21/06/2011 01:15:45
2011 : le temps des dauphins a-t-il sonné ?
Sdf : les 3 cavaliers de "l’apocalypse". Rdpc : le jeu trouble de la succession. Udc : 20 ans de culte de la personnalité. Upc : la fin de l’âme immortelle... L’éclairage du politologue Aboya Manassé.
Le Messager
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Le Cameroun en transition politique ? Le temps de « dauphins »

Le temps des dauphins statutaires ou putatifs a-t-elle sonné au Cameroun ? L’année 2011 apparaît en effet comme une échéance charnière dans cette perspective qui met de facto le Cameroun en transition politique. 2011. Quel que soit le scénario inscrit sur les tablettes de l’histoire, après l’élection présidentielle programmée, nous entrons dans l’ère de la transition. Pour des raisons biologiques ou de clarification politique dans le sens du renouvellement des dirigeants, la transition va s’installer au sommet de l’Etat comme dans les partis politiques.

Le débat actuel sur la candidature du président du Rdpc et chef de l’Etat offre l’occasion au Messager de se pencher sur la question du renouvellement du personnel politique dans notre pays. Au-delà du juridisme qui a cours en ce moment sur la légalité ou non de la candidature (éventuelle) de Paul Biya, se pose en filigrane la question de la longévité au ‘pouvoir’ de la classe politique qui est aux affaires tant dans la nomenklatura officielle que dans l’opposition.

Le départ réclamé du locataire d’Etoudi n’induit-il pas celui des autres leaders politiques, notamment ceux de l’opposition ? Plus de vingt ans et après des échecs successifs à le bouter hors du pouvoir suprême, n’est-il pas temps pour ces vieux leaders d’en tirer des leçons et de passer la main, de céder la place aux plus jeunes, dans la perspective des batailles futures ? Telle est la trame de fond de ce dossier qui dresse l’état des lieux dans certains partis politiques qui comptent sur l’échiquier national. Un choix qui souffre d’arbitraire, mais dont l’objectif est de questionner le niveau de culture démocratique de ceux qui nous gouvernent ou qui aspirent à le faire.

Qui sont les dauphins statutaires ou putatifs de ces leaders ? Comment s’organisent-ils en vue de prendre le pouvoir ? Le Messager passe en revue les troupes au sein des états-majors ciblés et restitue la quintessence du jeu des acteurs et des enjeux d’une bataille... inéluctable qui se dessine.

Au-delà de l’analyse des reporters, nous avons aussi donné la parole à quelques uns de ces acteurs dont l’avis est restitué dans ce dossier. Pour décrypter le sens caché de cet agenda politique, Le Messager a également fait appel à l’expertise d’un politologue, Dr Aboya Manassé, qui sonde les implications de la prochaine échéance politique et ses conséquences sur l’avenir de la classe politique.

Rdpc : le casse-tête de la succession

L’année 2011 sera-t-elle celle de la transition politique au sein du Rdpc ? Au sein du parti des flammes, certains en rêvent. L’omniprésent président national, « candidat naturel » du parti n’étant pas immortel, plusieurs prétendants affûtent leurs armes. Certes, ces ambitions personnelles ne datent pas d’aujourd’hui. Certains cadres ayant manifesté leur impatience ont été obligés de quitter les rangs : Albert Dzongang, Jean-Jacques Ekindi, chief Mila Assouté, etc., pour rejoindre l’opposition où ils pouvaient mieux exprimer leur soif de changement. A l’orée de la prochaine présidentielle, le Rdpc peut-il enfin rompre avec l’immobilisme ? C’est tout l’enjeu qui entoure l’organisation annoncée de son congrès attendu depuis... 15 ans.

