17/06/2011 03:22:35
Abus d'autorité, sauvagerie, barbarie
Cinquante et un ans sont pourtant derrière nous depuis que la France nous a concédé un drapeau et une indépendance de façade. Ses satrapes et leurs séides sont là pour rappeler à la population que « le pouvoir pour eux, le pouvoir sur le peuple »...
Le Messager
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Colère et frustration dans les rangs des médias. Guy Zogo et André Patrick Eya licenciés de Canal 2 International sous la pression de la Délégation générale à la Sûreté nationale pour leurs reportages et commentaires jugés tendancieux par la hiérarchie de la police. Nyemb Ntogue Paul, directeur de publication du journal satirique Le Popoli et l’infographe Joseph Mbappè Eyombwan ont été sauvagement molestés par une patrouille de policier à Nyalla dans la nuit du 8 juin dernier.

Le ministre de la Communication(photo) a rassemblé les directeurs de publication, non seulement pour leur donner des cours de déontologie professionnelle après les incidents du match Sénégal-Cameroun, mais aussi pour annoncer la réduction de l’enveloppe budgétaire de « l’aide » la communication sociale ! Cette contribution de l’Etat « en faveur » du secteur de la communication, du reste dérisoire, reçoit une coupe sombre de 15 millions de nos francs, passant en conséquence de 150 millions à 135 millions de nos francs. Là où la Côte d’Ivoire, dans la tourmente, mettait déjà 1,5 milliards, le Gabon 800 millions...

Pendant que le gouvernement camerounais réduisait son « aide à la communication sociale » qui englobe la presse, les imprimeries, les régies publicitaires et tutti quanti, le même gouvernement de notre pays, met à contribution, à coups de milliards, des organes étrangers pour soigner l’image du régime. Nous en voulons pour preuve le dernier hors-serie de « Marchés africains » actuellement distribués au Cameroun.

Dans cette livraison, nous observons qu’au moment où le Rdpc et ses satellites jurent que la candidature de Paul Biya à la prochaine élection présidentielle obéit à « l’Appel du peuple », l’éditorial de Nicolas Delecourt  se demande plutôt s’il est « candidat malgré lui ? » Et le journaliste de relever que « le plus dur pour Paul Biya ne sera certainement pas d’être élu, mais de proposer du neuf à ses concitoyens et de défendre son bilan de trente ans à la tête du pays. D’autant que les « émeutes de la faim » de février 2008 ont mis au grand jour certaines attentes sociales désormais au cœur des préoccupations chef de l’Etat. Homme secret et patient, Paul Biya n’en dévoile pas moins le chemin critique parcouru par le Cameroun.

A ses yeux, le meilleur du bilan de son œuvre à la tête de l’Etat est assurément «la préservation de la paix et le renforcement de l’unité nationale ». Encore que pour qui connaît bien le Cameroun, ces deux valeurs sont on ne peut plus chères à l’immense majorité des Camerounais qui y tiennent comme la prunelle de l’œil. Pouvait-on tolérer pareille affirmation à un journal camerounais à qui on a versé des millions pour « kilaver » le système gouvernant qui fait feu de tout bois pour conserver le pouvoir ?

Voilà qu’à la presse nationale à laquelle on refuse même d’appliquer les conventions internationales, à l’instar de celle de Florence, on brandit à tous les coups l’épouvantail de la tolérance administrative. Nos confrères français en mission commandée arrivent néanmoins quelques semaines après l’interdiction faite à la projection d’un festival du film sur les droits de l’homme à Yaoundé et la garde-à-vue de deux des leurs à Mbandjock où  ils devaient réaliser un documentaire sur les conditions de travail dans les plantations de canne à sucre. Des mesures atrocement liberticides qui traduisent les limites de l’Etat de droit au Cameroun. On a pourtant plus besoin d’aller au maquis pour exprimer ses idées a dit Paul Biya.

Lorsqu’en 1970, Ahmadou Ahidjo, président de la République du Cameroun proposa à l’Assemblée nationale fédérale « la modification de certains passages dépassés de notre hymne national », il était loin d’imaginer que des décennies après lui, même après sa mort, le pays serait encore dans la spirale de la sauvagerie et de la barbarie, et que dans un supposé. Etat de droit sévirait la loi de la jungle. En témoigne la brutale et odieuse agression dont M. Nyemb Ntogue Paul (Popoli) et Joseph Mbappè Eyombwam ont été victimes de la part  des policiers. Une bavure de plus ou une ratonnade préméditée ? Le saura-t-on jamais ? puisque nos hommes en tenue sont rarement sanctionnés  pour les nombreuses violations des droits de l’hommes les plus élémentaires dont ils sont auteurs tous les jours.

Tous ceux qui ont vu Nyemb Popoli et Joseph Mbappè ont été horrifiés par leur état physique après cette agression. Tout y est passé : coups de cross, de tête, de poings, de rangers dans toutes les parties du corps, jusqu’aux plus sensibles comme les organes génitaux. Œuvre d’une  meute d’une dizaine de policiers contre deux citoyens dépourvus de toute arme.

Parce que l’affaire a vite fait le tour des rédactions, les journalistes de la presse privée se sont mis aussitôt en branle, radios et télévisions en première ligne, les responsables de la Sûreté nationale, dont le délégué général depuis Yaoundé ont donné de la voix pour ordonner la libération immédiate des « otages », jétés en cellule, couverts de bosses et d’ecchymoses sur tout le corps. Qu’en serait-il s’il s’agissait d’anonymes pour qui personne ne pouvait intervenir ? Cela arrive tous les jours à des Camerounais qui finissent par passer ainsi de vie à trépas. Impunément.

Nyemb Popoli, grand blessé d’une guerre absurde et inégale à eu, durant son séjour dans une clinique de la place l’insigne honneur de recevoir la visite des hauts responsables locaux de la police cherchant à négocier que l’affaire ne fasse pas la manchette des journaux. Proposition on ne peut plus indécente et qui témoigne du mépris que le régime en place a pour ses administrés. Un comportement qui confirme ce que nous écrivons souvent dans cette même page : les réflexes d’une police et d’une armée d’occupation dont les éléments sont formés pour intimider et tuer.

Cinquante et un ans sont pourtant derrière nous depuis que la France nous a concédé un drapeau et une indépendance de façade. Ses satrapes et leurs séides sont là pour rappeler à la population que « le pouvoir pour eux, le pouvoir sur le peuple ». Fort curieusement, une semaine après cette grave atteinte à l’intégrité physique des deux victimes, on n’a pas encore entendu le ministre de la Communication , porte-parole du gouvernement donner la moindre explication sur l’attitude des policiers agresseurs, encore moins la voix de la classe politique ; pouvoir comme opposition, pour dénoncer ce genre de reculade.

Qui plus que qui ternit l’image de marque du pays ? Les journalistes ou les hommes en tenue ? C’est très souvent que les cadres et les intellectuels de ce régime accusent la presse privée de faire de la critique du régime leur fonds de commerce, de jouer le rôle qui serait celui des partis d’opposition. Sachant pertinemment que le régime Rdpc a réussi, par méthodes de corruption et avec le concours des autorités administratives, à laminer les partis d’opposition. Seul le Rdpc, avec les moyens de l’Etat, tient un journal qui paraît quand il peut. Le véritable contre-pouvoir qui résiste encore au Cameroun est la presse privée, avec quelques titres seulement. Il n’est donc pas étonnant qu’à quelques semaines d’une élection présidentielle qui donne de plus en plus d’insomnie, les journalistes des médias privés soient dans le collimateur des tenants de l’unanimisme autour de Paul Biya.


Jacques Doo Bell

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