16/06/2011 04:19:59
Anomah Ngu, le père du Vanhivax est décédé
L’éminent chercheur âgé de 85 ans a été emporté mardi 14 juin 2011, par une infection pulmonaire, séquelle d’un accident cardiovasculaire survenu il y a environ deux ans.
Le Messager
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L’éminent chercheur âgé de 85 ans a été emporté mardi 14 juin 2011, par une infection pulmonaire, séquelle d’un accident cardiovasculaire survenu il y a environ deux ans.

La nouvelle est tombée comme un couperet. Le prof. Victor Anomah Ngu est mort. L’éminent chercheur camerounais, découvreur d’un vaccin contre le Vih, le Vanhivax est tombé avant-hier mardi, 14 juin 2011 des suites d’une infection pulmonaire. Hier mercredi 15 juin 2011, à la clinique de l’espoir sise au quartier Essos à Yaoundé fondée par le défunt en 1991, l’ambiance est calme. Les visiteurs, pour la plupart des malades, rentrent et sortent comme d’habitude. Le personnel, la mine grave, tente de donner le change en vaquant à ses occupations d’une manière sereine. Seulement, ils sont trahis par leur mine grave. Certains ont les yeux rouges pour avoir pleuré. Parmi eux, Dr Fergus Ambe, immunologue, collaborateur du prof depuis 1999. « J’ai appris la nouvelle hier soir, je suis à Bamenda. J’ai pris le bus pour venir ici. Mais je suis arrivé quand il était déjà à la morgue », confie-t-il, désolé de n’avoir pas pu voir celui qui plus qu’un patron « était comme mon père. Parce qu’il m’a pris comme un fils. Et c’était pareil avec tous ses malades ».

Le décès du prof Anomah est une grande perte enregistrée au-delà de sa famille biologique, dans le monde médical : « cela va créer une grande vague », prédit-il. Tout cela à cause d’une vilaine infection pulmonaire. Dans son bureau, où il est sans être interrompu par les appels de la famille, ses confrères et autres amis du défunt, Dr Achidi Ngu, directeur de la clinique de l’espoir explique les circonstances du décès du fondateur.

Il y a deux ans rapporte le médecin, le Pr. Anomah Ngu a fait un Avc, (accident cardiovasculaire), dont les séquelles sont la dysphagie (difficulté à avaler). Ce qui fait que tout ce qu’il avalait (aliments, médicaments...) au lieu de descendre dans l’estomac, allait se loger dans les poumons qui normalement ne reçoivent que de l’air. Ce qui a causé une infection pulmonaire. « C’est pour cette raison, qu’il y a dix jours, il a été interné aux soins intensifs du Chu, dirigé par le prof. Maurice Kam qui avec son équipe ont fait un bon travail. Pendant une semaine, le professeur s’est rétabli assez bien ». Mais la mayonnaise a tourné dimanche soir, lorsque le chercheur glisse dans un coma. Les choses iront s’empirant jusqu’à mardi, 14 juin où il quittera ce monde autour de 19h.

Laissant ainsi, famille, collaborateurs et malades dans l’émotion. La nouvelle est triste. Mais à la clinique de l’espoir, personne n’entend se laisser abattre. « On va continuer son œuvre parce que c’est son souhait », promet Dr Achidi Ngu. A ce sujet, on se rappelle que le plus grand combat du défunt a été celui de la reconnaissance par ses pairs, le gouvernement et la communauté internationale du « Vanhivax » présenté alors comme un vaccin curatif contre le virus du Sida. La troisième publication dans le journal « Cameroon academic science » du mois de novembre 2007 par l’équipe Anomah Ngu relative à cette question montre que le projet est assez avancé. Car d’après Dr Fergus Ambe, « il confirme qu’on a déjà converti entre 15 à 20 malades du statut de séropositif à séronégatif. Ce résultat classe le Vanhivax parmi les meilleurs vaccins contre le Sida produits dans le monde actuellement ».