Paul Biya va-t-il/peut-il passer la main à cette occasion ? Si beaucoup le souhaitent sous cape, personne n’ose l’affirmer à visage découvert. C’est que la crainte révérencielle, et, surtout, la mystification faite autour du président actuel ont conduit plusieurs cadres à faire profil bas par crainte de représailles. Ce qui ne veut pas dire que la guerre de prétendants n’aura pas lieu, le Prince entretenant volontiers le flou sur sa succession. Trois instances apparaissent incontournables pour la conquête du fauteuil présidentiel du Rdpc: le bureau politique, le comité central et le congrès. Qui osera défier éventuellement Paul Biya ? Le velléités d’un Adama Modi ont fait long feu.

Marafa/Sali Dahirou ?

Dans la conquête du pouvoir, le bureau politique pourrait avoir un rôle à jouer, conformément à l’article 22. Mais le bureau issu du congrès statutaire de 1996 dont le mandat a du reste expiré depuis 2001 apparaît passablement décimé (Pierre Nzeufa, Nicolas Kelbe, Engamba Nsili, Alvine Ekoto, et récemment Philémon Adjibolo, etc., décédés, n’ont pas été remplacés à ce jour) ; Désiré Engo est « oublié » en prison et Joseph Charles Doumba, très affaibli par la maldie) ; alors que Dorothy Njeuma et Cécile Bomba Nkollo, nommées à Elecam sont frappées d’incompatibilité, tant et si bien qu’il ne reste qu’environ 10 membres actifs dont l’équilibre des forces est plutôt favorable au grand nord.

Parmi ceux qu’on pourrait considérer comme opérationnels, Ndongo Essomba, Delphine Medjo, Genevière Tjouès, Tanfou Samuel Ngué, John Ebong Ngollé et El Hadj Mohammadou Abbo ne semblent pas afficher un appétit excessif pour le pouvoir suprême. En procédant par élimination, il resterait en lice quatre personnalités susceptibles de revêtir le costume présidentiel : Djibril Cavaye Yeguié, le président de l’Assemblée nationale, Ayang Luc, le président du Conseil économique et social, Marafa Hamidou Yaya, ministre d’Etat, ministre en charge de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd) et l’honorable Sali Daïrou. Ayang Luc, ne semble pas intéressé par le challenge et Cavaye Yégué Djibril, successeur constitutionnel du président de la République , est disqualifié d’office, même s’il lui reste une grande capacité de manœuvre dans le choix du futur candidat à la magistrature suprême en tant qu’organisateur des élections en cas de vacance du pouvoir.

Outsiders

Pour ce qui est du bureau politique du Rdpc, la bataille pourrait donc se jouer entre deux caïmans évoluant dans le même marigot du Nord et qui ne cachent pas chacun, ses ambitions : le ministre Marafa Hamidou Yaya et le député Sali Dahirou. Homme du sérail et de réseaux, Marafa qu’on dit proche des réseaux Sarkozyens a l’avantage d’avoir pu placer depuis neuf ans dans le commandement des hommes sûrs et dévoués. De son côté, après avoir été pendant une dizaine d’années l’homme d’action de Joseph Charles Doumba, Sali Dahirou a pour lui l’expérience de la gestion du parti, dans la mesure où il a joué le rôle officieux de secrétaire général du comité central du Rdpc. Certaines tendances au sein du Rdpc lui attribuent la mise en place du dispositif actuel du Rdpc. Et pour ne rien gâcher, il est populaire à la base...

Au cas où l’article 22 est mis à contribution, l’actuel titulaire du comité central pourrait également avoir son mot à dire en l’absence du président national et des vice-présidents (trois parmi les quatre sont décédés). Dans un contexte africain où il est difficile d’organiser une élection et la perdre, le secrétariat général du comité central à qui incombera les missions d’organiser les travaux du congrès, de dresser la liste des invités, de mobiliser les ressources humaines, financières et matérielles pour le bon déroulement des assises peut donc infléchir les résultats au gré de ses intérêts, d’autant plus que par la même occasion, c’est à cet organe que reviendra la possibilité de définir la procédure d’enregistrement et de discrimination des éventuelles candidatures à la fonction de président national du Rdpc.

