14/07/2009 14:54:38
Dette : 600 milliards Fcfa contractés en six mois
Prudence...
Le Messager
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Le dernier recours du Cameroun auprès du Fonds monétaire international (Fmi) en vue d’obtenir un appui financier d’environ 70 milliards de Fcfa dans le cadre de la Facilité contre les chocs exogènes (Fce) continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive. Si du côté gouvernemental, l’on fait feu de tout bois pour justifier cet emprunt, certains spécialistes s’accordent sur le fait que le Cameroun n’avait pas besoin de ces « miettes », car disposant des réserves suffisantes pour contrecarrer certains effets imprévisibles de la mauvaise conjoncture économique actuelle.

L’autre argument déployé notamment par le ministre des Finances concernant cet emprunt du Fmi est son caractère assez souple, avec un taux d’intérêt de 0,5 % par an. Que l’on ne se trompe surtout pas : avec un taux d’intérêt de 0,5% par an, c’est la rondelette somme de 350 millions de Fcfa que le citoyen camerounais doit payer en terme d’intérêt sur le principal de cette créance du Fmi.

Cette somme est suffisante pour construire une dizaine de salles de classe dans les zones reculées du Cameroun, ou pour créer quelques Pme pouvant employer des dizaines de jeunes camerounais. Et là survient alors l’éternelle question de la problématique de l’endettement du Cameroun. Car faut-il le souligner, c’est sous le poids d’un endettement insupportable que le Cameroun a été contraint de se mettre sous ajustement structurel avec toutes les conséquences négatives qui s’en sont suivies.

Moins de quatre années après l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Ppte, le 26 avril 2006, dont les retombées financières ne sont pas à ce jours totalement consommées, revoici le Cameroun de nouveau engagé dans un cycle d’endettement dont le risque peut légitimement inquiéter le citoyen lambda. Petit calcul : à la fin du premier semestre 2009, c’est plus de 600 milliards de Fcfa que le Cameroun a obtenu des bailleurs de fonds bi et multilatéraux sous le couvert de la dette. A ce rythme, il ne sera pas surprenant que le pays de Paul Biya batte tous les records d’endettement. De l’argent à rembourser plus tard, avec des intérêts dépassant très souvent le principal de la dette. Et quel que soit le projet réalisé grâce à cet emprunt, le remboursement de cette dette sera toujours une pilule amère pour le citoyen camerounais. D’où la prudence.

Le Messager publie ici quelques prêts contractés par le gouvernement camerounais depuis le début de l’année 2009, le montant et surtout l’objet. La liste n’est pas exhaustive.


1-Les 70 milliards du Fmi

Jeudi 02 juillet 2009 à Washington, un conseil d’administration du Fmi a planché sur le dossier du Cameroun. A l’issue de cette réunion, les administrateurs du Fmi ont approuvé un décaissement d’environ 144,1 milliards de dollars US au titre de la composante d’accès rapide de la Facilité contre les chocs exogènes, afin d’aider le Cameroun à surmonter les retombées des impacts mondiaux sur sa balance de paiement. L’on apprend de cette réunion que le décaissement va aider le Cameroun à contenir la diminution de ses réserves internationales et à protéger ses dépenses prioritaires (investissements, santé et éducation).

2-Les 26 milliards de Fcfa de la Chine

Environ 26 milliards Fcfa. C’est le montant de l’accord de financement/prêt que Eximbank-Chine a accordé à la République camerounaise pour la réalisation du projet Backbone de transmission d’informations par fibre optique. Cet accord a été signé le lundi 6 juillet 2009, à Yaoundé par Louis Paul Motazé, ministre camerounais de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat), et l’ambassadeur de la République populaire de Chine au Cameroun, S.E.M. Huang Changqing. Le montant total du projet, toutes taxes comprises, est de 38,234 milliards Fcfa. Dans les détails, le projet va coûter en terme de fournitures, quelque 11,290 milliards Fcfa tandis que l’on a prévu pour les prestations 26,944 milliards Fcfa. Le financement sera fait par le Cameroun et la Chine. La partie chinoise s’engage en effet à accorder un prêt de 52 millions de dollars Us au Cameroun. Ce qui fait environ 26 milliards Fcfa. Cette somme correspond aux 85% du montant hors taxes-hors douane (HT-HD) du projet. Camtel devra pour sa part supporter les droits de douane et taxes ainsi que les 15% du montant HT-HD. Soit une enveloppe d’un peu plus de 12 milliards Fcfa.

3-Les 12 milliards de la Belgique

Le 10 mars 2009, l’ambassadeur de Belgique au Cameroun, Michel Tilmans, et le ministre de l’Economie, de la planification et de l’Aménagement du territoire, Louis Paul Motaze, ont signé, trois accords de financement. Ces accords concernent les projets de dragage d’approfondissement du chenal d’accès au port autonome de Douala (Pad) et de réhabilitation du pont de l’Enfance sur le fleuve Sanaga. Le premier accord de financement, qui concerne le dragage du chenal du Pad, porte sur un montant de 5,747 milliards de Fcfa. C’est un prêt du gouvernement belge remboursable dans 20 ans. Le second accord signé entre Louis Paul Motaze et Mme Marlens Janssens, responsable des opérations de crédit à la banque belge Kbc bank, porte sur un montant de 6,674 milliards de Fcfa et servira toujours pour le dragage du chenal du Pad. Il est remboursable sur une période de 10 ans. Ce projet qui sera réalisé par la société belge Jan de Nil ambitionne de réduire la perte de compétitivité et de rentabilité du Pad en ramenant la cote du chenal d’accès au Pad de – 6,30 m à – 8 m.

