24/06/2011 21:01:45
Le Rdpc rebātit Byzance
Entre les discours  tonitruants des jusqu’au-boutistes du parti et la flamme militante réelle, c’est comme de la coupe aux lèvres. Il y a des gens qui veulent bien survivre au biyaïsme décadant.  Plus de 28 ans de pouvoir, ça use. Même de prétendus inconditionnels. C’est  aussi parmi ces derniers que se recrutent les rats les plus prompts et habiles à quitter le navire dès les premiers signes de détresse...
Le Messager
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Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), parti majoritaire à l’Assemblée nationale, qui dirige le pays nourrit abondamment le débat depuis des mois. On n’a pas fini d’épiloguer sur la validité de son candidat, l’actuel président de la République , à la prochaine élection présidentielle que le tenant du perchoir, M. Cavaye Yeguié Djibril, comme un prestidigitateur, sort des plis de son boubou un autre sujet qui défraie la chronique depuis quelques jours : une « affaire Sodecoton ».

Dans son discours lors de la séance inaugurale de la présente session parlementaire, le président de l’Assemblée nationale sort un « dossier Sodecoton » fort préoccupant depuis des mois, voire des années, mais qui ne semblait pas émouvoir grand monde. Si oui dans les cercles restreints ou spécialisés.

Après avoir brossé la situation de cette entreprise d’économie mixte, le Pan au nom de l’auguste chambre, pose une série des questions sulfureuses : « le ver serait-il dans le fruit, en d’autres termes, la Sodecoton porterait-elle, en elle-même, les germes de sa propre destruction ? Est-ce la mort programmée de la société ? Les mesures gouvernementales (de restructuration de la filière coton. Ndlr) seraient-elles insuffisantes ? Faut-il désespérer ou alors repenser les conditions d’une véritable relance des activités cotonnières à tous les niveaux ? »

Et le président de l’Assemblée nationale d’interpeller le premier ministre, présent dans l’hémicycle lors de cette séance inaugurale : « Monsieur le premier ministre, il faut sauver le coton camerounais ». Non sans se lancer dans une violente critique de la direction de la Sodecoton et ses méthodes de gestion. « Manifestement, la Sodecoton file du mauvais coton, il faut donc une gestion avec des hommes disponibles et qui ne seraient pas partagés entre des passions multiples car, le coton camerounais ne saurait se gérer en dilettante ou à distance à partir de lointaines arènes. Le gouvernement a la confiance de l’Assemblée nationale. Les députés sont disposés à connaître de toutes mesures utiles et pertinentes afin de remettre le coton camerounais sur la trajectoire normale ».

Comme le berger à la bergère le gouvernement, par la voix du vice-premier ministre chargé de l’Agriculture  et du Développement rural, a répondu au président de l’Assemblée nationale. Pour M. Jean Nkuété (photo)« l’heure est mal venue de diviser les paysans, de mettre en cause les responsables de la société. La Sodecoton mérite d’être félicitée pour tous les efforts qu’elle déploie. Le déficit qu’elle a accumulé ces dernières années ne dépendait pas du management, puisque des agriculteurs ont pris des avances sur la production, ont bénéficié du matériel et des techniciens de la Sodecoton ,  et sont quand même allés vendre leurs productions à l’étranger ; Comment faire dans ces cas ?

Aujourd’hui, il est utile de jouer en rangs serrés en amenant les agriculteurs à faire à nouveau confiance en la Sodecoton. Trouver des solutions pour permettre aux cotonculteurs de bénéficier de la confiance de l’entreprise dans un environnement particulièrement  difficile. Le coton nigérian n’est pas subventionné au contraire de celui du Cameroun qui l’est. Les groupements paysans bénéficient de l’encadrement des techniciens, des intrants agricoles et des pesticides qui, sur la base d’une évaluation normale, égalent le prix proposé par les acheteurs nigérians qui ne prennent aucun risque. Je ne suis pas d’accord avec les déclarations faites par le très honorable président de l’Assemblé nationale. En 2010, la Sodecoton a fait des bénéfices de l’ordre de 2,8 milliards Fcfa. C’est la preuve d’une gestion rigoureuse et saine. Les dirigeants de la Sodecoton font un travail remarquable. Je ne peux que conseiller aux fils du grand-Nord de considérer la Sodecoton comme leur bien commun ».

Ce débat ne divise pas moins les Camerounais. En commençant par les cadres du parti au pouvoir.  Pour certains, il ne s’agit que d’une querelle villageoise pour ne pas dire de basse cour. L’embarras provoqué par le « coup de gueule » du Pan a néanmoins donné lieu à un débat houleux entre les pro-Iya et les pro-Cavayé. Même s’il n’est que de circonstance, il suggère d’autres antagonismes à l’intérieur d’un parti sclérosé par l’usure et le laxisme. Mais, c’est aussi cela la démocratie. A condition qu’on finisse par voir clair dans cette gestion de la Sodecoton qui survient au moment où, quoi qu’on dise une nouvelle candidature de Paul Biya fait problème,  et ne divise pas moins le parti. Ce qui pourrait faire penser que « l’affaire Sodecoton » n’est qu’un canular pour éloigner quelque peu l’opinion du vrai débat de l’heure qui reste la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle d’octobre prochain.

Belle et opportune parade donc de M. Cavaye Yeguié Djibril. Il va sans dire qu’on ne saurait parler d’une « mauvaise gestion » de la Sodecoton sans voir de l’autre côté le football camerounais qui est vraiment malade. Malade de ses dirigeants, semble-t-il, dont Iya Mohamed, le président de la Fédération , en même temps directeur général de la Sodecoton. Et depuis de longues années ici et là. Ce qui ne peut que le fragiliser devant ses nombreux ennemis. Dans tous les cas la passe d’armes entre le Pan et le vice premier ministre chargé de l’Agriculture et du développement rural apparaît comme une querelle byzantine et sonne la cloche qui annoncerait la fin d’un règne.

Autant  Cavaye Yéguié Djibril  en a après Iya Mohamed, autant  Françoise Foning a sorti ses griffes samedi dernier à Douala contre les directeurs généraux des entreprises d’Etat qui se montrent de plus en plus radins envers le Rdpc. La vérité est que les ravages de l’opération épervier parmi les chefs d’entreprise a provoqué une véritable psychose et assagi les « rescapés ». Sur le plan financier, le Rdpc ne peut plus bénéficier des « largesses » d’avant. Alors il ne sert à rien de jouer les épouvantails pour intimider ceux qui sont encore en liberté car il est connu de tous que « la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a ». Ce qui sort maintenant de leurs propres poches ne peut plus être aussi consistant que ce qui était puisé dans les caisses des entreprises dont ils assument la gestion. Tous n’ont pas les mêmes entrées à Etoudi comme Dalida qui se joue impunément de tout et de tous. 

L’autre vérité est que tout le monde est actuellement dans l’expectative. Entre les discours  tonitruants des jusqu’au-boutistes du parti et la flamme militante réelle, c’est comme de la coupe aux lèvres. Il y a des gens qui veulent bien survivre au biyaïsme décadant.  Plus de 25 ans de pouvoir, ça use. Même de prétendus inconditionnels. C’est  aussi parmi ces derniers que se recrutent les rats les plus prompts et habiles à quitter le navire dès les premiers signes de détresse. La cacophonie ambiante dégage des signaux à décrypter avec perspicacité et sagesse.

Jacques Doo Bell

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