Seul maître du jeu

Très introduit dans les arcanes du pouvoir, René Sadi apparaît donc comme un faiseur de rois, à défaut d’être lui-même dans la course. Par ailleurs, aucun texte n’interdisant à un membre du bureau politique, du comité central et précisément de son secrétariat général de se porter candidat, l’on se retrouve dans une situation où le juge pourrait en même temps être partie. Les décisions du prochain congrès donneront sans doute plus de visibilité à l’avenir politique des uns et des autres dans ce qui apparaît comme une course d’obstacles, certains barons considérés comme des outsiders n’ayant pas la maîtrise de l’appareil du parti tels Laurent Esso, Amadou Ali ou Edgar Alain Mebe Ngo’o n’ont pas dit leur dernier mot. Paul Biya, en l’occurrence, reste le seul maître du jeu et peut utiliser n’importe lequel de ses pions le moment venu, tout comme Ahmadou Ahidjo le fit avec lui...


Sdf. Joshuah Osih, Fobi Nchinda, J- M Nitcheu :les trois cavaliers de  ‘l’apocalypse’

A l’instar des « grands » leaders de l’opposition tant au Rdpc qu’à l’Undp ou à l’Udc, au Sdf, Fru Ndi devra passer la main ou être contraint à partager son pouvoir pour survivre politiquement. De jeunes loups aux dents longues piaffent d’impatience dans les placards de l’action et se désolent de voir le principal parti de l’opposition se scléroser à cause d’un leader certes charismatique, mais qui n’a plus rien à démontrer ni à inventer.

Mezzo voce des noms sont avancés. Parmi les plus cités, il y a l’honorable Fobi Nchinda Simon, vice-président de la commission des finances, mais aussi le bouillant Jean Michel Nitcheu, vice-président du groupe parlementaire Sdf et le sémillant Joshuah Osi (photo), vice président du Sdf (voir Interview ci-contre). Architecte formé aux Usa, directeur de la «Fobi Nchinda Associates», Fobi Nchinda Simon a depuis 1975  participé à la conception d'installations telles que l'hôpital de référence de Douala, l'hôtel Hilton Yaoundé, les logements  Cité Verte et  Mendong à Yaoundé, ainsi que les cités de Douala Nord. Il a aussi assuré la conception du restaurant et la bibliothèque de l’université de Yaounde1, ainsi que le campus actuel de l'université de Maroua. Pour des raisons évidentes, au Sdf, depuis les débuts, il a toujours avancé masqué.

Actuellement dans l’action militante, il a fait son galop d’essai électoral dans la circonscription Mugheb du district de Bamenda 3. Elu député de Bamenda / Bali, le vice-président de la commission des finances et du budget de l'Assemblée nationale est montée au créneau pour cette législature, et entend d’aller plus loin, au cas où Fru Ndi ne se présenterait pas, pour porter les couleurs du Sdf à la présidentielle. Toutefois, l’honorable Fobi déclare dans le cas contraire rester dans les rangs pour soutenir le chairman. La solution Nitcheu Est-ce aussi le cas de Jean-Michel Nitcheu ? Fidèle du leader Sdf, c’est dit-il, à son corps défendant qu’il est cité comme le candidat en faveur de qui  le consensus pourrait se faire, dans le cas ou Fru Ndi ne souhaiterait pas entrer dans la compétition présidentielle. Tard venu au Sdf par rapport aux débuts mouvementés de ce parti, les faits d’armes plaident pour celui qui dirige la plus importante province Sdf du pays.