La survie du Vanhivax, une responsabilité collective

En conclusion toujours d’après ce collaborateur du défunt « On a déjà montré que le vaccin marche, le ministre de la Santé publique a donné son accord et on attend le permis du comité d’éthique médicale pour permettre l’évolution de ce projet ». Lequel se décline en la fabrication industrielle du Vanhivax, le traitement des malades et les résultats pour le bonheur des malades du monde entier. Ce décès survenu mardi dernier va-t-il influencer le cours du processus de validation ? Les collaborateurs du prof Anomah Ngu pensent que Non ! Car expliquent-ils, le chercheur a formé des collaborateurs qui ont pu s’affirmer pendant les longs mois de sa maladie. De ce fait, l’équipe laissée par Victor Anomah Ngu entend aller au-delà de ce qu’a fait le maître.

Toutefois précise l’un d’eux, Dr Henry Bissong pour ne pas le nommer, « la survie du Vanhivax est une responsabilité collective. C’est-à-dire, l’équipe laissée en place par le professeur, le gouvernement et les Camerounais ». D’autant plus que, beaucoup y ont cru au point –pour ce qui est des malades, de leur famille et même du gouvernement - de confier leur santé au prof et à son équipe. « Depuis 2002, on a eu à consulter 20 000 malades soit en moyenne 35 à 40 malades par jour », confie Dr Achidi. Un chiffre qui n’a pas été altéré en dépit de l’état de santé déclinant du fondateur de la clinique de l’espoir.

Difficile pour qui veut s’y risquer de dresser de mémoire le Cv de cet éminent chercheur tant la liste de ses réalisations est longue. Sur le plan médical, la carrière de ce médecin camerounais s’étend sur 50 ans et trois continents. Ses recherches sur le cancer lui ont valu d’être reconnu au plan international. Au moment de son décès, nous l’avons évoqué plus haut, il travaillait sur un vaccin contre le Vih/Sida. Laquelle recherche lui a valu la reconnaissance du gouvernement camerounais à travers le ministère de la recherche scientifique et de l’innovation.

Le chercheur a en effet compté parmi les primés des journées de l’excellence, de la recherche scientifique et de l’innovation (Jersic) en 2007. Il avait alors reçu des mains du Dr madeleine Tchuinté, ministre de la Recherche scientifique et de l'innovation, la somme de 5.000 000 (cinq millions Fcfa) comme prix spécial, récompensant l'ensemble de ses travaux de recherche sur le sida. Passionné de la découverte, il a toujours été désireux de faire avancer la science au profit de l’humanité. Haut commis de l’Etat, le défunt a occupé plusieurs poste ministériels dont celui de la recherche où témoigne-t-on aujourd’hui, il a contribué au rayonnement de la recherche camerounaise, gérée jusque là, par la Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technique créée par décret N° 79/495 du 4 décembre 1979 qui assure la tutelle de cinq instituts de recherche tous ayant leurs sièges à Yaoundé.

Focal. Victor Anomah Ngu en bref

Date et lieu de naissance : 1926, Buea, République du Cameroun

Études : Études secondaires à Sasse, Cameroun et Ibadan, Nigeria; Université d’Ibadan (1948 - 1950); St Mary’s Hospital Medical School, Université de Londres (1951 - 1954).

Carrière :

1965 – 1971 : Professeur de chirurgie, Université d’Ibadan

1971 – 1974 : professeur de chirurgie, Université de Yaoundé

1974 – 1982 : vice-recteur, Université de Yaoundé

1981 – 1982 : président de l’Association des universités africaines

1982 à 1984 : ministre de la recherche

1984 – 1988 : ministre de la Santé publique

1984 : directeur du laboratoire de recherche sur le cancer, Université de Yaoundé

1991 : fondateur de la clinique de l’Espoir

Distinctions : Grand Commandeur de l’Ordre de la Valeur , Cameroun; Prix Albert Lasker de recherche médicale sur la chimiothérapie clinique du cancer (1972); Prix Dr. Samuel Lawrence Adesuyi et Médaille de la Communauté de la santé de l’Afrique de l’Ouest (1989); Prix Leon H. Sullivan, États-Unis. (2003), 2007 : prix spécial du Jersic pour l’ensemble de ses travaux sur le sida.

Nadège Christelle BOWA

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