4-Les 108 milliards de l’Afd, de la Bad, de la Chine pour l’eau

Le conseil d’administration de l’Agence française de développement (Afd) a autorisé le 25 juin 2009 un crédit de 60 millions d’euros, soit environ 40 milliards de Fcfa à la Cameroon water utilities corporation (Camwater). Le prêt remboursable après une durée de 15 ans servira à la réhabilitation des stations de traitement des eaux dans les villes d’Edéa, Bertoua et Ngaoundéré et à la réalisation des travaux de remise en service du complexe Mefou-Messa à Yaoundé.

Le prêt de l’Afd intervient après celui d’un montant de 22 milliards de F Cfa accordé par la Banque africaine de développement (Bad) au cours de ses assemblées annuelles qui se sont tenues le 14 mai dernier à Dakar au Sénégal. Exim Bank China avait également accordé un prêt de 11 milliards de F Cfa et grâce auquel la Camwater réalise actuellement une usine sur le fleuve Moungo qui permettra d’accroître de 50 000 m3 par jour la production à destination de la ville de Douala. A ce prêt, il faut ajouter celui de la Banque mondiale d’un montant de 31 milliards de F Cfa accordé dans le cadre du projet de développement urbain et de l’eau potable (Pdue) ainsi qu’un don de 2,5 milliards de F Cfa destiné à la réalisation de 50 000 branchements subventionnés.


5-Les 5 milliards de la Bid pour les hôpitaux

La Banque islamique de développement (Bid) vient de signer un accord de financement avec le gouvernement camerounais. La signature de cet accord de financement a eu lieu à l’hôtel Hilton de Yaoundé en présence des ministres camerounais L.P.Motaze et de A.Mama Fouda, et du représentant de la banque islamique de développement. Pour les populations des villes frontalières du Cameroun, bénéficiaires de cette convention, c’est une aubaine. Il s’agit d’un financement à hauteur de 5, 200 milliards de F Cfa qui serviront à la réhabilitation et à la construction des centres de santé des villes de Ambam, de Kousseri, de Kribi, de Maga...pour ne citer que celles-ci. Ces villes frontalières ont été identifiées au regard des problèmes énormes de pauvreté auxquelles elles sont confrontées. Les 2 partenaires se diviseront cette enveloppe et le Cameroun financera à hauteur de 13% et la Bid à 87%. Il faut signaler que selon le communiqué final, des études préalables avaient déjà été faites et les experts sont actuellement sur le terrain pour le démarrage imminent des travaux.

6-Les 216 milliards de la Bad pour le Cameroun

Le ministère de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat) et la Banque africaine de développement (Bad) étaient en concertation à Yaoundé le 15 juin 2009. Cette concertation rentrait dans le cadre de la revue du portefeuille de la Banque africaine de développement au Cameroun. Le portefeuille actif du Cameroun approuvé par la Bad compte 14 projets. L’enveloppe globale s’élève à 276 milliards Fcfa. Cette somme est répartie ainsi qu’il suit : 22,49 milliards Fcfa en ressources sous forme de la Bad ; 230,4 milliards Fcfa en ressources du Fonds africain de développement (Fad) sous forme de prêts, et 23,2 milliards Fcfa en ressources Fad sous forme de dons.

Parlant de la situation du portefeuille du Cameroun, la Bad mentionne que le pourcentage des décaissements au Cameroun est en hausse. Il est passé de 12% en mai 2008 à 40% en avril 2009. Selon ses projections, le taux de décaissement pourrait atteindre les 60% en fin 2009. Ceci du fait du démarrage de certains travaux. Mais, le niveau d’exécution de certains projets est toujours faible. L’on annonce que 91 milliards Fcfa sont engagés pour le financement de la route Cameroun – Nigeria, ainsi que le projet d’alimentation en eau potable et l’assainissement en milieu urbain. En 2010, le solde de cette opération va permettre le financement des plusieurs projets.

7-La Banque mondiale accorde 14 milliards au Cameroun

Courant juin 2009, la Banque mondiale a accordé au Cameroun un prêt de 14 milliards Fcfa, destiné à améliorer la compétitivité du secteur agricole. Le projet sera lancé cette année dans sept des dix régions du pays. Il concerne 6 produits (riz, maïs, banane, huile de palme, aviculture et viande porcine) jugés stratégiques par les experts pour permettre au pays de relever le défi de la sécurité alimentaire.

8-Les 7 milliards du Pam

Au début du mois de juillet 2009, le Programme alimentaire mondial (Pam) et le Cameroun ont signé un accord sur le cadre commun pour le plan d’action 2008-2012 du programme du pays. Le programme de pays Cameroun (2008-2012) prévoit un appui de 7, 2 milliards de Fcfa (environ 14,4 millions de dollars), dont 33% de contribution du gouvernement camerounais, à l’Education de base, à la sécurité alimentaire et au développement rural. Concrètement, le Pam va fournir 3.000 tonnes de denrées alimentaires à plus de 51.000 enfants des écoles primaires du Nord du pays. En plus, plus de 5.200 filles des classes du cours élémentaires 1 et moyen 2 recevront des rations alimentaires.

Léopold CHENDJOU

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