C’est en janvier 91 qu’il entre dans l’arène politique comme ...activiste. Il crée alors le comité pour la libération de Njawé-Monga qui se transformera très vite en ‘Cap liberté’. Il anime les fameuses ‘villes mortes’ jusqu’à la dissolution de Cap Liberté un an plus tard au profit du Rassemblement pour la République , plus connu sous le vocable de Rap. Nitcheu devient le directeur de campagne du candidat Fru Ndi pour le Littoral dans le cadre de l’Arc-Cns. L’imprimeur est au four et au moulin. Après les résultats controversés de l’élection présidentielle de 92, son imprimerie est incendiée. De guerre lasse, il est dans la rue, nommé président du comité de suivi du plan d’action de l’union pour le changement.

Désigné par les forces de répression comme l’ennemi public numéro 1, il fusionne son parti le Rap avec le Sdf et le Cpc du regretté Djoumbi Sango en 1996. Un an plus tard, il est nommé vice-président national du Sdf. En 2002, on retrouve JM Nitcheu tête de liste et mandataire du Sdf aux élections couplées à Wouri 5. Il entre à l’assemblée nationale 5 ans plus tard comme député de Wouri Est. Jusqu’où ira t-il ? Entre l’animation du front du non à la modification de la constitution et la création de la fondation des martyrs, celui qui aura connu 20 arrestations, des évasions et des procès pour incitation à la révolte n’est jamais à court d’idées pour l’avènement de plus de justice et d’égalité dans la société. Mais delà à devenir chairman à la place du chairman, il y a la distance qui sépare la coupe des lèvres, dans un parti qui doit encore se définir par rapport à la nouvelle donne de la transition.

Joshua Osih

« Le Sdf est structuré autour des idéaux républicains et non autour d’une personne » Demain Joshua Osih ? En tout cas c’est la force montante d’un parti qui finira bien par faire son aggiornamento un jour, face à une jeunesse moderne et surinformée qui a besoin de repères.  Pilote dans le civil, totalement bilingue, l’image du vice-président du Sdf  passe bien dans les médias. La  tête bien calée sur ses épaules, il sait où ne pas aller pour le moment, en ce début de transition politique où la subversion risque de faire basculer bien des idées reçues. Au Sdf depuis le début, il a également été président provincial du Sud-ouest.  Joshua Osih  nous a reçus dans les bureaux de sa compagnie d’aviation à Akwa.

Demain Joshua Osih candidat à la présidentielle sous la bannière du Sdf  ou comme chairman ?

La question ne se pose pas en ces termes. Notre combat au Sdf aujourd’hui, c’est d’arriver à un meilleur processus électoral. Le reste n'est que pure diversion entretenue par le parti des flammes. J’espère que Le Messager qui a toujours été de tous les combats pour l'avènement d'un meilleur Cameroun en tiendra compte dans ses futures analyses. Je n’ai pour le moment aucune envie de succéder à qui que ce soit. Ce n'est pas d'actualité. Nous sommes dans un front pour les élections crédibles et transparentes dans notre cher pays. A ce titre, on n'a donc pas besoin d'être président du parti pour contribuer à la construction d’un pays. L'orchestre pour extirper les métastases qui empoisonnent la vie politique dans notre pays a déjà été constitué depuis la création du Sdf et il appartient plus que jamais à chaque militant et responsable du parti, à quelque niveau que ce soit, de continuer à jouer et surtout de densifier sa partition

N’empêche, nous entrons en année de transition politique dans tous les partis politiques de référence, dont le Sdf. Pour des raisons biologiques et même pour des raisons de lifting, votre formation devrait envisager de faire bonne place aux jeunes. Monsieur Fru Ndi perçoit-il cela ? Son âge et sa longévité au pouvoir ne font-ils  pas problème ?

