etat avec un argent qui dort dans les banques pendant que les gens souffrent. » C’est pourtant le cas du Cameroun, selon Babissakana, économiste et intervenant à la conférence débat tenue le 09 juillet, à Yaoundé, sur le thème : «Gouvernance financière et développement ».

Le promoteur du cabinet Prescriptor en veut pour preuves les dépôts du Cameroun auprès du système bancaire qui s’élèvent aujourd’hui à 653 milliards de francs Cfa. Un solde qui devrait d’ailleurs être plus important, selon cet expert financier qui estime à 1320 milliards de francs Cfa, les excédents budgétaires cumulés entre 2006 et 2008. Il y a également les 373 milliards F Cfa mis à la disposition du Cameroun par la Beac pour financer le budget de l’Etat. Et 1602 milliards F Cfa de réserves internationales. Ce niveau de réserves, selon  Babissakana, représente plus de neuf mois d’importations. « Cette position forte de liquidité immédiate (...) est confortée par un budget public financé à 90% par les ressources propres et une marge de croissance potentielle des recettes publiques sans pression fiscale démesurée de 5% du Pib, soit 522 milliards par an. » En somme, un pactole impressionnant qui devrait permettre aux gouvernants d’assurer un mieux-être aux Camerounais.

Mais, la réalité est tout autre. 25% de taux de chômage, l’espérance de vie estimée à 50 ans. L’éducation de base assurée à 50% ; l’absence d’un programme public permettant aux enfants d’aller à l’école en l’absence des parents « conséquence de ressources financières mal reparties » ; 150ème sur 179 pays répertoriés avec un Pib de 2043 dollars par habitant, contre un Pib de 77 000 dollars par habitant au Luxembourg dans le dernier rapport des Nations unies sur l’état de la pauvreté dans le monde.

Pourtant, en dehors de son niveau confortable de liquidité, le pays dispose d’importantes ressources naturelles qui, bien gérées, devraient permettre un meilleur épanouissement et un mieux être  des populations, indique l’expert. Une bonne gestion des ressources financière, pense Babissakana, devrait éviter l’évasion de fonds que le Cameroun connaît jusque là. En 2008, le conférencier révèle que 40% du budget de l’Etat, soit 993 milliards F Cfa  « se retrouvent dans les poches des gens qui n’ont rien fait pour le mériter » : les détourneurs de fonds publics. La même année, le Cameroun connaît des pertes globales de recettes de l’ordre de 5% du Pib, soit environ 520 milliards F Cfa. Ce qui conduit à une perte de richesses de 2600 milliards F Cfa «  plus que le budget de l’Etat ».
 
17 000 faux agents

Pour parvenir à ces détournements, les méthodes sont multiples. On note, par exemple, le flou entretenu autour du nombre exact de fonctionnaires. 157 000 pour le ministère des Finances, contre 140 000 pour le ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative. Il y a donc 17 000 faux agents qui émargent au budget de l’Etat. Tout comme il existe des méthodes peu recommandables dans diverses administrations - douanes, impôts - pour entretenir la fraude, la contrebande, la contrefaçon et le détournement des recettes, avec la participation d’opérateurs économiques véreux sur le dos de l’Etat. Il faut que cela change, pense le conférencier. Pour ce faire, Babissakana propose l’effectivité des contrôles parlementaires, à travers la mise en place d’un bureau d’évaluation de la gestion du budget de l’Etat. «  A travers le monde, les parlements ont des bureaux d’évaluation du budget, ce qui n’existe pas chez nous. Tel que ça se passe là, rien ne peut changer ». Le conférencier qui regrette le fait que la commission des finances « avale simplement ce que le ministère des Finances dit », appelle également à des commissions d’enquête dans le but de vérifier la gestion des ressources publiques. Tout comme il souhaite la primauté du trésor public sur toutes les sociétés de l’Etat. Et donc, la suppression de la tutelle de la présidence sur la Société nationale des hydrocarbures (Snh). Autre suggestion, l’effectivité des contrôles juridictionnels. La Chambre des comptes, selon Babissaka, devrait fournir un rapport qui servirait de base de travail aux parlementaires. Ce n’est pas prévu dans cahier de charges de l’institution ! Tout comme la certification des comptes de l’Etat, pourtant indispensable pour une gestion saine des pouvoirs publics.

Cathy Corinne Koum

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