24/06/2011 01:28:00
Présidentielle 2011: Voici pourquoi Paul Biya sera candidat (Vidéo)
En acceptant au prétexte de la célébration de la fête de la musique, d’ouvrir son intimité aux artistes après 29 ans de longue attente, le chef de l’Etat apporte un cinglant démenti aux « naïfs » qui croyaient qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession.
Le Messager
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En acceptant au prétexte de la célébration de la fête de la musique, d’ouvrir son intimité aux artistes après 29 ans de longue attente, le chef de l’Etat apporte un cinglant démenti aux « naïfs » qui croyaient qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession.

Mardi 21 juin 2011. Il est presque 16 heures. Alignés à la queue leu leu, comme des bambins qui découvrent pour la première fois la maternelle, un peu plus de 175 artistes sont devant l’entrée principale de la grande muraille du palais présidentiel de Paul Biya, dans son village natal à Mvomeka’a. Bientôt, ce qui n’était jusqu’ici qu’un rêve d’artiste (celui de découvrir l’enceinte du palais de Paul Biya, de serrer une poignée de main à son épouse et à lui) va se réaliser. Et puis vient le moment de l’appel ; ils sont tous éligibles pour le « paradis ». Mêmes K-Tino, la chanteuse de bikutsi et sa cohorte de « gardes  du corps » qu’on a failli refouler ou mêmes encore les danseurs, sur qui la poisse a failli s’abattre, sont repêchés. A l’intérieur Paul Biya et son épouse, Chantal Biya, se montrent disponibles, au grand étonnement et à l’émerveillement des artistes qui n’en croient pas leurs yeux.

 

 

Le couple présidentiel accède aux caprices et sollicitations des artistes musiciens, dans leurs désirs d’immortaliser par des photographies, les grands moments de communion avec leur chef d’Etat qu’ils ne voient qu’à la télé, depuis bientôt trente ans.  « Nous avons plusieurs fois exprimé le désir de le rencontrer au palais, mais toutes les demandes sont restées infructueuses », avoue Ange Ebogo Emérant. Comme s’ils vivaient leurs derniers jours sur terre, les artistes musiciens oublient de poser des doléances qui vont dans le sens de l’amélioration de leur condition de vie : le statut de l’artiste, ou le payement de la redevance sur le droit d’auteur. « C’est un problème secondaire. Il s’agissait pour nous de savourer les bons moments de communion avec le chef de l’Etat. Vous-mêmes les journalistes, s’il vous était donné la possibilité de rencontrer le chef de l’Etat, que feriez-vous » lance  Dina Bell.

En cette année électorale où le président Biya fait feu de tout bois, pour être candidat à sa propre succession, tous les gestes sont calculateurs, surtout quand ils vont dans le sens de son adoubement. « A l’occasion de la fête de la musique, près de 200 artistes sont venus offrir un méga concert live gratuit au complexe commercial de Mvomeka’a ; en soutien à la candidature de leur collègue artiste écrivain Paul Biya, pour la présidentielle de 2011 » avoue Roméo Dika, principal artisan, maître à jouer et metteur en scène de la fabuleuse aventure. Il ne croit pas si bien dire, d’autant que pour cette rencontre « intime » entre les artistes et le couple présidentiel, tout se fait sans tambour ni trompettes et sans protocole.

Au sortir de la «parfaite symbiose », après deux heures de convivialité, les hôtes du chef de l’Etat n’ont qu’un seul refrain au bout des lèvres : « Paul Biya, amen, amen, amen…». Le concert qui va suivre en plein centre du complexe commercial est une simple formalité ; l’inédit ayant été fait au palais. Toute la crème artistique va défiler devant les yeux de la première dame, qui sans pression, ni lassitude, se laisse entraîner par trois heures de spectacle en live. Anciens, vétérans, vieux briscards et jeunes artistes en route pour la relève, ils sont tous là : Anne Marie Ndzié, Eko Roosvelt, K-Tino, Nkoti François, Dina Bell, Moni Bilé, Nicole Mara, Béko Sadey, Njohreur, Papillon, Mbarga Soukous…
 

Le « Oui » de Paul Biya aux artistes

L’agencement des articulations de la soirée, le fait que le chef de l’Etat ait accepté de communier avec les artistes en l’absence des oreilles indiscrètes et lointaines de  ses plus proches collaborateurs, est la marque d’estime qu’il accorde aux artistes musiciens. Avec eux, il y a eu des confidences, mieux, le dialogue était vrai, d’autant qu’au sein du milieu artistique où l’on n’observe pas des personnes montant des velléité de pouvoir il n’y avait pas de risque de trahison. Autre indicateur, le chef de l’Etat a jusqu’ici assisté de loin et en spectateur aux différents appels et motions de soutien, l’invitant à se représenter au prochain scrutin présidentiel. Recevoir les artistes, les écouter et autoriser la lecture de la motion est illustratif de la volonté du chef de l’Etat à se représenter. Ce n’est pas le fait du hasard, si Chantal Biya à son tour a suivi de bout en bout le déroulement du méga concert. Point n’est besoin de lire sur la boule de cristal pour comprendre que le prétexte de la fête de la musique a permis de régler les automatismes et la stratégie de campagne. Le chef de l’Etat compte beaucoup sur l’électorat des artistes. Il en fait même un point d’honneur.

Focal : Des journalistes refoulés au pied du palais présidentiel

Le rendez-vous était très beau pour être vrai. Paul Biya allait faire d’une pierre, deux coups : rencontrer à déjeuner les artistes musiciens et les journalistes. Mais c’était sans compter avec les vieux réflexes qui ont pris leur quartier dans la discrimination médiatique. Alors que tous les journalistes accrédités à la cérémonie sont enregistrés, les vieux démons qui polluent l’entourage du chef de l’Etat, tels de fantômes, seront exhumés. Faites entrer : la Crtv-Sud , la brigade spéciale, Canal 2 et Stv.

Et les autres ? Aucune réponse. Difficile de savoir où est venue cette instruction de dernière minute. Malgré les suppliques et le talent de négociateur de Roméo Dika, rien n’y fera. Sans rechigner, la queue entre les jambes, les journalistes (dont on se méfie le plus, curieusement), décampent en vitesse. Mutations, Le Messager, Le Jour, La Nouvelle Expression , Equinoxe Tv, Repères, Vision 4 qui n’avaient rien demandé, payent le prix d’une décision sans doute prise par un collaborateur zélé du chef de l’Etat. Un incident dont on pouvait se passer. Le chef de l’Etat, va administrer pendant la cérémonie, une belle leçon de détente à ses hommes de sécurité, lorsque ceux-ci voudront limiter le déploiement des journalistes, dans leur intention de filmer et d’immortaliser. «Laissez les journalistes faire leur travail ; ils sont là pour ça… » Lancera-t-il.

A en croire certaines sources, la discrimination des journalistes aux portes du palais n’est pas le fait du hasard. Elle traduit la guerre des réseaux, les querelles de leadership et la série des actes d’antijeu ou les tacles par derrière que se font les plus proches collaborateurs du chef de l’Etat, au regard des camps qui se constituent au fil des jours. L’initiative menée tambour battant par Roméo Dika, avec l’appui de quelques membres de certains clans, n’avait pas plu à tout le monde, d’autant plus que son succès s’annonçait retentissant. Il fallait bien un empêcheur de tourner en rond. La presse qui était là, comme un cheveu dans la soupe, apparaissait comme quelque chose sur laquel il fallait absolument prendre une certaine revanche. Mais laquelle ?

Souley ONOHIOLO à Mvomeka’a

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