Notre parti fonctionne dans un registre parlementaire.  C’est le Nec -et non une seule personne- qui dirige et décide. Nous avions toujours eu et avons besoin de toutes les générations au sein de cette structure de prise de décision. C'est la raison pour laquelle les jeunes ont toujours été et sont bien représentés au sein du Nec. En 2006, le Nec a été largement renouvelé. Au cours du congrès qui aura lieu au plus tard l’année prochaine, les renouvellements du personnel politique se feront conformément à nos dispositions statutaires qui prescrivent, sans ambiguïté, la voie démocratique. S’agissant du chairman, aucun Camerounais n’a eu autant de voix que lui dans une élection. Il a actuellement la légalité et la légitimité nécessaires pour diriger le Sdf.  C’est le dernier congrès du parti qui en a décidé ainsi. Le Sdf est structuré autour des idéaux républicains et non autour d’une personne. Ce sont les personnes qui sont organisées dans le parti. Nous n’avons donc pas de problèmes majeurs.  Nos statuts sont solides.
 
Tout de même, la démarche de Fru Ndi consistant à chercher un candidat à la présidentielle, extérieur au Sdf est mal perçue par certains cadres

Le chairman n’a jamais recherché un candidat externe au parti. Il a évoqué la possibilité d’une candidature externe incarnant assez bien le programme de transition dans le processus électoral en cours. Une démarche nécessite bien évidemment un large consensus. N'oublions surtout pas que la préoccupation majeure demeure la remise en marche du Cameroun. L'heure n'est pas aux candidatures de principe ou de témoignage. Nous sommes dans un front. Il ne sert à rien de participer à une élection dont les dés sont pipés d'avance. Tant qu'Elecam demeure dans sa configuration actuelle, nous allons empêcher qu'il y ait élection. Afin que M. Biya comprenne une fois pour toutes que nous sommes tous copropriétaires de ce pays. Avant qu'il ne soit trop tard, il a intérêt à intégrer ce concept républicain dans ses actes de fin de règne.



Upc: Vers la fin de l’âme immortelle ?

Englué dans les batailles de positionnement qui font l’essentiel de son activité politique depuis quelques décennies, les multiples tendances semblent reléguer au second plan le renouvellement de son personnel politique.
 
Avec plus d’un demi siècle d’existence, l’Union des populations du Cameroun (Upc) est le parti politique le plus vieux du Cameroun. Mais aussi le plus prolifique, au regard de ses faits historiques. Le parti né le 18 avril 1948 a marqué les premières luttes pour l’émancipation du pays sous le joug de la colonisation. C’est à juste titre donc que l’histoire, fût-elle tronquée par endroit, reconnaît le combat des leaders nationalistes pour l’accession du Cameroun à l’indépendance. Même si celle-ci, du point de vue des géniteurs du parti nationaliste, se traduirait véritablement par l’appropriation du pays de son économie et de l’entière liberté de ses dirigeants à prendre des décisions sans s’en référer à la métropole. Selon l’Upc dans son statut originel « le Cameroun de la troisième République devra être un pays débarrassé des séquelles des accords scélérats, du carcan néo-colonial appelé coopération et expurgé des fausses amitiés. » Un programme dont le parti inscrit la réalisation dans le temps et sa capacité à renouveler son personnel politique.

Si cette ambition semble survivre jusqu’à la réouverture démocratique et le retour du multipartisme intervenu au début des années 90, il reste peu à dire des années qui suivront. C’est que dès l’année 92, le parti des Um Nyobè et Félix  Roland Moumiè éclate en plusieurs mouvements, mettant en rebus ses ambitions nationalistes originelles, ainsi que le souci de renouveler son personnel politique. Augustin Frédéric Kodock (photo), Ndé Ntumazah et Henri Hogbè Nlend, tous issus de l’école des pères fondateurs, œuvrent à la création des entités se réclamants toutes de l’Upc, perdant de vue la pérennité du « parti du crabe ».

C’est que les luttes de positionnement engagées par ces leaders ne laissent pas la place au recrutement et à la formation de nouvelles recrues. Entre le souci pour certains de conserver la ligne politique originelle porté sur la radicalisation du combat pour l’émancipation totale du peuple camerounais et l’ouverture prônée par des personnalités politique comme Augustin Frédéric Kodock et Hogbè Nlend qui vont d’ailleurs côtoyer les cercles du pouvoir en qualité de membre du gouvernement, les personnels les plus jeunes sont tenus en marge des débats au sein des multiples parturitions qu’offre ce parti. C’est dans cette optique que de nouvelles tendances, certes officielles dépourvues du vocable Upc, vont voir le jour. Certes avec des ambitions louables, mais contribuant à disloquer les énergies.

La disparition des écoles de formation politique vient mettre un terme au souci d’unir et former les jeunes militants. Toute chose qui met en doute l’objectif de lutte prôné dans les principes de l’Upc. Difficile dès lors d’entrevoir la relève au sein de l’Upc dont le personnel politique apparaît pour l’essentiel composé d’une génération vieillissante. C’est donc sans grande surprise que le parti historique, quoique plein de bonne intention, aborde la troisième République sans véritable relève.

Certes dans le parti, les différents cadres évoquent les combats présents pour excuser l’absence de recrutement et de formation formel de nouveaux militants mais il reste que la physionomie de l’Upc, au moment où le pays tout entier est contraint à procéder à une alternance générationnelle, fait douter de sa survie politique dans un contexte où la modernité politique et les combats de l’heure imposent de nouvelles énergies. Une situation qui fait douter de la capacité de l’âme immortelle à perpétuer son combat politique, même en présence des préalables que la plupart de ses tendances appellent pour leur participation au processus démocratique au Cameroun.
 

Udc: Dr Adamou Ndam Njoya : 20 ans de culte de personnalité

Créée en 1991, l’Union démocratique du Cameroun (Udc) est toujours pilotée d’une main de fer par le maire de Foumban. L’alternance au sein du parti, pas encore à l’ordre du jour. Si au plan national, et selon les couleurs partisanes qu’affiche l’Assemblée nationale au cours de cette législature, l’Union démocratique du Cameroun (Udc), constitue la quatrième formation politique du pays avec 5 députés, il n’en demeure pas moins vrai que le Noun constitue son bastion qui plie sans rompre. Sortie des fonts baptismaux en 1991, à l’initiative d’Adamou Ndam Njoya, l’Udc a soufflé sur ses 20 bougies au mois d’avril 2011 et a tenu à cette occasion sa cinquième convention nationale, sur les hauteurs du Nkol-Nyada qui abritent par ailleurs le siège social du Rdpc dans les installations du Palais des Congrès. Après 20 ans d’existence, Adamou Ndam Njoya est toujours le président national de l’Udc. Beaucoup d’eau a coulé sous le pont.  Leader historique, incontestable et incontesté, Adamou Ndam Njoya vient de bénéficier d’un nouveau bail à la direction du parti qu’il a fondé. L’actuel maire de Foumban, qui a été député maire avant l’entrée en scène des dispositions légales qui interdisent le cumul des postes électifs,  a été réélu pour la cinquième fois à la tête du parti pour un mandat de cinq ans. Que fait-on de la question de la transition politique au sein du parti ?

A moins de quatre mois de la présidentielle, constitutionnellement prévue en octobre 2011, il ne fait pas de doute que le champion de l’Udc sera en lice pour la course au palais de l’Unité. Qui oserait ne pas l’imaginer dans les quatre coins du Noun où Adamou Ndam Njoya, en bon fils du terroir, enfant prodige, est quasiment adulé? D’ailleurs, lors du dernier conclave de l’Udc en avril à Yaoundé, il a été non seulement investi, mais il a reçu mandat du parti d’engager des possibilités d’une coalition avec les autres formations politiques. Militants et militantes du parti qui prône la transparence vouent un culte à leur leader, plus qu’un demi-dieu, dont les scores électoraux depuis la présidentielle du 11 octobre 1992, date de la tenue de la première élection présidentielle depuis le retour du multipartisme au Cameroun, confinent le parti, selon une certaine opinion, «dans un régionalisme criard».

Bon  à savoir,  Adamou Ndam Njoya a été toujours le porte-étendard de l’Udc à toutes les consultations électorales présidentielles au Cameroun depuis 1992. Il arrive en quatrième position après le scrutin de 1992. Son score en 1997 ne fait pas de lui le plus aimé des Camerounais. Entre temps, le 17 mai 1997, l’Udc remporte 5 sièges de députés lors des élections législatives. Tous sont élus dans le Noun avec Adamou Ndam Njoya comme tête de liste. Ce sont les premiers députés du parti. Le 11 octobre 2004, le président de l’Udc est en course à l’élection présidentielle, Adamou Ndam Njoya est crédité de 4,71% des voix. Il n’arrive que troisième. Qu’en sera-t-il en 2011 ? Wait and see. Toujours est-il qu’en 20 ans, l’Udc a enregistré des défections et démissions. Est-ce parce qu’au sein de l’Udc le président ne passe pas la main depuis 20 ans au point de paraître comme inamovible? Difficile de ne pas faire le lien !

Bien avant l’entrée de son épouse Tomaïno Ndam Njoya à l’Assemblée nationale, a créé des orages dont les origines remontent à l’époque de la campagne électorale de 2007. Les adversaires du parti ont utilisé la tête de liste Udc aux législatives 2007 pour grappiller quelques voix. Passée la tempête, Théophile Yimgaim Moyo, architecte et urbaniste de formation, a claqué la porte de l’Udc du Dr Adamou Ndam Njoya, où il occupait les fonctions de secrétaire national à la communication, pour créer le Mouvement citoyen (Moci). Le transfuge politique de l’Udc voudrait faire du Moci, un parti politique différent de ce qui a existé au Cameroun depuis plus de 20 ans. Et comme tout parti politique, il aspire à prendre le pouvoir. Difficile d’accéder au pouvoir étant à l’ombre du Dr Adamou Ndam Njoya ? A voir...

Cyrille Sam Baka (1er vice-président de l’Udc) : «La conquête du pouvoir booste. L’exercice du pouvoir use»

 

L’alternance au Cameroun doit se faire avec le peuple. Ceux qui sont au pouvoir ont bloqué les mécanismes avec un processus électoral vicié, les urnes qui n’annoncent pas le choix du peuple, deux constitutions appliquées...bref pas de transparence lors des consultations électorales. Ramenée la problématique de l’alternance au sein des partis politiques serait faire un faux débat. Un parti politique, comme l’Udc,  fonctionne comme une organisation. Il est régi par des statuts, des mécanismes d’alternance sont prévus dans le règlement intérieur, les conventions nationales de l’Udc règlent la question. Ce sont les militants et les militantes qui décident selon les principes démocratiques chers au parti. En avril 2011, j’ai présidé la convention de l’Udc à Yaoundé. Il n’y avait pas de candidature au poste de président national. Le président national sortant a accepté les usages et il a été réélu. L’alternance à l’intérieur du parti suppose que le dirigeant n’a plus les compétences requises ou du moins les autres militants présentent d’autres atouts.

La conquête du pouvoir booste le moral du leader qui se remet en cause, revoit sa copie après chaque consultation électorale. Par contre, l’exercice du pouvoir use. Le jeu politique est une course de fond avec des pointes de vitesse. J’ai été par exemple candidat au poste de président national de l’Udc en 2006, à la demande de certains camarades. J’ai désisté. Mon ambition à l’Udc, quand j’entrais dans ce parti en 1991 par la base,  a été d’être le meilleur élève de Ndam Njoya. Aujourd’hui je suis le 1er vice-président qui a fait ses classes, du comité du quartier au sommet en passant par les instances intermédiaires. Je suis satisfait de la position que j’occupe en ce moment.


UNDP: Las d’attendre leur tour, ils ont quitté la barque

En 10 ans plusieurs centaines jeunes et leaders de seconde zone de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès ont quitté le parti dénonçant une absence de nouveau leadership.

Ceci avait  dû secouer Bello Bouba Maigari le 7 novembre 2009. « Nous, militants de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) du Mayo-Danay Est, dont la liste est en annexe, démissionnons tous pour regagner les rangs du Rdpc pour des raisons inexplicables que vous connaissez plus que nous dans le Mayo-Danay depuis la création de l’Undp ». La lettre de démission collective adressée au président national de l’Undp portait principalement l’estampille d’un trio connu pour son militantisme très poussé : Hamadou Ganga, Jean Baptiste Golbo et Daniel Suilah, respectivement président de section, secrétaire général et membre titulaire du comité central au sein de l’Undp. Leur volte face politique signifie tout simplement l’enlisement de l’Undp dans le Mayo-Danay. « Le Rdpc n’a plus d’adversaire dans ce département. Nous étions les ténors et les bulldozers de l’opposition. Nonobstant cela, on nous a empêché de prendre du galon », reconnaissait Jean baptiste Golbo.

Puis indiquant la direction qu’il vont suivre il soulignait à leur hierarchie que : « nous avons préféré regagner nos frères, nos amis, nos collègues. Voilà pourquoi aujourd’hui on vient se présenter pour déposer notre démission. Nous remercions aussi le secrétaire d’Etat auprès du ministre des Enseignements secondaires pour les œuvres qu’il a apportées au jeunes de l’Extrême-Nord(...) avec le peu de temps qu’il a fait à son poste nous sommes tous témoins. Voilà la chose qui nous a le plus, motivés et on s’est dit que, franchement, il faut les rejoindre ». Selon Hamadou Ganga, porte-parole des reconvertis de l’Undp, il valait  mieux regagner les rangs du Rdpc « mieux disposer à assurer la promotion de la jeunesse ». Au nombre de 2 000, leurs signatures ont été collectées dans les arrondissements de Vele, Yagoua, Gobo, Wina et Guéré. Emboitant ainsi le pas à une centaine de militants du Mdr, elle aussi admise dans les rangs du parti des flammes. David Joel Manga, leur chef de file, affirme dans sa note adressée à Dakolé Daissala qu’il quitte le Mdr « pour des raisons politiques et personnelles ».

Helé Pierre

Il y a 9 ans déjà, à  quelques semaines des élections législatives et municipales, du 30 juin 2002, l’Undp, était plongé  dans la tourmente avec la démission de deux de ses membres. Pierre Helé, ministre du Tourisme et Hamadou Malloum, député de Maroua-urbain.  Le premier avait fait parvenir à la direction de l'Undp et aux médias officiels sa lettre de démission, sans toutefois en expliquer les raisons.  Joint au téléphone par journalistes, le second évoquait notamment le déroulement des primaires en vue des élections annoncées où il a été battu dans son fief comme raison de sa démission. En gros, des indiscrétions révélaient qu’entre autres raisons ces barons du parti de Bello se plaignaient du manque d’ouverture et la concentration de tous les pouvoirs dans les mains d’un seul homme. Ainsi, entré au gouvernement dans le cadre d’une l'alliance gouvernementale entre le Rdpc et l'Undp, Pierre Helé savait qu’il courait le risque de quitter le gouvernement après sa démission, mais le fît quand même au nom de convictions en inadéquation avec celles de son président.

En outre, les moult tergiversations de Célestin Bedzigui montrent également bien le malaise qui existe dans le management de l’Undp. Président de l’Alliance libérale (Pal), il avait scellé une plate-forme avec le président Bello. Cette alliance lui permettait d’en devenir le vice- président. Mais certainement malheureux dans les rangs de sa nouvelle chapelle, il claquera la porte avant son exil au Etats-Unis.

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